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Rohani à Rome et Paris : un grand potentiel économique et politique

11 février 2016

La première visite d’Etat du président iranien Rohani en Europe depuis la levée des sanctions a donné un aperçu du rôle très constructif que pourrait jouer l’Iran aussi bien dans le combat contre Daech que comme pilier de la Nouvelle route de la soie, comme l’a souligné le président chinois Xi Jinping lors de son voyage à Téhéran.

Rohani a choisi Rome et Paris pour cette visite historique non seulement pour témoigner de son amitié mais aussi pour des raisons stratégiques. De nombreux protocoles d’accords ont été signés pour des projets revenant au total à plus de 50 milliards d’euros.

Contribuer à la sécurité et la stabilité

Pendant son séjour à Rome, Rohani a déclaré que :

L’Italie a une importance singulière. Nous avons un bon passé de coopération avec vous, et les Iraniens connaissent l’Italie et votre travail ; ils font confiance aux Italiens. Ces relations, a-t-il ajouté, ont plus qu’une portée bilatérale, elles peuvent contribuer à la sécurité et la stabilité du Moyen-Orient, du Maghreb et de la Méditerranée.

Il a affirmé que :

Nous devons lancer une coopération gagnant-gagnant dans le domaine économique ; dans les circonstances actuelles, l’Iran est le pays le plus stable de toute la région.

Le ministre italien des Affaires étrangères Paolo Gentiloni a évoqué le rôle avant-gardiste que joua l’industriel Enrico Mattei vis-à-vis de l’Iran. En 1957, l’Iran était le premier pays producteur de pétrole à signer un contrat avec une entreprise n’appartenant pas au cartel pétrolier des « sept sœurs », à savoir avec l’ENI, la société de Mattei. Ce dernier avait proposé un partage bien plus attrayant des profits, « le 25/75 » accordant 75 % à l’Iran et 25 % à l’ENI, au lieu des 50/50 imposés par le cartel anglo-hollandais-français.

Au cours du voyage de Rohani, 13 accords préliminaires ont été signés portant sur la sidérurgie, l’infrastructure, l’énergie et des chantiers navals, s’élevant pour l’ensemble à 17 milliards d’euros.

Vers une ère post-sanctions ?

En France, il reste à voir si le gouvernement va véritablement « réinitialiser » sa politique étrangère pour entrer dans l’ère post-sanctions. Rohani en tout cas a appelé à oublier les rancunes anciennes et plus récentes – une référence à l’alignement de la diplomatie française sur celle des pires ennemis de l’Iran, l’Arabie Saoudite et Israël, notamment de la part de Laurent Fabius.

Pendant la visite du président iranien, 20 accords importants ont été signés, le plus important prévoyant l’achat de 118 Airbus pour 22,8 milliards d’euros. Le groupe PSA (Peugeot-Citroën) a pour sa part annoncé la création d’une entreprise commune avec la société iranienne Khodro pour la production d’automobiles. Avant la mise en place des sanctions, PSA avait acquis environ un tiers du marché de l’automobile en Iran.

Par ailleurs, les deux géants de la construction, Bouygues et Vinci, et la société Aéroports de Paris vont développer trois aéroports en Iran ; Total s’est engagé à acheter 150 000 à 200 000 barils de pétrole brut par jour destiné au raffinement en Europe ; et la SNCF prévoit un accord avec le rail iranien.