« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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La guerre froide qui n’arrive pas à prendre

29 mars 2018

Le Premier ministre britannique Theresa May et son gouvernement ont pris la tête du « monde libre » dans une croisade contre la Russie, après avoir accusé les « scélérats » du Kremlin d’avoir empoisonné au grand jour un ancien espion russe et sa famille dans les rues de Salisbury. Malgré le refus des autorités du Royaume-Uni de fournir la moindre preuve, la propagande de guerre froide a atteint de nouveaux sommets, l’Union européenne s’empressant de clamer sa solidarité avec Theresa May et le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, affirmant que la Russie pourrait bientôt passer à l’utilisation d’armes nucléaires !

Cependant, ce stratagème a été mis à mal par le coup de téléphone du 21 mars de Donald Trump à son homologue russe Vladimir Poutine pour parler de questions stratégiques et le féliciter de sa victoire électorale. Trump a expliqué aux journalistes que « nous avons eu une très bonne discussion, et je soupçonne que nous nous rencontrerons probablement dans un avenir pas trop éloigné pour discuter de la course aux armements, qui échappe à tout contrôle » et « aussi pour discuter de l’Ukraine, de la Syrie et de la Corée du Nord », entre autres.

Plus tard, Trump a encore tweeté que « bien s’entendre avec la Russie (et d’autres) est une bonne chose, pas une mauvaise ». En plus de l’annonce d’un sommet probable avec Poutine, son allusion au danger d’une nouvelle course à l’armement est particulièrement importante, sachant que le Président russe lui-même avait évoqué ce danger dans son discours post-électoral, que Trump a explicitement salué.
 
Néanmoins, cédant visiblement aux pressions grandissantes exercées par Londres et les milieux virulemment russophobes à Washington, la Maison Blanche a procédé le 26 mars à l’expulsion de soixantes « officiers du renseignement » russes des Etats-Unis (et de l’ONU).
 
Selon ce qui en a filtré dans divers médias, de hauts conseillers stratégiques de la Maison Blanche avaient vivement déconseillé à Trump de féliciter Poutine pour sa réélection. Quoi qu’il en soit, dès le lendemain, le conseiller à la Sécurité nationale du Président, le général HR McMaster, était congédié pour être remplacé par John Bolton, en vue de consolider une équipe plus soudée et loyale. Une semaine plus tôt, Trump avait remercié le secrétaire d’Etat Rex Tillerson, là aussi, semble-t-il, à cause de divergences sur la Russie et la Chine en particulier, mais aussi sur la Syrie.
 
Bombardée de questions hostiles suite à l’entretien téléphonique Poutine-Trump, la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders, a repris indirectement l’opposition fondamentale de Donald Trump à toute opération de « changement de régime », affirmant que Vladimir Poutine avait été dûment réélu et que « nous n’avons pas à dicter aux autres pays leur mode de fonctionnement ».
 
Cependant, les Chinois n’ignorent pas les ramifications de cette hystérie occidentale contre la Russie, comme en témoignent des articles du Global Times, qui soulignent que cela a eu pour effet de rapprocher encore plus les deux pays afin de mieux défendre leur indépendance et leur souveraineté. Les mêmes tactiques d’« intimidation » pourraient être utilisées contre la Chine, écrivait la rédaction le 16 mars.
 
Par ailleurs, un sommet est prévu pour bientôt entre les dirigeants du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine, ce qui représente une percée par rapport aux relations souvent conflictuelles du passé, notamment dans le cadre du « pivot asiatique » mis en œuvre par le président Obama pour contrer la Russie et la Chine. En outre, le ministre nord-coréen des Affaires étrangères doit se rendre à Moscou avant fin avril. C’est une excellente façon de répondre aux velléités de la clique géopoliticienne de lancer de nouvelles guerres froides.