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La conférence de Munich sur la sécurité le confirme : le vieux paradigme est condamné

19 février 2018

S’il y a une chose que la Conférence de Munich sur la Sécurité (CMS) du 16 au 18 février aura rendu tangible, c’est l’échec de la conception géopolitique et unipolaire du monde à laquelle s’accrochent aveuglément les pays occidentaux. Le « Russia/China/Trump bashing » auquel se sont livrés les représentants occidentaux versait dans le grotesque. « Nous ne reconnaissons plus notre Amérique », a même déploré le ministre allemand des Affaires étrangères (provisoire), Sigmar Gabriel, tout en affirmant que la Russie, la Chine et les Etats-Unis tentaient de diviser l’Union européenne.

Le président de la CMS, Wolfgang Ischinger, avait donné le ton lors d’une interview sur Deutschlandfunk la veille de la conférence, dénonçant le risque élevé d’affrontement militaire entre la Russie et l’OTAN, en raison de la détérioration des relations entre Moscou et Washington. Si la situation est effectivement très dangereuse, la cause n’en est cependant pas à chercher du côté d’un Donald Trump qui a plusieurs fois exprimé sa volonté d’améliorer les relations avec la Russie, mais bel et bien du côté des néoconservateurs et des néolibéraux aux Etats-Unis (et ailleurs), qui font tout pour l’en empêcher.

Comme le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, l’a déclaré à maintes reprises, les dirigeants russes sont tout à fait conscients du problème. Lors d’un entretien le 16 février avec Euronews, il l’a dit sans détour : « Il est parfaitement clair que les démocrates ne peuvent pas se faire à leur défaite [lors de la présidentielle de 2016], qui les a pris complètement de court, et maintenant, ils s’efforcent d’empoisonner la vie du président Trump et de tout le Parti républicain. Mais avant tout de Trump, bien sûr, puisque c’est un dirigeant venu de l’extérieur du système. »

Par ailleurs, dans un numéro spécial du German Times distribué à la CMS, Mme Fu Ying, présidente de la Commission des Affaires étrangères du Congrès populaire national chinois, a précisé que la Chine ne s’intéresse pas à une quelconque « concurrence de systèmes » et n’a aucun intention d’exporter son système politique et son idéologie. Dans son article, elle plaide en faveur d’une coopération pour faire face aux « défis sécuritaires dans le monde d’aujourd’hui ».

Dans un article rédigé le 16 février, Helga Zepp-LaRouche fustige ceux qui accusent la Chine de tenter de diviser l’Union européenne en investissant dans des projets que Bruxelles refuse de financer. Elle se réjouit que la Chine ait pu sortir de la pauvreté 700 millions de ses habitants et qu’elle compte en sortir les 30 millions restants d’ici 2020. Dans l’Union européenne, déplore-t-elle, il n’existe aucun plan pour éliminer la misère. Pour les dirigeants chinois, il s’agit d’une politique consciente, loin d’être le résultat « naturel » de la croissance économique. Après tout, enchaîne-t-elle, « il y a aussi de la croissance économique en Allemagne, mais un enfant sur six vit dans la pauvreté ».

La conférence de Munich avait pour thème : « Au bord du précipice » ; bien vu, mais qui donc nous pousse vers le vide ?