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La stratégie de guerre de l’empire britannique 1

12 avril 2018

Au moment où la campagne antirusse autour de l’« affaire Skripal » en Grande-Bretagne battait sérieusement de l’aile, et pour cause, l’empire britannique a lancé une nouvelle fraude, concernant cette fois-ci une prétendue attaque à l’arme chimique par l’armée syrienne le 7 avril à Douma. Cette « information » a aussitôt fait la une de tous les médias (même si elle provenait d’alliés avoués d’Al Qaïda ), supplantant les allégations discréditées sur l’utilisation d’une arme chimique par la Russie pour empoisonner l’ancien espion russe Serguei Skripal sur le territoire britannique. Mais le stratagème est très dangereux.

Nous sommes assis sur une poudrière, soulignait Helga Zepp-LaRouche le 9 avril. En fait, tout ceci fait partie d’une propagande de guerre destinée en particulier à amener le président Trump à renoncer à son intention d’établir de bonnes relations avec la Russie et la Chine et à adhérer complètement au parti de la guerre. Surtout, elle se déroule sur fond de l’effondrement du système financier de Wall Street et de Londres. A noter que l’« affaire Skripal » a braqué les projecteurs sur le rôle direct du gouvernement et des services secrets britanniques, alors qu’il avait été possible de l’occulter en grande partie dans le « Russiagate », ce scandale censé faire tomber Donald Trump pour collusion avec la Russie.

Il est dans tous les cas alarmant de constater avec quelle rapidité la plupart des pays européens et les Etats-Unis ont exprimé leur solidarité sans partage avec le gouvernement britannique en dépit de grosses incohérences et du manque de preuves, pour aboutir à l’expulsion de diplomates russes, une mesure grave. Depuis lors, différents aspects de la désinformation ont été exposés. Scotland Yard, par exemple, a déclaré qu’il lui faudrait plusieurs semaines pour enquêter sur la « tentative d’homicide », alors que le gouvernement de Theresa May avait arrêté ses conclusions au bout de quelques jours.

Le chef de la diplomatie Boris Johnson s’est empressé d’affirmer de manière catégorique que le gaz neurotoxique utilisé à Salisbury « était produit en Russie », mais le chef du laboratoire militaire britannique de Porton Down, Gary Aitkenhead, a déclaré officiellement le 3 avril qu’il était impossible de déterminer la provenance de l’agent innervant. En outre, et fort heureusement, le gaz utilisé était moins mortel que proclamé au départ, puisque la fille de M. Skripal s’est complètement rétablie et que lui-même est en bonne voie – à moins qu’il ne s’agissait d’une tout autre substance, ce qui n’est pas à exclure.

Theresa May a espéré sauver son gouvernement du naufrage garanti en menant une croisade contre la Russie et si elle a obtenu du soutien provisoire, il ne saurait durer d’autant que les manigances de Londres et des services secrets de Sa Majesté ont été exposées entre-temps.

Pour ce qui est de l’Economist, il se préoccupe surtout de Donald Tump. Dans un article du 30 mars, cet organe de la City se montrait outré que le président américain n’avait toujours rien dit à propos de la Russie ou de Vladimir Poutine dans ses tweets publics depuis l’attentat du 4 mars à Salisbury. Si Washington a effectivement expulsé 60 diplomates russes à la demande de Londres, il a été annoncé par la suite qu’ils pourraient être remplacés. Pire encore, vu de Londres, Trump a répété le 2 avril son espoir de rencontrer Poutine bientôt.

Rappelons d’autre part (c’était avant la prétendue utilisation de gaz au chlore à Douma), qu’il a également affirmé son intention de retirer les Etats-Unis de la Syrie dès la défaite de Daech. Le parti de la guerre aux Etats-Unis, y compris l’ambassadrice à l’ONU Nikki Haley, est mobilisé pour l’empêcher de le faire en attisant le conflit. La lutte est donc engagée, son dénouement reste incertain.