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Lorella Presotto : Les déterminants de l’avenir pour l’Italie

18 décembre 2012

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Transcription

Dix-neuf ans après l’institution de l’Union européenne, avec l’introduction des traités subséquents, ainsi que l’abrogation en 1999 de la Loi Glass-Steagall aux Etats-Unis (qui avait depuis 1933 jusqu’à cette date protégé tous les Etats contre la spéculation financière), le scénario au niveau européen est, pour dire le moins, désastreux.
L’Italie a vu sa démocratie et sa liberté lui être enlevées contre son gré.
Premièrement, avec la signature de divers traités. En vérité les articles 10 et 11 de la Constitution italienne permettent certaines limites à la souveraineté seulement dans l’objectif de la paix, sans qu’il n’y ait toutefois aucun « transfert de souveraineté ».

Il en découle que la signature de tous les traités de l’Union européenne aurait dû être assujettie à un référendum populaire, et par conséquent la signature de ces traités constitue un acte illégitime de la part d’une classe politique qui a trahi son peuple et son mandat.

Tout ceci a eu lieu avec le silence complet des médias et de la presse, complices d’une classe politique dirigeante qui n’a fait preuve d’aucun scrupule ou d’amour pour son pays.

Les élections de 2008, qui ont été très difficiles pour le pays, ont vu la victoire du bloc centre-droite, dont le dirigeant Silvio Berlusconi fut appelé à former le gouvernement qui allait diriger le pays pour un quinquennat, de 2008 à 2013.

La plus grande erreur de Berlusconi, à mon avis, fut qu’il n’a pas dit aux Italiens la vérité sur ce qui était réellement arrivé : la signature par les précédents gouvernements de centre-gauche des traités contraignants de l’Union européenne.
Je pense que le Premier ministre a fait la grave erreur de sous-estimer ses adversaires politiques, et surtout sous-estimer le pouvoir détenu par les dirigeants de l’Europe.

Le gouvernement Berlusconi est né sous une mauvaise étoile, avec la crise financière qui a éclaté aux Etats-Unis puis a frappé l’Europe et l’Italie comme une tempête, dès les premiers mois du mandat du nouveau gouvernement.

L’avancée continue, irrésistible de la crise a créé de violents conflits dans la société civile et au Parlement, entre les deux pôles politiques.

Pendant ce temps, l’économie réelle du pays se trouvait sérieusement menacée. C’était au moment où les petites et moyennes entreprises commençaient à souffrir grandement, et plusieurs ont dû mettre un terme à leurs activités.

Ceci peut également être attribué au fait que les banques ont fourni de moins en moins de crédit à l’économie.

Entre la fin de 2009 et le début de 2011 en particulier, le poids de la crise économique se fit sentir. La fermeture de plusieurs sociétés a balayé de nombreux emplois, appauvrissant une large partie de la population.

Même si des amortisseurs sociaux ont été mis en place, ceci n’a pas suffi pour arrêter la récession italienne, qui est apparue sous ses jours les plus sombres au début de l’année 2011.

La forte opposition d’Angela Merkel et de certains de ses alliés en faveur d’une politique budgétaire contraignante, a engendré plusieurs conflits avec les chefs de gouvernement d’autres pays, incluant l’Italie.

La réalité est qu’à un certain moment l’Union européenne a imposé le remplacement d’un gouvernement démocratiquement élu, celui de Berlusconi, par le gouvernement technocratique de Mario Monti, appointé par l’oligarchie.

L’opinion publique italienne avait été stupéfiée dans les mois précédents par une série d’actions manipulées et de réponses de la part des marchés, et elle fut ainsi amenée à souhaiter l’arrivée du gouvernement Monti comme « solution au problème ».

Ce mécanisme pervers « d’incitation » nous a conduit à une réflexion initiale troublante : un continent issu de deux Guerre mondiales, qui a réussi à établir des démocraties constitutionnelles, a vu ses droits démocratiques et ses lois de base violées de diverses manières...

Pire encore, est que ces choix, qui furent entièrement arbitraires, ont été induits par la tromperie, derrière le dos des populations européennes.

Aucun homme ou aucune femme de ce continent, depuis le Traité de Maastricht, n’a jamais eu aucun choix.

