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Les dirigeants africains réfutent la légende du « piège de la dette »

12 septembre 2018

Alors que les médias occidentaux n’ont accordé que très peu d’intérêt au Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), ceux qui l’ont fait ont surtout relevé le soi-disant « piège de la dette » : la Chine pousserait les pays africains à accepter des prêts qu’ils ne seront jamais en mesure de rembourser. De nombreux représentants africains se sont empressés de remettre les pendules à l’heure au cours du sommet. Extraits :

* Le chef de la Banque africaine de développement (AfDB), Akinwumi Adesina, a affirmé en marge du sommet : « Soyons clairs : l’Afrique ne connaît absolument pas de crise de la dette ; les pays africains manquent cruellement d’infrastructure. » Selon Xinhua, « leur population augmente, a-t-il noté, l’urbanisation est là et l’espace fiscal très limité. (...) Ils contractent davantage de dettes, mais pour la bonne cause. » Il a démenti l’idée que la dette imposée par la Chine commencerait à ruiner l’Afrique, tout en remarquant que le ratio dette/PIB de l’ensemble du continent était passé de 22 % en 2010 à 37 % l’année dernière. Toutefois, ce rapport est bien inférieur aux 100 %, voire 150 % de nombreux pays à fort revenu, ou même des plus de 50 % des économies émergentes.

* Le président Muhammadu Buhari du Nigéria, le pays le plus peuplé d’Afrique, a abondé dans le même sens. Selon TVCNews, il a profité d’un point presse pour évoquer les insinuations à propos de ce prétendu « piège de la dette » : « Les projets d’infrastructure vitaux qui sont financés sont parfaitement en phase avec le Plan de croissance économique du Nigéria. Certaines des dettes contractées, il faut le souligner, s’autofinancent. Le Nigéria est tout à fait en mesure de rembourser tous ses prêts à échéance, dans le respect de notre politique de prudence fiscale et de bonne gestion . »

Il fit remarquer que le partenariat du Nigéria avec la Chine via le FOCAC avait permis de réaliser sur les trois dernières années des projets d’infrastructure essentiels, estimés à plus de 5 milliards de dollars. « Nous avons achevé le premier système ferroviaire urbain d’Afrique occidentale, estimé à 500 millions de dollars, à Abuja. Auparavant, il y avait la ligne de 180 km reliant Abuja à Kaduna, achevée et mise en service en 2016, et qui fonctionne très bien depuis » a-t-il précisé.

Le Zimbabwe est l’un des plus anciens partenaires commerciaux de la Chine, comme l’a relevé avec fierté le président Emmerson Mnangagwa lors du sommet. Un éditorial publié au cours du sommet dans le Chronicle of Zimbabwe, un journal proche du gouvernement, notait : « L’assistance de la Chine à l’Afrique porte des fruits tangibles. Loin de prendre l’Afrique au piège de la dette, la coopération sino-africaine dans le cadre de l’ICR a pour objectif de s’attaquer aux grands goulets d’étranglement économiques du continent, de manière à réaliser des bénéfices tangibles pour les deux peuples […] Sur un continent où plus de 600 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité, 40 % des prêts chinois vont à la production et la distribution d’électricité. 30 % vont à la modernisation de l’infrastructure de transport. »

Le Chronicle cite aussi le rapport de McKinsey & Company de juin 2017, qui constate qu’aucun autre pays au monde n’est impliqué aussi largement et en profondément en Afrique que la Chine. « C’est plutôt ironique de voir les pays occidentaux mettre en garde l’Afrique contre le ‘néocolonialisme’ de la Chine, alors que leur propre passé colonial a appauvri le continent en suçant littéralement ses ressources naturelles jusqu’à la moëlle. »