« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Royaume-Uni : purges dans l’opposition à la guerre avec la Russie

7 mars 2015

Les provocations de l’OTAN à l’égard de la Russie divisent les élites politiques outre-Manche. Si le premier ministre David Cameron reste solidement du côté des provocateurs, de nombreux experts de la sécurité au Royaume-Uni y mettent un bémol.

C’est le cas de Sir John Sawers, par exemple, l’ancien chef du service de renseignement MI6, qui vient de prononcer son premier discours public depuis son départ de ce poste en novembre 2014. Il a saisi l’occasion pour dénoncer l’envoi d’armes à Kiev, tout en notant combien il est dangereux de provoquer un pays doté d’un arsenal nucléaire formidable comme la Russie.

Quant à un « changement de régime » à Moscou, Sawers estime que « tout changement du pouvoir éventuel » au Kremlin « pourrait bien être pour le pire ».

Par ailleurs, deux parlementaires qui plaident pour un dialogue avec la Russie viennent de se faire « watergater » en un temps record. Difficile d’y voir une simple coïncidence. Il s’agit de deux anciens ministres des Affaires étrangères qui restent encore très écoutés aujourd’hui : Malcolm Rifkind du côté conservateur et Jack Straw du Parti travailliste.

Le piège, plutôt classique, a été tendu par la Channel Four (BBC) et par le Telegraph. Des journalistes se sont fait passer auprès des deux députés pour des représentants d’une société fictive de Hong Kong voulant faire appel à leurs services de conseil pour promouvoir l’activité de la société au Royaume-Uni, le tout filmé par des caméras cachées.

Pourtant, les médias se sont emparés des deux affaires pour les assommer d’accusations de corruption. Le cas de Rifkind est particulièrement important puisqu’il a démissionné de la présidence de la Commission sur le contre-espionnage et la sécurité, où il a dirigé une enquête critique sur l’activité de la NSA. Il a annoncé qu’il ne se représenterait pas.

En août 2014, Rifkind avait signé avec l’ancien ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov une tribune dans le New York Times sur le « risque d’une nouvelle Guerre froide ». Ils mettaient en garde contre le danger qu’« une escalade du conflit dans l’est de l’Ukraine mène à une confrontation militaire directe entre l’OTAN et la Russie ».

Leur déclaration a reçu le soutien d’une commission du European Leadership Network, et d’autres groupes de réflexion en Europe et en Russie, qui appellent eux aussi au dialogue politique et aux bonnes communications miliaires, à plus forte raison en temps de crise.