« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

Accueil > Veille stratégique

Sanctions, réfugiés et bail-in : l’UE fait le choix de l’autodestruction

28 décembre 2015

Alors que les critiques à l’égard du président Obama et de ses fiascos diplomatiques fusent aux Etats-Unis mêmes, les dirigeants européens pourraient en profiter pour adopter une politique dans l’intérêt des Européens. Mais à en juger par le sommet du 18 décembre, ils ne sont pas encore prêts à rompre avec le paradigme monétariste dominé par la City de Londres.

Bien que les sanctions contre la Russie n’aient pas amené le président Poutine à s’incliner, bien au contraire, elles ont été prolongées pour six mois. Pourtant, on sait que depuis l’adoption des mesures punitives, les échanges européens avec la Russie ont reculé de 20 % alors que ceux entre les Etats-Unis et la Russie ont augmenté de 7 % ! Juste avant le sommet, le Comité allemand chargé des relations économiques avec l’Europe de l’Est a rappelé que les exportations allemandes vers la Russie avaient diminué de 6,5 milliards d’euros en 2014, et devraient atteindre 8 milliards en 2015. Les gouvernements français et italien, en particulier, ont exprimé leur opposition aux sanctions, soulignant la nécessité de coopérer avec Moscou dans la lutte contre Daech. Néanmoins, au sommet, les combines géopolitiques l’ont emporté.

En ce qui concerne la crise des réfugiés, la faillite morale de l’UE est encore plus flagrante. Face aux insuffisances de Frontex, l’agence actuelle de contrôle des frontières, la Commission européenne a proposé un nouveau projet qui revient à militariser les frontières externes de l’Union. La nouvelle organisation, qui devrait être créée d’ici six mois, serait autorisée à déporter des réfugiés, voire à renvoyer à la mer ceux qui arrivent par la Méditerranée, même si cela signifie la noyade certaine.

Toutefois, la mesure la plus controversée autoriserait Bruxelles à déployer les agents dans des pays membres, même en cas de refus de la part des gouvernements concernés ! Cela représente le plus grand abandon de souveraineté nationale depuis l’introduction de l’euro, sans parler de nouveau reniement de la démocratie représentative. D’autant plus que l’organisation jouirait de l’immunité judiciaire.

Par ailleurs, la décision de l’UE d’accorder trois milliards d’euros à la Turquie pour s’occuper des réfugiés sur place est parfaitement hypocrite. Après tout, c’est Ankara qui soutient des organisations djihadistes et s’attaque aux Kurdes et aux forces syriennes d’Assad, tout en réprimant l’opposition démocratique sur le plan interne. Qui plus est, selon le quotidien Bild, Jean-Claude Juncker a sciemment réduit de deux tiers le nombre de réfugiés arrivant depuis la Turquie ces dernières semaines pour justifier plus d’aide financière à Ankara.

En même temps, Bruxelles est déterminé à imposer la politique de « renflouement interne » (bail-in) des banques, qui entre officiellement en vigueur le 1er janvier 2016. Somme toute, l’UE ne défendra pas plus les citoyens de l’Union que les réfugiés, si cela ne correspond pas aux intérêts de l’oligarchie financière et de sa bureaucratie à Bruxelles.