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La Nouvelle Route de la soie et le principe de l’intérêt de l’autre

Dr Xu Jiang, chercheur émérite et directeur du Conseil académique à l'Institut des études internationales de Chine, Pékin

26 juillet 2018

Dr Xu Jiang, chercheur émérite et directeur du Conseil académique à l’Institut des études internationales de Chine, Pékin

Madame la présidente Helga Zepp-LaRouche
Distingués Invités
Mesdames et Messieurs

C’est un grand honneur pour moi d’être invité à assister à cette conférence qui se tient dans un si bel endroit. Aujourd’hui, je parlerai brièvement du phénomène de la démondialisation, de la politique étrangère de la Chine et des défis auxquels la Chine est confrontée, y compris des trois pièges. Il y a des idées fausses et des erreurs de jugement de la part des pays occidentaux à l’égard du développement de la Chine, qui entravent les relations entre la Chine et l’Occident. Notre hôte, l’Institut Schiller, me donne ici l’occasion d’expliquer les politiques de la Chine et les initiatives chinoises pour mettre fin aux malentendus envers elle.

I. Comment la Chine perçoit le processus de démondialisation

La tendance à l’inversion de la mondialisation est une question brûlante dans le paysage international actuel et elle a été particulièrement marquée dans les pays développés occidentaux. Le Brexit, l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis et l’impact considérable des forces d’extrême-droite dans les écosystèmes politiques de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et d’autres grands pays européens, reflètent tous les violents contrecoups que subit la mondialisation dans ces pays occidentaux, sous différents angles.

Dans certains pays en développement, le protectionnisme et le nationalisme sont également apparus à des degrés divers ces dernières années, ce qui montre que les tendances à la démondialisation, à l’altermondialisation et à l’antimondialisation ne se limitent pas au monde développé, mais sont un phénomène mondial qui prend des formes et des dynamiques variées selon les pays et régions du monde.

La démondialisation et le protectionnisme commercial mondial ne sont pas des phénomènes accidentels ; leur origine est profonde et ils sont étroitement liés à certains problèmes de la mondialisation, dont les plus importants sont l’inégalité de la répartition sociale et le développement inégal entre les nations. Si la redistribution sociale inégale est une faiblesse inhérente à l’économie de marché, la mondialisation économique exacerbe encore ce problème. Dans l’économie de marché, le profit des différents facteurs économiques varie considérablement, parmi lesquels la différence entre les revenus du capital par rapport aux facteurs de production est la plus remarquable. Les conclusions de l’économiste français Thomas Piketty à cet égard méritent une attention particulière. Piketty estime que si le rendement du capital est beaucoup plus élevé que le taux de croissance économique sur une période relativement longue, le risque de répartition inégale de la richesse deviendra considérable. Le problème du développement inégal entre les pays qui résulte du processus de la mondialisation est tout aussi profond et complexe, et il se manifeste de deux façons : le problème Nord-Sud et le problème Est-Ouest. Au niveau Nord-Sud, la mondialisation a engendré un groupe d’économies émergentes qui contribuent à la montée collective des pays en développement, mais elle en a également marginalisé quelques autres. Ces derniers tirent non seulement des avantages limités de la mondialisation, mais ils sont également confrontés à des risques et des pressions croissants. En conséquence, le fossé entre eux d’une part, et les pays développés ou émergents d’autre part, se creuse davantage. Cette situation a exacerbé les écosystèmes politiques et sociaux de ces pays marginalisés et constitue également l’un des facteurs clés de la persistance de certains conflits régionaux et autres troubles. Il y a des raisons compliquées à la marginalisation de certains pays dans la mondialisation, tant au niveau national qu’international. Sur le plan international, les règles biaisées de la mondialisation ont forgé un environnement concurrentiel international préjudiciable au bien-être de ces pays. Jusqu’à récemment, la mondialisation a été dominée par les pays développés, et les règles les plus importantes répondaient à leurs propres intérêts. Cette situation s’est considérablement améliorée depuis le début du XXIe siècle, avec les efforts des pays en voie de développement, mais il existe encore de nombreux facteurs d’injustice dans l’ordre international, et la contradiction Nord-Sud reste un problème majeur dans le développement de la mondialisation.

