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Sanctions contre la Russie : l’UE se tire une balle dans le pied

21 août 2014

L’embargo russe des importations alimentaires de l’Union européenne est la réponse logique aux sanctions de l’UE contre la Russie qui, comme nous l’avons souligné, n’ont rien à voir avec la crise ukrainienne en tant que telle.

Malgré la capitulation des dirigeants européens, l’opposition à cette politique est forte. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a déclaré le 15 août que la politique de sanctions nuit plus à l’Occident qu’à la Russie. « En politique, on appelle cela se tirer une balle dans le pied. »

Un point de vue similaire a été avancé par le Premier ministre slovaque Robert Fico le même jour : « Pourquoi mettre en danger l’économie européenne qui commence à croître ? S’il y a une situation de crise, il faut la résoudre autrement que par des sanctions inutiles. Qui en profitera si l’économie européenne recule, si celle de la Russie est en difficulté et si l’Ukraine est économiquement à genoux ? »

Des milliers d’agriculteurs qui font désormais face à la faillite ont eu la même réaction. Ils ne considèrent pas Vladimir Poutine comme responsable de la crise mais plutôt leurs propres dirigeants politiques, qui tiennent un langage de confrontation.

En 2013, les agriculteurs européens ont exporté pour 30 milliards d’euros de nourriture à la Russie, en particulier ceux de l’Europe de l’est. La Pologne, le plus grand exportateur de pommes au monde, était le premier fournisseur de la Russie, y écoulant 56 % de sa récolte en 2013. Les pertes prévues sont de l’ordre de 500 millions d’euros.

Quant à la Grèce, pour ajouter aux conditions déjà catastrophiques, 60 % de ses exportations alimentaires, s’élevant à plus de 500 millions d’euros, sont à destination de la Russie. Les 3000 camions chargés de 3,5 millions de kilos nectarines et de pêches ont été refoulés à la frontière russe, et 3,5 millions de kilos supplémentaires pourrissent sur les arbres ou dans des entrepôts réfrigérés. 60% des agriculteurs du nord de la Grèce sont touchés. De même, les producteurs chypriotes sont frappés.

Sans parler des grands producteurs agricoles que sont l’Espagne, les Pays-Bas, le Danemark et la France qui perdront encore plus.

La réponse de la Commission européenne consiste en une « promesse » de compensation issue du fonds agricole d’urgence de l’UE. Mais ce fonds n’est provisionné qu’à hauteur de 400 millions d’euros !