Tout a toujours été décidé de manière artificielle, par un pouvoir de haut niveau, avec la complicité des classes dirigeantes, agissant simplement pour le compte des intérêts financiers et des sociétés multinationales, qui ont décidé de s’enrichir au détriment des populations européennes, les dépouillant de toute leur richesse.
Pour revenir à la situation italienne en particulier, depuis le début de son mandat le gouvernement Monti a augmenté les impôts et coupé dans les dépenses dans tous les secteurs primaires, affectant directement les parties les plus fragiles de la population et la classe moyenne en particulier, qui n’existe plus en Italie.

Ce qui est certain, et un fait établi, est que mon pays est en train de passer par la saison la plus sombre de sa vie ; même la période de la reconstruction d’après-guerre ne peut être comparée au désastre économique et social frappant aujourd’hui mon cher pays.

L’Etat-providence est en train d’être démantelé ; les fonds pour les personnes affaiblies et les gens qui ne sont pas auto-suffisants ont été coupés, notamment dans les hôpitaux, les services sociaux et de santé. Dans certaines écoles les élèves se retrouvent dans des classes non-chauffées, gelant parce que leur école est incapable de payer sa facture d’électricité. Au nom d’une « nécessaire dérégulation » pour couvrir les dettes, créées de manière délibérée par la spéculation internationale criminelle, tous les biens publics que nos prédécesseurs nous ont laissés ont été presque entièrement vendus.

Les services essentiels, comme l’eau et l’électricité sont affectés par des coûts insoutenables, que de plus en plus de familles ne sont plus en mesure de payer.
Les procédures d’expulsion et des ordres de payer inondent les cours civiles. Plusieurs familles vivent dans des voitures, ou des logements de fortune. Le segment de la population le plus pauvre, ou indigent, a atteint le niveau historique de presque quatre millions de gens. Les impôts ont atteint les niveaux les plus élevés du monde, et les bureaux des impôts, la main armée du gouvernement Monti, saisit tout ce qu’elle peut des retraités et familles sans revenus, accroissant encore plus le nombre de sans abris de manière exponentielle.

Seulement en 2012, le nombre d’Italiens qui ont été forcés d’avoir recours à des repas gratuits dans les cafétérias dirigées par l’association Caritas ou autre groupes de volontaires s’est accru de 9 % (source : Coldiretti analysis). Pour être précis, 3 686 942 d’Italiens doivent être nourris par des organisations bénévoles. En 2010, le chiffre était de 2,7 millions ; en 2011, 3,3 millions ; et en 2012, presque 3,7 millions jusqu’à maintenant, selon une analyse conduite en collaboration avec AGEA, l’Agence pour les décaissements agricoles.

Selon l’association des producteurs agricoles Coldiretti, une famille italienne sur quatre fait face à des difficultés économiques, une augmentation de 3 % par rapport à l’année dernière, et 48 % des Italiens pensent que leur situation va empirer. 51 % des familles interrogées affirment qu’elles n’arrivent qu’à payer les dépenses habituelles, sans aucun luxe ; 8 % des familles n’ont même pas le revenu leur permettant de couvrir ce qui est indispensable.

En plus d’un Etat-providence qui a été éliminé, ou qui est devenu inhumain, nous voyons une économie sur ses genoux, privée de l’oxygène de la liquidité et du crédit.

L’abrogation de la Loi Glass-Steagall, et l’obligation légale créée par l’Union européenne d’être inscrit en bourse, a fait que toutes nos banques commerciales sont devenues la proie du lobby spéculatif. Une fois cotées en bourse, elles sont exposées aux attaques de spéculateurs sans scrupules, qui acquièrent des parts leur donnant le contrôle et les forcent à changer leurs activités, les amenant à soustraire de plus en plus de crédit de l’économie réelle, des entreprises et des familles.

Sans accès au crédit, les petites et moyennes entreprises, le cœur de l’économie réelle de l’Italie, ont fermé leurs portes l’une après l’autre, des centaines de milliers d’emplois ayant été perdus en quelques années. Le secteur agroalimentaire a connu le même sort.