Le déséquilibre Est-Ouest se manifeste principalement entre les économies émergentes et les économies développées. La montée inexorable d’un grand nombre de pays en développement au cours des vingt ou trente dernières années, en particulier de grands pays émergents, a modifié la prépondérance des pays développés occidentaux dans l’équilibre des forces internationales. Au cours des siècles, l’architecture mondiale subit des changements sans précédent, ce qui stimule fortement le développement de la multipolarisation. Le développement inégal a d’importants effets positifs sur les progrès de la société humaine. Cependant, comme l’économie mondiale est aujourd’hui en phase de ralentissement, cette tendance a aggravé la contradiction entre pays développés et pays émergents dans l’ordre international. En particulier après la crise financière internationale, les pays développés occidentaux, y compris les États-Unis et les pays européens, ont été confrontés à de nombreux problèmes dans leur développement, et les contradictions entre pays développés et émergents en sont également devenues plus marquées. L’accusation portée par les pays développés contre les pays émergents de « profiter du système » reflète une intention de justifier leurs propres problèmes, mais elle a aussi une incidence sur les difficultés des pays en développement à respecter les règles. Il est inutile de dire que le fair-play dépend non seulement de l’équité des règles elles-mêmes, mais aussi du respect de ces règles d’équité ainsi que de l’effet de leur mise en œuvre. À mesure que le volume économique des pays émergents augmente, la différence entre les effets de la mise en œuvre des règles a été de plus en plus importante dans la concurrence internationale et dans l’ordre de la mondialisation.
Pour conclure, le renversement actuel de la mondialisation est le résultat de différents types de problèmes de justice et de développement inégal dans le processus de mondialisation. Les raisons de ces problèmes sont complexes, et impliquent presque tous les acteurs de la mondialisation. La résolution de ces problèmes n’est pas la responsabilité unilatérale d’une catégorie particulière de pays, mais une obligation commune à tous les acteurs de la mondialisation.

En ce qui concerne le développement de la mondialisation, nous devrions transcender les limites du nationalisme étroit pour l’appréhender avec l’idée d’une communauté d’avenir partagé pour l’humanité. Dans ses remarques lors du débat général de la 70e session de l’Assemblée générale des Nations unies, le président Xi Jinping a déclaré : "L’idéal le plus élevé est de créer un monde véritablement partagé par tous. Paix, développement, équité, justice, démocratie et liberté sont des valeurs communes à toute l’humanité et les nobles objectifs des Nations unies. Pourtant, ces objectifs sont loin d’être atteints et nous devons poursuivre nos efforts pour y parvenir. » Préserver et promouvoir les valeurs universelles de toute l’humanité, faire progresser cette communauté d’avenir partagé et promouvoir le bien commun de tous les peuples doivent être les convictions qui nous guident pour façonner la nouvelle mondialisation.

Nous devons insuffler un nouvel élan à la mondialisation grâce à de nouvelles initiatives. À cet égard, l’Initiative une ceinture, une route de la Chine revêt une importance exceptionnelle. Elle mobilise des ressources internationales et nationales, coordonne les deux civilisations, terrestre et maritime, et défend la vision d’un développement partagé, mutuellement bénéfique et équilibré, offrant sécurité et de meilleures conditions de vie aux populations le long de ses axes pour créer de la valeur et insuffler un nouvel élan dans la transformation de la mondialisation. Certes, la transformation de la mondialisation a besoin de plus de nouvelles forces motrices du même type que l’Initiative une ceinture, une route. Grâce à des efforts concertés, les pays peuvent également établir des canaux de coopération plus ouverts aux niveaux international, régional et bilatéral, tels que l’exploration et la construction du Partenariat économique régional global (RCEP), l’alliance de libre-échange Asie-Pacifique (FTAAP) ainsi que l’accord de libre-échange Chine-Japon-Corée du Sud, enfin la promotion d’accords d’investissement et d’autres domaines entre la Chine et les États-Unis, la Chine et l’Europe, de manière à fournir une énergie plus positive à la mondialisation.

