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Rétropédalage stratégique à la Deutsche Bank

1er juin 2018

La banque systémique allemande Deutsche Bank a annoncé le 24 mai qu’elle entendait supprimer 7000 emplois au minimum, soit plus de 10 % de ses 97 000 salariés. Ces suppressions concerneraient la branche investissement de la banque qui verra ses effectifs fondre de 25 %. L’annonce a provoqué une forte anxiété chez les banquiers de Londres.

Plus tôt dans la semaine, au cours d’un entretien à Handelsblatt, l’économiste en chef de la Deutsche Bank, David Folkerts-Landau, avait passé en revue les erreurs commises depuis les années 1990 par la banque et sa direction. Car la plus grande banque allemande s’est transformée, au fil du temps, en une banque d’investissement de type anglo-saxon, fonctionnant comme un gigantesque fonds spéculatif. L’économiste critiqua en particulier l’ancien PDG de la banque, Josef Ackermann (limogé en 2013) et son « obsession pour l’objectif magique d’un retour sur investissement de 25 % avant impôt, ce qui ne pouvait être réalisé sans accepter des risques financiers et éthiques majeurs ».

Le mea culpa de Folkerts-Landau n’a pas empêché la baisse des actions de la banque, provoquant une quasi rébellion lors de l’assemblée générale annuelle des actionnaires, où la tentative de débarquer l’actuel PDG Paul Achleitner tomba à l’eau. Malgré cet échec, il semble que les jours d’Achleitner à la tête de l’institution soient comptés.

Même Christian Sewing, qui, après toute une carrière passée à la banque, a fini par remplacer le PDG britannique John Cryan le mois dernier, a fait l’objet de critiques. Bien qu’il ait promis de rétablir l’« équilibre » entre les activités commerciales et d’investissement de la banque, on ignore encore s’il en reviendra aux principes de banque commerciale saine ou se contentera d’un petit nettoyage et d’un dégraissage pour sauver la Deutsche Bank. Or le temps presse…

Suite à la chute du cours de ses actions, la valeur totale de la banque sur le marché n’atteint plus que 18 milliards d’euros, et ses produits dérivés de « niveau 3 » (un actif dont la valeur sur le marché est nulle) sont valorisés à 33 milliards d’euros. Le cours de l’action frôle actuellement le seuil dangereux de 10 euros, ce qui pourrait déclencher une vente panique de titres et précipiter la faillite de la banque.

La mise en cause du style de gestion remet sur le tapis la question soulevée par Lyndon LaRouche en 2016, dans son appel à sauver la Deutsche Bank par une augmentation en urgence de son capital, à cause des implications systémiques d’une faillite éventuelle. En effet, ni le gouvernement allemand (l’Allemagne ayant un PIB de 4000 milliards d’euros) ni l’UE (le PIB de la zone euro s’élevant à 18 000 milliards d’euros) ne seraient en mesure de contrôler l’effet domino d’une faillite désordonnée.

Cependant, LaRouche avait mis une condition stricte au sauvetage de la Deutsche Bank : la réorienter immédiatement vers ses pratiques traditionnelles d’avant 1989, sous la direction d’Alfred Herrhausen, qui consistaient à soutenir l’économie réelle du pays.

Avant son assassinat en 1989 (attribué à la « troisième génération de la Fraction de l’Armée rouge »), Herrhausen avait défendu l’annulation de la dette irrécouvrable des pays en voie de développement, ainsi que l’émission de nouvelles lignes de crédit pour financer des projets de développement bien définis. Au moment de son assassinat, il plaidait pour l’industrialisation de l’Europe de l’Est et contre la « thérapie de choc » qui lui fut appliquée par la suite.

Un retour aux principes sains défendus par Herrhausen permettrait de faire de la Deutsche Bank un partenaire utile dans le cadre de l’ICR promue par la Chine et pourrait inciter les banques systémiques françaises ayant bu à la même eau que Deutsche Bank à changer de modèle s’il en est encore temps ...