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La crise bancaire italienne révèle les failles inhérentes au système mondial

2 août 2017

La Banque centrale européenne a beau répéter que la reprise économique est là, comme elle l’a de nouveau fait lors de la réunion de son conseil d’administration du 20 juillet, ce ne sont que les profits des banques qui ont « repris », alors que l’économie réelle dans la région transatlantique est à bout de souffle.

Les banques américaines engrangent des profits records, tandis que leurs consœurs italiennes perdent des sommes records, un paradoxe qui illustre le fossé entre l’économie financière et l’économie physique.

Selon des données compilées par Bloomberg, dix des plus grosses banques américaines, y compris JP Morgan Chase & Co. et Bank of America Corp., ont déclaré 30 milliards de dollars de profits au total pour le seul dernier trimestre, presque autant que lors du deuxième trimestre de 2007. Les revenus cumulés sur les 12 derniers mois de ces mêmes dix banques se sont élevés à 115 milliards de dollars, soit seulement 2 milliards de moins que les 117 milliards de 2007.

En d’autres termes, les mégabanques américaines font autant de profits qu’à la veille du krach financier. Ce n’est pas une bonne nouvelle, car elle signifie qu’en dépit des « régulations » dont s’est vanté l’ancien président Obama (loi Dodd-Frank), les banques n’ont pas cessé leurs excès. Leurs activités financières n’ont pas diminué, elles ont plutôt augmenté en volume, en raison du recul de leur rendement sur fonds propres. C’est la politique de taux zéro de la Réserve fédérale, qui touche bientôt à sa fin, qui a permis un tel volume d’investissements financiers.

Du côté européen de l’Atlantique, une crise bancaire dans la zone euro couve, centrée sur l’Italie, une crise qui a été aggravée, sinon causée dès le départ, par les soi-disant régulations de la BCE et de l’UE.

La crise des banques italiennes est le résultat de l’austérité fiscale imposée par Bruxelles, en particulier depuis 2011, qui a produit la récession la plus longue et la plus profonde de l’après-guerre, ainsi qu’une accumulation de plus de 200 milliards d’euros en prêts non performants (PNP). De nouvelles règles introduites sous la houlette de l’Union bancaire interdisent aux banques de négocier des solutions avec leurs débiteurs commerciaux, et fixent un délai précis au terme duquel les banques devront se délaisser de leurs PNP sous peine de subir une « résolution bancaire » impliquant des procédures de renflouement interne (bail in).

Ces règles absurdes ont eu des effets catastrophiques, aggravant la crise tant des banques que de l’économie réelle. D’abord, la crainte d’un bail-in a provoqué la chute du marché obligataire, privant les banques d’une source traditionnelle de financement. Ensuite, le largage des PNP sur les marchés a fait chuter davantage le prix des nantissements associés à ces prêts, en majorité des logements familiaux et des immeubles industriels et leurs équipements, dont la valeur avait déjà baissé de 50 % depuis la politique d’austérité appliquée par le gouvernement technocratique de Monti en 2011. Les délais inflexibles imposés par la BCE/EBA obligent les banques à vendre leurs PNP à seulement 11% - 13% de leur valeur nominale.

Puisque les Italiens ont l’habitude d’investir leur épargne dans leur logement, l’effondrement du prix des propriétés a réduit considérablement leur patrimoine.

Comme si cela ne suffisait pas, l’UE entend introduire sous peu de nouvelles règles pour obliger les banques à lever plus de fonds en dette subordonnée, afin de combler le trou dans ce qu’on appelle le MREL (Minimum Requirement for Own Funds and Eligible Liabilities), c’est-à-dire les actifs qui sont éligibles au bail in. Selon Marcello Minenna de l’organisme italien de réglementation des marchés Consob, le trou à colmater se situe entre 79 et 111 milliards d’euros. Si par le passé les banques ont pu refiler leurs obligations subordonnées à de petits clients non expérimentés, en les présentant comme des valeurs « sûres », ce ne sera plus le cas, les faillites bancaires récentes ayant permis de divulguer au grand jour ces escroqueries, conduisant même à des poursuites judiciaires.

Les paris vont bon train, sur ce qui arrivera en premier : une nouvelle crise financière mondiale, ou bien l’Italexit.