II. La politique étrangère de la Chine dans cette nouvelle ère

Lors du 19e congrès national du Parti communiste chinois, Xi Jinping a résumé ainsi la vision du monde de la Chine : « Le monde subit des développements majeurs, des transformations et des ajustements, mais la paix et le développement restent le mot d’ordre devant nous. » Dans ce contexte, « notre monde est plein d’espoir et de défis », a-t-il souligné. D’un côté, les « tendances à un monde multipolaire, à une économie mondialisée, le développement du numérique, la diversité culturelle sont en pleine expansion ; des changements dans le système de gouvernance mondiale et dans l’ordre international s’accélèrent ; les pays sont de plus en plus interconnectés et interdépendants, les rapports de forces internationales deviennent de plus en plus équilibrées et la paix et le développement demeurent une tendance irréversible. »

D’un autre côté, cependant, « en tant que monde, nous faisons face à des incertitudes croissantes et à des facteurs déstabilisateurs. La croissance économique mondiale manque d’énergie ; le fossé entre riches et pauvres continue de s’élargir ; des conflits régionaux naissent souvent dans certaines régions et les menaces sécuritaires non conventionnelles comme le terrorisme, la cyber-insécurité, les principales maladies infectieuses et les changements climatiques continuent de se propager. En tant qu’êtres humains, nous avons de nombreux défis communs à relever. »

Dans ce contexte, « aucun pays, a averti Xi Jinping, ne peut relever seul les nombreux défis auxquels l’humanité est confrontée ; aucun pays ne peut se permettre de se replier sur lui-même ».

En même temps, il a exprimé une position relativement positive à l’égard des perspectives du monde : « Nous ne devrions pas abandonner nos rêves parce que la réalité qui nous entoure est trop compliquée ; nous ne devrions pas cesser de poursuivre nos idéaux parce qu’ils semblent hors de notre portée. »

L’esquisse des perspectives mondiales de Xi Jinping dans le rapport politique présenté au 19e Congrès national du Parti communiste chinois reflète de manière exhaustive la vision qui domine en Chine sur la situation du monde. D’un point de vue académique, l’évaluation de Xi Jinping des opportunités et des défis auxquels fait face le monde actuel est bien équilibrée, avec une bonne orientation sur les problématiques et une tonalité optimiste.

Le cadre de la politique étrangère de la Chine repose sur deux piliers : 1°) « Bâtir une communauté avec un avenir commun pour l’humanité, construire un monde ouvert, inclusif, propre et beau qui bénéficie d’une paix durable, d’une sécurité universelle et d’une prospérité commune. » 2°) « Forger une nouvelle forme de relations internationales fondées sur le respect mutuel, l’équité, la justice et la coopération gagnant-gagnant. »

L’approche de base de la politique étrangère chinoise est de développer des partenariats mondiaux et d’élargir la convergence d’intérêts avec d’autres pays. Avec cette approche, « la Chine encouragera la coordination et la coopération avec les autres grands pays et travaillera à l’élaboration d’un cadre pour les relations entre grands pays, caractérisées par une stabilité globale et un développement équilibré. Elle approfondira ses relations avec ses voisins conformément au principe de l’amitié, de la sincérité, de l’avantage mutuel et de l’inclusion, ainsi qu’une politique amicale et de partenariat avec ses voisins. Guidée par le principe du respect de la justice, tout en poursuivant des intérêts communs et le principe de sincérité, de vrais résultats, d’affinité et de bonne foi, la Chine travaillera à renforcer la solidarité et la coopération avec d’autres pays en développement. »

III. Le défi de la Chine : gérer correctement les trois pièges

La Chine est maintenant confrontée à plusieurs défis, notamment comment échapper au « Piège de Thucydide », au « Piège de Kindleberger » et à celui de la guerre froide.

