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Les banques de Wall-Street « trop grosses pour sombrer » échouent au test des régulateurs

4 mai 2016

Pour la troisième année d’affilée, les « testaments biologiques » rédigés par cinq des huit plus grandes banques de Wall Street ont été déclarés inapplicables et sans crédibilité par la Réserve fédérale (Fed) et l’Agence fédérale de garantie des dépôts (FDIC). Selon un communiqué datant du 13 avril, Bank of America, JPMorgan Chase, Wells Fargo, State Street Bank, et BONY Mellon ont toutes été recalées par les deux organismes fédéraux. Dans le cas de JP Morgan Chase, les régulateurs soulignent que la banque représente une menace potentielle pour l’ensemble des Etats-Unis.

Rappelons que le « testament biologique » est le surnom donné au plan que les banques « trop grosses pour sombrer » sont obligées d’élaborer pour sortir le cas échéant d’une faillite sans avoir besoin du recours à un renflouement public. Outre les cinq banques déjà mentionnées, le plan remis par Goldman Sachs a été rejeté par la FDIC mais accepté par la Fed, tandis que celui de Morgan Stanley a subi le sort contraire.

En ce qui concerne Citigroup, qui a échoué aux stress tests, son « testament biologique » a été accepté par les deux agences malgré ses « insuffisances ». Enfin, quatre banques étrangères – Barclays, Deutsche Bank, UBS et Crédit Suisse – ont été provisoirement exemptées de soumettre un plan, sans doute pour leur éviter un rejet certain.

JP Morgan

Dans leur lettre à JP Morgan, les régulateurs constatent « une carence » dans le plan remis par la banque qui serait :

Susceptible de provoquer des effets nuisibles pour la stabilité financière des Etats-Unis.

Comme l’ont souligné les analystes Pam et Russ Martens, de savoir qu’une seule banque puisse être aussi dangereuse pour la stabilité de tout le pays devrait « effrayer » tous les citoyens.

Le principal problème est le manque de liquidités pour pouvoir mener à bien une résolution, affirment les régulateurs, tout comme pour les autres autres banques. « Le profil de liquidité de JPMC est vulnérable face à des actions indésirables de la part de tiers. »

La banque compte trop sur des ressources dans des entités étrangères, qui « peuvent, en cas de stress financier, être soumises au cantonnement [ring fencing] ». Voilà une référence indirecte à l’énorme exposition de la banque aux contrats dérivés, y compris des titres collatéraux et des dépôts à court terme pouvant être saisis en cas de crise, épuisant les liquidités de la banque.

JPMC a manqué à son obligation de fournir un plan lui permettant de réduire son portefeuille de produits dérivés, dont la valeur nominale s’établit à 51 000 milliards de dollars. De plus, 69 % de cette somme est constituée de contrats dérivés négociés de gré à gré, en dehors de tout marché régulé.

Couper les banques en deux

Puisque les contrôles internes de ces banques ont été jugés impraticables, la Réserve fédérale est autorisée, dans le cadre de la loi Dodd-Frank, à scinder ces banques d’ici le 1er octobre au plus tard, en les obligeant à vendre leurs filiales « non-stratégiques », qui se comptent par milliers. C’est une option qu’avait soulignée l’économiste de Stanford, Anat Admati, lord d’une audition le 4 avril devant la Réserve fédérale de Minneapolis. Toutefois, cela ne signifie pas que la Fed se prévaudra de son droit. Ce sont les parlementaires qui doivent prendre l’initiative de couper les banques en deux de manière préventive, avant l’explosion définitive du secteur des produits dérivés.