L’agriculture était notre secteur principal, notre fierté, notre sens d’appartenance, qui nous a été légué par nos ancêtres romains. L’Union européenne nous a forcés à adopter des règles spécifiques sur la production, nos agriculteurs se voyant obligés de jeter leur production en raison de l’interdiction de mettre plus qu’une certaine limite sur le marché ; une limite établie l’oligarchie européenne.

Nous Italiens avons acceptés ces règles contraignantes, pensant qu’elles étaient nécessaires pour construire une union de peuples. Mais aujourd’hui l’objectif est clair : purger le marché italien des petits producteurs, focalisés sur la qualité, et faire place aux grandes corporations multinationales qui nous ont envahis avec les OGM, des produits qui sont souvent fabriqués à partir d’ingrédients de faible qualité, et qui sont mêmes quelquefois toxiques pour la santé humaine.

Ramenez la pauvreté, la faim et le désespoir, afin d’avoir à portée de main une main d’œuvre à bon marché, toujours disponible ! Produisons des maladies, car en échange, les sociétés multinationales – pharmaceutiques, par exemple – pourront distribuer leurs produits plus aisément !

L’objectif est toujours le même : enrichir le 1 % de la population globale au détriment de l’autre 99 %.

C’est une situation complexe, avec des centaines de facettes, qui requiert plusieurs acteurs nationaux et internationaux pour être efficace. Une pyramide de pouvoir construite de manière délibérée par le lobby financier, avec à sa base l’actuel système politique européen.

Mario Monti, Angela Merkel et tous leurs collègues européens sont des pions contrôlés par un pouvoir qui manipule et viole tout l’équilibre de la vie et de la société.

Par la manipulation des médias et de la presse, l’usage de clichés, ils essaient de monter un peuple contre un autre, même de créer des batailles fratricides au sein d’un même peuple. Angela Merkel est très bonne à ce jeu. Elle est capable de faire paraître les gens du sud de l’Europe – Italie, Grèce, Espagne, Portugal – comme les responsables de désastres qui nuisent aux gens du nord et de l’Allemagne. De cette manière le peuple allemand croit que ce sont les populations latines de l’Europe qui sont paresseuses et dépensières, et créent de la dette.

Ceci est évidemment entièrement faux. C’est un stratagème, et l’usage de la tricherie pour fragmenter la force des peuples européens, qui ensemble feraient peur à ceux qui souhaitent garder leur pouvoir à tout prix.

Il y a quelque mois, Christine Lagarde a dit qu’elle n ’était pas préoccupée par les enfants grecs qui ont faim, leur parents doivent payer leurs impôts !

La Grèce, le berceau de la civilisation, de la démocratie, qui a donné naissance à Socrate et Aristote, réduite à la misère par les déséquilibres créés volontairement par des monstruosités comme le Traité de Lisbonne et le MES !

Des pères et des mères en Grèce sont aujourd’hui forcés de laisser leurs enfants dans des orphelinats parce qu’ils ne peuvent plus les soutenir.

On essaie d’imposer la même chose à l’Italie, à l’Espagne, au Portugal, avec le consentement de l’opinion publique en Allemagne et dans d’autres pays du nord de l’Europe. Nous voulons dire à tous ces peuples d’Europe du Nord : « Angela Merkel vous trompe ! Elle travaille à un plan qui ne va pas s’arrêter aux ’’PIGS’’, mais qui sera également appliqué en Allemagne, ainsi que dans tous les autres pays d’Europe du Nord. »

Nous Italiens comprenons cela : et même si nous détestons Angela Merkel de toute notre force, nous caressons encore le rêve d’une véritable union des peuples, fondée sur la solidarité, la fraternité, la richesse de cultures diverses, le rôle central de l’être humain en tant qu’espèce unique.

Je suis une femme comme bien d’autres, j’ai une famille et une profession. Jusqu’à maintenant je n’ai jamais pensé que je joindrais l’agora de la politique. Mon sens de devoir civique et de responsabilité envers les générations futures, la souffrance que je vois autour de moi, l’arrogance et l’abus par une classe dirigeante européenne qui agit sur la base d’un dénominateur commun heurtant les gens – pas seulement les Italiens, car je me sens européenne – ne m’ont pas permis de détourner mon attention ailleurs.