Le premier défi est de savoir comment faire face au paradoxe existant entre ces différents pièges. Joseph S. Nye, professeur à l’université d’Harvard, a d’abord souligné ce paradoxe, bien qu’en posant le problème par rapport aux États-Unis. Dans un article publié immédiatement après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, le Pr Nye a argumenté que, « alors que le président élu Donald Trump prépare la politique de son administration envers la Chine, il devrait se méfier de deux pièges majeurs que l’histoire lui a tendus ». L’un est le « piège de Thucydide », qui se réfère à l’avertissement lancé par cet historien de la Grèce antique qu’une guerre cataclysmique peut éclater lorsqu’une puissance établie (comme les États-Unis) devient trop inquiète face à une puissance montante (comme la Chine). « Mais Trump doit aussi s’inquiéter du ’Piège de Kindleberger’. » Selon le professeur Nye, « Charles Kindleberger, l’un des architectes intellectuels du Plan Marshall qui enseigna plus tard au MIT, a soutenu que la décennie désastreuse des années 1930 fut causée par le fait que les États-Unis ont remplacé la Grande-Bretagne en tant que première puissance mondiale, mais n’ont pas réussi à en assumer le rôle dans la fourniture de biens au niveau mondial. Le résultat fut l’effondrement du système mondial dans la dépression, le génocide et la guerre mondiale. »

Le point le plus intéressant dans l’argument du Pr Nye réside dans un dilemme auquel les Etats-Unis pourraient être confrontés en tentant de faire face à ces deux pièges. D’une part, selon Nye, le principal problème du piège de Thucydide pour les États-Unis vient principalement d’une « Chine qui semble trop forte plutôt que trop faible ». D’un autre côté, le problème du piège de Kindleberger peut émerger du fait d’ « Une Chine qui paraît trop faible plutôt que trop forte » pour contribuer à fournir des biens au niveau mondial. Le président Trump est donc confronté à un paradoxe, ne serait-ce que parce qu’il « doit s’inquiéter d’une Chine à la fois trop faible et trop forte ». Pour atteindre ses objectifs, il doit éviter le piège de Kindleberger ainsi que le piège de Thucydide. Mais il doit surtout éviter les erreurs de calcul, les perceptions erronées et les jugements irréfléchis qui affligent l’histoire humaine.

Malheureusement, le paradoxe auquel font face les États-Unis semble plus ou moins s’appliquer également à la Chine. Dans une période où l’administration Trump poursuit sa stratégie de « l’Amérique d’abord » et se prépare à réduire la contribution américaine à la fourniture de biens au niveau mondial, la pression du piège de Kindleberger sur la Chine s’accroît inévitablement. Si la Chine refuse ou hésite à prendre plus de responsabilités dans la fourniture de biens au niveau mondial, il est presque certain que nous entendrons de plus fortes critiques selon lesquelles elle continue à « profiter du système » plutôt qu’à contribuer à l’ordre international existant. Et si elle fait le contraire, c’est-à-dire prendre plus de responsabilités internationales – ce qui correspond à sa puissance nationale croissante – on entendra inévitablement l’accusation selon laquelle elle cherche une hégémonie régionale et même mondiale. La lecture des accusations proférées contre la Chine dans la « Stratégie de la défense nationale », le document de référence de la défense américaine, publié en décembre 2017, aide à comprendre à quel point le dilemme auquel la Chine est confrontée peut devenir sérieux. Ce document, que le président Trump conçoit comme une « Stratégie de la défense nationale pour l’America First », fait valoir que les compétitions croissantes dans le monde « obligent les États-Unis à repenser les politiques des deux dernières décennies - des politiques basées sur l’hypothèse qu’un engagement avec leurs rivaux et leur inclusion dans les institutions internationales et le commerce mondial en feraient des acteurs mineurs et des partenaires de confiance. »

Il conclut : « En grande partie, cette prémisse s’est révélée fausse." Il soutient que la raison en est que les Etats-Unis font face à « trois types de défis : les puissances révisionnistes que sont la Chine et la Russie, les États voyous comme l’Iran et la Corée du Nord et les organisations transnationales menaçantes, en particulier les groupes terroristes djihadistes. »

Ce document souligne notamment que « la Chine et la Russie défient le pouvoir, l’influence et les intérêts des Etats-Unis, en essayant de miner la sécurité et la prospérité américaines. Ils sont déterminés à rendre les économies moins libres et moins équitables ».

Dans une telle situation, la Chine doit faire plus pour surmonter le piège de Kindleberger. Et en même temps, elle est censée faire moins pour atténuer le danger du piège de Thucydide. Elle doit donc trouver un équilibre entre la nécessité de faire plus et la pression de faire moins pour fournir des biens au niveau mondial. C’est le dilemme auquel est confrontée la Chine lorsqu’elle affronte simultanément le piège de Kindleberger et le piège de Thucydide.

