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La « nouvelle guerre froide » de Washington, rejetée en Asie

15 juin 2016

Arrogance et menaces

La prestation du secrétaire américain à la Défense Ashton Carter, lors du Dialogue de Shangri-La (Asia Security Summit), démontre clairement que la politique du président Obama mène le monde vers une guerre globale. En effet, tout en prêchant la nécessité de créer une structure de type OTAN en Asie pour affronter la Chine, Carter a déclaré avec une arrogance tout impériale que les États-Unis « resteront pour plusieurs décennies le principal fournisseur de la sécurité régionale » en Asie.

En même temps, lui et le président Obama ont lancé des menaces plus directes encore contre la Russie. D’ici quelques semaines, lorsque les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’OTAN se réuniront en sommet à Varsovie, le déploiement de bataillons en Pologne et dans les États baltes devrait être finalisé. Des systèmes antimissiles Aegis basés au sol ont déjà été installés en Roumanie et sont prévus aussi en Pologne, ce que le président Poutine a clairement identifié comme une menace à la sécurité nationale russe nécessitant des contre-mesures.

Le Dialogue de Shangri-La, qui s’est déroulé du 3 au 5 juin à Singapour, est organisé par l’Institut international d’études stratégiques de Londres. Carter a saisi l’occasion pour se vanter du renforcement du déploiement militaire des États-Unis dans l’Asie-Pacifique où l’on « envoie nos capacités les plus avancées », notamment « des avions de combat furtifs F-22 et F-35, des avions de patrouille maritime P-8 Poseidon, le déploiement continu de bombardiers B-2 et B-52, ainsi que nos navires de guerre les plus modernes ».

Beijing répond et élève le débat

La réponse de Beijing s’est exprimée le lendemain dans le discours de l’amiral Sun Jianguo, chef d’état-major adjoint de la Commission militaire centrale de Chine. Élevant délibérément le débat, il a appelé à une vision fondamentalement nouvelle de la sécurité, basée sur une coopération inclusive, partagée et « gagnant-gagnant » entre tous les acteurs, diamétralement opposée à « la loi du plus fort » et à la « mentalité de la guerre froide ».

Les propos de Sun ont trouvé un écho chez le ministre adjoint de la Défense russe, Anatoly Antonov, qui a déclaré que les « blocs militaires fermés sont un vestige du passé » devant laisser place à des « partenariats mutuellement respectueux ».

Contrairement à l’Amérique du Nord, la majorité des pays de l’Asie-Pacifique rejette les provocations de guerre, comme en témoigne les dix-sept entretiens bilatéraux que l’amiral Sun Jianguo a menés en marge du Dialogue de Shangri-La. Cela tend à contredire Ash Carter qui a accusé la Chine de « s’isoler elle-même ».

De manière générale, une configuration plus positive se met en place, en collaboration avec la Russie, en Asie. Un rôle central y est joué par le Premier ministre japonais Shinzo Abe, qui semble vouloir se distancer de la politique de Washington pour se joindre au nouveau paradigme en Asie.