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Sanctions contre l’Iran, l’équivalent d’une déclaration de guerre

18 janvier 2012

Les nouvelles sanctions économiques imposées à l’Iran en vertu de la loi sur la défense (NDAA) signée par le président Obama le 31 décembre 2011, et celles annoncées par l’Union européenne frappant les exportations iraniennes, ne sont pas seulement illégales et en violation de la souveraineté de l’Iran et de ses partenaires commerciaux, mais constituent une déclaration de guerre.

Elles suivent d’autres sanctions imposées au cours des années non pas pour empêcher le pays de développer l’arme nucléaire, mais pour opérer un changement de régime, objectif avoué par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et quelques pays européens. Les cibles stratégiques visées à long terme sont la Russie, la Chine et d’autres pays asiatiques qui dépendent du pétrole et du gaz en provenance du Golfe.

Les Chinois ont réagi aussitôt à cette politique, suite aux sanctions imposées à la société pétrolière Zhuhai Zhenrong pour avoir vendu des produits pétroliers raffinés à l’Iran, en violation de la loi américaine votée l’année dernière. Le Global Times du 14 janvier notait que selon la société en question, « la sanction était sans fondement, tandis que l’ambassade iranienne en Chine a condamné la décision, la traitant d’"irresponsable" ».

De nombreux pays, y compris des alliés des Etats-Unis, recherchent une dérogation par rapport aux sanctions, puisqu’il sera pratiquement impossible d’assurer leurs échanges et leur développement économique s’il leur est interdit de faire des affaires avec des sociétés et des banques iraniennes. Les échanges entre l’Iran et la Turquie, un allié des Etats-Unis et membre de l’OTAN, s’élèvent à 30 milliards de dollars par an, soit une part considérable du commerce de l’Etat turc avec l’extérieur.

Sur le plan interne en Iran, les sanctions frappent la population durement. La monnaie a chuté de 30 % au cours des dernières semaines seulement, tandis que l’inflation ronge l’épargne des gens et que le niveau de vie baisse à cause de l’explosion des prix des denrées de base. Le gouvernement iranien avait déjà supprimé, suite aux sanctions précédentes, les subventions sur la nourriture et le mazout pour les plus démunis, tout en coupant les programmes d’aide. Entre-temps, dans le contexte des menaces d’intervention étrangère, le gouvernement dépense plus pour l’armement et l’industrie militaire.

Toutefois, c’est une illusion de croire que la population va se tourner contre le régime avec le durcissement des sanctions. Cela mènera plutôt à une guerre totale. On n’a toujours pas compris la leçon de l’Irak : lorsqu’on a condamné des millions d’Irakiens à la faim et la maladie, le régime n’a fait que renforcer son pouvoir. En fin de compte, puisque les sanctions n’ont pas eu l’effet voulu, on eut recours à l’invasion militaire. Mais dans le cas de l’Iran, toute attaque mènerait de fil en aiguille à une confrontation générale en Asie.