En plus des défis résultant des deux pièges susmentionnés, la Chine est également confrontée à un troisième piège dans les circonstances internationales actuelles, celui de la guerre froide,. Le piège de la guerre froide est lié à la fois au piège de Thucydide et aux conflits potentiels provoqués par des différences idéologiques entre la Chine et l’Occident. Comme l’a souligné Joseph S. Nye à propos du soi-disant piège de Thucydide entre la Chine et les États-Unis, « il n’y a rien d’inévitable » parce que les effets des pièges sont souvent exagérés. En d’autres termes, il est possible que les deux puissances évitent les conflits ouverts, ne serait-ce que parce que toutes deux savent très clairement que le coût de ces conflits serait trop élevé pour pouvoir être amorti. Cependant, en dépit de ce genre de perspectives positives permettant d’éviter des conflits militaires ouverts, la Chine et les États-Unis seront toujours confrontés au danger d’être impliqués dans le piège de la guerre froide si les deux parties échouent à résoudre les deux problèmes suivants : la nécessité d’améliorer la confiance stratégique mutuelle, et celle de réduire les contradictions mutuelles dans le domaine idéologique. Les expériences passées et présentes suggèrent qu’aucun d’eux n’est facile à consolider. Pour des raisons à la fois politiques et stratégiques, la confiance mutuelle a toujours eu quelque chose d’insuffisant dans les relations sino-américaines au cours des dernières décennies. En ce qui concerne le facteur idéologique, les réactions négatives des États-Unis et de certains grands pays européens vis-à-vis de la Chine après le 19e Congrès national du Parti communiste chinois, jettent une ombre à cet égard. La « Stratégie de la défense nationale » des États-Unis en rehausse encore la difficulté. Bien que ce texte la présente comme « une stratégie réaliste fondée sur des principes guidés par des résultats et non par une idéologie », il est néanmoins trompeur de croire que la Stratégie de défense nationale des États-Unis place les valeurs et l’idéologie au second plan. Au contraire, ce document énumère clairement le facteur idéologique comme l’un des quatre intérêts nationaux vitaux que les Etats-Unis « se doivent de protéger dans ce monde compétitif ». L’administration Trump explique sa position de façon systématique et assez cohérente en ces termes : « Nous ferons progresser l’influence américaine parce qu’un monde qui soutient les intérêts américains et reflète nos valeurs rend l’Amérique plus sûre et plus prospère. Nous allons rivaliser et diriger dans les organisations multilatérales afin que les intérêts et les principes américains soient protégés. L’engagement de l’Amérique envers la liberté, la démocratie et la primauté du droit sert d’inspiration à ceux qui vivent sous la tyrannie. »

Sur la base de cette analyse, ce document adopte une attitude plutôt dure envers la Chine en ce qui concerne les divergences bilatérales, mais aussi dans le domaine idéologique. Par exemple, le document affirme que « la Chine et la Russie veulent façonner un monde antithétique aux valeurs et aux intérêts américains » et qu’il s’agit là « fondamentalement de conflits politiques entre ceux qui favorisent les systèmes répressifs et ceux qui favorisent les sociétés libres ».

Certains pays européens comme l’Allemagne et la France ont également fait des commentaires négatifs sur la Chine au sujet de l’ordre international, des méthodes de gouvernance mondiale et d’autres questions.

Les attitudes négatives des pays occidentaux en général et des États-Unis en particulier suggèrent que les tendances pessimistes sont en hausse dans les relations entre la Chine et les grandes puissances occidentales. Cette situation n’est bien sûr pas bonne pour promouvoir la paix, la stabilité et la prospérité dans le monde. Par conséquent, les parties concernées devraient unir leurs efforts pour empêcher que ces tendances ne se développent davantage, même si ce n’est pas facile..
Pour la Chine, cette attitude est pour le moins décevante et inattendue. L’écart entre ses attentes et la réponse occidentale suggère que quelque chose doit avoir mal tourné dans les perceptions mutuelles entre elle et l’Occident. Cela ne veut pas dire que ces tendances négatives soient inévitables. Mais pour éviter que la situation ne se détériore davantage, des efforts devraient être faits pour renforcer la compréhension mutuelle et minimiser les perceptions erronées des deux côtés.