« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

Accueil > Veille stratégique

La visite du Président Macron en Chine va-t-elle marquer un véritable tournant ?

13 janvier 2018

Visite d'Emmanuel Macron en ChineLa visite de trois jours effectuée par le président Emmanuel Macron en Chine du 8 au 10 janvier a été l’occasion d’exprimer sa volonté de rompre avec les politiques néfastes du passé, dictées par la géopolitique, tout en saluant l’Initiative une ceinture, une route lancée par la Chine. Il a engagé la France à coopérer pleinement à ces projets et à tenter d’y rallier l’Europe.

Dans son discours à Xi’an, point de départ historique de l’ancienne Route de la soie, le Président a reconnu que l’Occident avait commis de graves erreurs. Il a appelé à en finir avec l’« impérialisme unilatéral » de la France et de l’Europe en Afrique, dénonçant l’ineptie de la politique de « changement de régime », comme en Irak et en Libye.

Quant à la coopération sur l’Initiative une ceinture, une route, Macron a déclaré : « Il revient à l’Europe et à l’Asie, à la France et à la Chine, de définir et de proposer ensemble les règles d’un jeu dans lequel nous seront tous gagnants ou perdants. Je suis donc venu affirmer à la Chine ma détermination à faire entrer le partenariat euro-chinois dans le XXIe siècle pour qu’il s’inscrive dans cette nouvelle grammaire que nous avons à définir ensemble. L’Europe s’engagera résolument dans cette stratégie car elle a désormais conscience de son rôle et de sa place dans le siècle qui commence. »

Le président Xi Jinping et d’autres dirigeants chinois ont salué l’ouverture du Président français, notant que les deux pays, en tant que membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, ont une responsabilité particulière pour promouvoir la paix et le développement.

Les médias ayant assez peu couvert le discours d’Emmanuel Macron à Xi’an, nous en reprenons quelques extraits ci-dessous, ainsi qu’un résumé des projets concrets conclus.

Le problème évident auquel se heurtera la politique de l’Elysée se trouve dans en « l’intégration » renforcée de l’Union européenne de type supranational, avec une union bancaire, une union des marchés de capitaux, un ministre des Finances unique, ainsi que l’échange et le contrôle des données que prônent les dirigeants français. Or, en l’état, les traités en vigueur interdisent tout investissement public à grande échelle dans l’infrastructure et la réduction du déficit budgétaire reste une obsession, tandis que la BCE s’emploie à « sauver » le système bancaire en faillite.

Par conséquent, si M. Macron et d’autres chefs d’Etat veulent sérieusement se rallier aux Routes de la soie, ils se heurteront très vite à la nécessité de réorganiser le système financier et de rétablir un système de banque nationale permettant d’émettre du crédit pour l’investissement dans l’infrastructure, l’industrie et les nouvelles technologies. Et il leur faudra donc résister aux pressions de la City et de Wall Street...

Emmanuel Macron aura-t-il le courage de rompre avec la géopolitique ?

Dans son discours prononcé le 8 janvier au palais de Daminggong, à Xi’an, le président français s’est positionné comme partenaire potentiel en Europe du nouveau paradigme qu’on appelle l’« esprit de la Nouvelle Route de la soie », où la coopération gagnant-gagnant vient remplacer le jeu à somme nulle. La Chine, a-t-il noté, « a réussi, dans ces dernières décennies, à sortir 700 millions de personnes de la pauvreté ». Combattre les inégalités est également un défi pour la France, « où nous sommes confrontés au chômage de masse, à la nécessité impérieuse de redonner des perspectives d’avenir à toute une partie de notre population, mais c’est aussi un défi du monde aujourd’hui en proie à une crise du capitalisme mondialisé, qui a fait exploser les inégalités sociales et la concentration des richesses au cours des dernières décennies. »

Côté stratégique, Macron a estimé que « nous devons tirer tous les enseignements des erreurs du passé. A chaque fois que nous avons voulu imposer la vérité ou le droit contre les peuples eux-mêmes, nous nous sommes trompés et avons parfois produit des situations pires encore. Ce fut l’Irak, la Libye aujourd’hui. » On doit respecter la souveraineté des peuples, a-t-il ajouté.

Condamnant implicitement le paradigme géopolitique, il a déclaré : « Il ne saurait y avoir de suprématie déguisée ni de conflit entre des suprématies concurrentes. Tout notre art, si je puis utiliser ce terme, ne sera pas là un art de la guerre mais un art de la coopération équilibrée pour assurer sur le plan géostratégique, politique et économique cette harmonie dont notre monde a besoin. »

A propos de l’intervention de la Chine en Afrique, Macron a reconnu que « la Chine y a beaucoup investi ces dernières années, sur les infrastructures, les matières premières, avec une force de frappe financière que les pays européens n’ont pas. En même temps, la France a une connaissance historique et culturelle de l’Afrique qui lui donne de nombreux atouts pour l’avenir. Nous devons donc là aussi mener ensemble des projets réellement utiles à la croissance du continent, financièrement soutenables, parce que l’avenir est là, parce que nous ne devons pas reproduire les erreurs du passé consistant à instaurer une dépendance politique et financière, sous prétexte de développement. »

« La France a l’expérience d’un impérialisme unilatéral en Afrique, a-t-il poursuivi, qui a parfois conduit au pire, et aujourd’hui, alors que ces Nouvelles Routes de la soie sont en train de s’ouvrir, je pense que le partenariat entre la France et la Chine peut permettre d’éviter de répéter ces erreurs (...). »

Emmanuel Macron a également rappelé que les Routes de la soie, loin d’être exclusivement chinoises, furent partagées par l’Europe et l’Asie et le seront à nouveau aujourd’hui. Elles montrent « à tous ceux qui pensaient que nous étions dans un monde fatigué, post-moderne, où les grandes histoires étaient interdites, que ceux qui décident de vivre des grandes histoires peuvent faire rêver les autres. Je crois profondément dans les grandes histoires. »

On notera enfin l’importance accordée par le Président français aux échanges culturels et à une meilleure compréhension des anciennes civilisations.