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La nouvelle stratégie militaire du Pentagone : du Cheney relooké

10 janvier 2012

Le président Obama s’est présenté en personne, le 5 janvier, dans la salle de presse du Pentagone, pour annoncer sa nouvelle « stratégie militaire », qui n’a, en fait, rien de nouveau. Maintenant que nos forces se sont retirées d’Irak, a-t-il dit en résumé, que la guerre en Afghanistan ralentit et que Oussama ben Laden est mort, « nous allons dégraisser notre budget militaire, mais que le monde sache que les Etats-Unis vont maintenir leur supériorité militaire ».

Cette révision, qui donne l’orientation générale des coupes budgétaires à administrer, ne laisse aucun doute sur les véritables cibles, qui sont la Russie et la Chine, même si l’Iran et sans doute quelques autres pays seront frappés avant d’en arriver là. Elle confirme ainsi que l’évaluation stratégique de la Grande-Bretagne pour 2010 et l’ingérence de Londres dans les affaires russes et chinoises ont servi de modèle aux projets de l’administration Obama.

Tout en se concentrant explicitement sur la Chine et l’Iran, le document affirme que les Etats-Unis n’accepteront aucune rivalité à leur puissance militaire où que ce soit, rappelant le document de 1992 de Dick Cheney. Il indique aussi que le théâtre des opérations militaires américaines s’étend désormais au monde entier, puisque les Etats-Unis continueront à contrer activement les menaces terroristes « en surveillant les activités des pays non-étatiques menaçant à l’échelle mondiale, en travaillant avec les alliés et partenaires pour établir un contrôle sur les territoires non gouvernés et en frappant directement les groupes et individus les plus dangereux là où c’est nécessaire. »

Le secrétaire à la Défense Leon Panetta a précisé que l’armée et les Marines « n’auront plus besoin des ajustements nécessaires pour conduire les opérations de stabilité à grande échelle et à long terme ayant dominé les priorités militaires et la génération de force de la dernière décennie ». A la place, on comptera davantage sur les forces navales et aériennes, notamment l’utilisation de drones et la mise au point d’un nouveau bombardier furtif. Bref, c’est la continuation des concepts discrédités de la « Révolution dans les affaires militaires » (RMA), récemment utilisés en Libye, suivant lesquels les technologies de l’information et les frappes de précision permettent de gagner la guerre. Depuis sa naissance au début des années 1990, la RMA s’est avérée un échec et ne marchera pas plus à l’avenir.

Panetta a ajouté que les forces armées vont « accroître leur poids institutionnel et se concentrer sur une présence renforcée, une projection de puissance et la dissuasion dans la région Asie-Pacifique. (...) Mais ne vous y trompez pas. Nous aurons la capacité d’affronter et de vaincre plus qu’un adversaire à la fois. »

La nouvelle force dégraissée, poursuivit le secrétaire à la Défense, sera « agile, flexible, prête à intervenir, innovatrice et à la pointe de la technologie ». Exactement ce qu’il faut pour soutenir un système transatlantique en faillite et pour s’en prendre à d’autres pays ou groupes de pays qui tendent vers la croissance économique.

Les Chinois ont réagi globalement avec retenue, l’agence de presse officielle Xinhua conseillant aux Etats-Unis, s’ils veulent renforcer leur présence militaire dans l’Asie-Pacifique, de « s’abstenir de montrer leurs muscles » et de se livrer au militarisme dans la région.