Plusieurs partis politiques nouveaux et autres listes électorales non partisanes ont émergé en Italie, et pour ces forces populaires nouvelles, la droite comme la gauche n’existe plus, seuls les êtres humains existent, avec un Etat vu comme agrégat d’un peuple, un corps partageant des règles reconnaissant tous ces droits que la doctrine du droit naturel considère comme inaliénable.

Je me suis rendue disponible, avec tout ce que je sais, et avec plusieurs autres gens de bonne volonté je me suis engagée sur ce chemin, que je pense être le bon.
Je sais à quel point ce sera difficile, je suis consciente des nombreux obstacles que nous allons rencontrer... car le pouvoir, celui qui est au sommet de la pyramide, ne veut pas voir les gens progresser, ne veut pas de liberté et de bien-être pour eux. Le pouvoir ne cherche qu’une seule chose : « Dividi et impera. » Diviser pour régner. Il va lâcher ses meilleurs serviteurs, salir les eaux, pêcher en eaux troubles pour réétablir sa puissance féodale.

Ce n’est pas un secret que la classe politique italienne, toutes persuasions confondues (droite, gauche, ou centre) cherche à faire passer une réforme du système électoral pour accroître le nombre minimal de votes pour entrer au Parlement et accroître la prime de majorité (premio di maggioranza). Ceci malgré l’interdiction existant dans les lois nationales et européennes. La loi n’est pas la même pour tous.

Ils savent bien que le peuple italien veut recouvrer sa souveraineté, et a décidé de les détrôner tous ; aucun d’entre eux n’a été loyal au pacte social ; par conséquent, ils sont en train de penser à un système quelconque pour gagner les élections par tous les moyens, de manière à préserver leurs privilèges.

Des privilèges qui ont coûté aux italiens du sang, de la sueur et des larmes. Les parlementaires italiens ont les salaires les plus élevés du monde (malgré le fait qu’on leur a demandé de baisser leur salaire plusieurs fois). A la fin d’un seul terme ils ont droit à une pension de plusieurs milliers d’euros par mois, alors qu’ils continuent à repousser l’âge de la retraite pour les gens ordinaires, mêmes ceux qui travaillent dans des emplois manuels difficiles.

Ils ont pris le contrôle du système législatif qu’ils utilisent à leur propre bénéfice, ils légifèrent pour eux-mêmes. Ils nomment les membres de la Cour de cassation, de la Cour constitutionnelle, et d’autres tribunaux. (...)

Ainsi, nous sommes dans une guerre. Une guerre subtile, invisible, presque intangible, qui n’est pas combattue par l’armée dans les rues, mais par des moyens plus sophistiqués, comme la finance, avec ses réseaux qui ont atteint tous les segments de la vie sociale et politique, tant au niveau national qu’international.

La finance est une arme qui peut déclencher une extermination de masse. La pauvreté, la peur, le besoin constant de survie complètent le processus. (…)
Aujourd’hui, je veux faire appel à vous tous, qui représentez vos pays ; et en particulier les représentants des autres pays d’Europe : nous devons partager une seule philosophie politique, annuler tous les traités de CETTE Union européenne, créer des banques nationales, réinstaurer la séparation entre les banques commerciales et les banques d’investissement spéculatives dans le secteur privé.

Réinstaurer la Loi Glass-Steagall comme l’ont proposé M. LaRouche et le Movisol en Italie, ne peut être reporté davantage. La campagne de M. LaRouche a bien atteint l’Italie, nous avons trois projets de loi qui ont été introduits au Parlement.
Les banques commerciales sont nécessaires pour le système économique d’un pays, mais si on ne réussit pas à les séparer des banques d’investissement spéculatives, l’ensemble de l’économie réelle meurt.

Nous devons nous asseoir autour d’une table et concevoir une véritable union des peuples européens, expulser les serviteurs du lobby financier et des corporations nationales ; libérer nos terres, nos peuples de cette oligarchie qui nous a opprimés trop longtemps, et qui s’est maintenant étendue dans les institution européennes et nationales.

Nous devons reconstruire ces valeurs de paix, de liberté et de démocratie qui nous sont chères à tous ; les défendre à nouveau, ne plus jamais répéter les abominations que nous voyons aujourd’hui.

Alors seulement y aura-t-il un futur pour nous-mêmes et les générations à venir.

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