« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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La coïncidence des opposés - le monde de demain

Helga Zepp-LaRouche, fondatrice et présidente internationale de l'Institut Schiller

30 juillet 2018

Mesdames et Messieurs, chers amis de l’Institut Schiller

Après le sommet historique qui a surpris le monde entre le Président Trump et le Président Kim Jong-un, j’ai fait une proposition en rapport avec un tel modèle, montrant qu’une relation d’adversaires – nous étions en effet potentiellement à la veille d’une guerre mondiale – peut être convertie en une relation de coopération, à l’extrême opposé, s’il y a de la bonne volonté et s’il y a collaboration des grandes puissances. Il s’agissait en l’occurrence des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie, pays qui avaient tous coopéré en arrière-plan pour rendre possible ce sommet. J’ai donc suggéré qu’il ne devrait y avoir qu’un seul point à l’ordre du jour du sommet de l’Union européenne qui vient de se terminer, à savoir le développement de l’Afrique à travers la Nouvelle Route de la soie. Et aussi que l’Union européenne devrait inviter le Président Xi Jinping ainsi que six ou sept chefs d’Etat de nations africaines coopérant déjà avec la Chine, et annoncer un programme intensif conjoint pour l’industrialisation de l’Afrique à travers l’extension à tous ces Etats de la Nouvelle Route de la soie

La participation du Président Xi Jinping, dont la réputation en Afrique est très haute en raison de tout ce que la Chine a fait, historiquement, pour ce continent, donnerait de la crédibilité à ce projet, et apporterait à tous les jeunes d’Afrique l’espoir d’avoir la perspective de participer à la construction de leurs propres pays et d’édifier leurs nations. Pour l’Europe, ce serait la seule manière humaine de résoudre la crise des réfugiés.

Cette proposition, qui a été traduite en dix langues ou plus – la plupart des langues européennes, le chinois, le japonais et le coréen – a été largement diffusée sur le plan international. Etais-je convaincue que c’était là un programme réaliste pour cette Union européenne ? En fait, absolument pas. Mais est-ce l’idée juste à mettre en avant ? Oui. Après tout, un tel sommet pourrait être convoqué à tout moment par n’importe quelle combinaison de nations. Et l’on pourrait profiter de l’Assemblée générale des Nations Unies, en septembre, pour en parler.

Entre temps, la tenue d’un sommet entre les présidents Poutine et Trump a été confirmée pour le 16 juillet, après le sommet de l’OTAN, à Helsinki. Ils discuteront probablement d’un accord entre Etats-Unis et Russie sur l’avenir de la Syrie, voire d’un plan d’ensemble pour l’Asie du Sud-Ouest. Et, en second lieu, il y aura un débat sur la nécessité d’un désarmement nucléaire global, ce qui avait déjà été annoncé aux Etats-Unis par l’ambassadeur russe Antonov. Le président Poutine a aussi clairement indiqué cependant que c’est à partir d’une position de force qu’il appelle à une dénucléarisation planétaire, ayant donné le même jour au Kremlin une conférence de presse où il a dit qu’il existe plusieurs systèmes d’armement russes pour lesquels la Russie a des années, voire des décennies, d’avance sur l’Occident. C’est ce qu’il avait annoncé le 1er mars. Entretemps, les généraux Dunford et Gerasimov se sont rencontrés à Helsinki pour préparer ce sommet.

Face à tout cela, l’establishment néolibéral de l’Occident a complètement perdu la tête, notamment Die Welt et The Times de Londres, en parlant même d’une « évolution apocalyptique ». La perspective que Trump puisse réduire les troupes des Etats-Unis en Europe les a fait paniquer totalement. Ce serait manifestement une bonne chose, mais cette faction géopolitique n’entend pas la chose de cette oreille.

Pourtant, cette réaction de l’Occident à des développements que toute personne éprise de paix ne pourrait qu’accueillir favorablement, à savoir la possibilité d’améliorer la relation entre les grandes puissances que sont la Chine, les Etats-Unis et la Russie, prouve qu’il faut quelque chose de plus pour changer la donne. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un paradigme complètement nouveau pour penser les relations entre les nations.

Revenons-en maintenant à la crise des réfugiés. Selon le rapport sur les tendances annuelles globales de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, publié fin 2017, il y avait à ce moment 68,5 millions de personnes déplacées dans le monde, soit presque la taille de la population allemande : 16,2 millions de nouveaux réfugiés en 2017 ; 44 500 nouveaux réfugiés chaque jour, soit une personne toutes les 2 secondes. Il nous faut avoir à l’esprit que chacun d’eux est une personne comme vous et moi, et comme nous tous dans cette salle. Ce ne sont pas des nombres mais des personnes, comme votre voisin, vos amis, votre famille.

L’Union européenne vient de conclure son Sommet en proposant un certain nombre de mesures vagues, comme l’établissement de camps, tels que des camps de débarquement, la militarisation de Frontex et des mesures semblables, aussi barbares qu’impraticables. Il s’agirait de fermer les frontières extérieures de l’UE, de faire de Frontex une institution robuste, de dépenser beaucoup d’argent. Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a proposé 6 milliards d’euros rien que pour fermer la Méditerranée en face de la Libye. L’ex-général de l’OTAN, Egon Romms, a même exigé que la Bundeswehr ait mandat de soutenir Frontex, et d’autres ont appelé à l’intervention de l’OTAN. Des centres de débarquement sont censés être établis sur le sol européen et plus tard en Afrique, mais aucun des pays concernés ne veut avoir de tels camps. Ni l’Egypte, ni la Libye, ni le Maroc, ni l’Algérie n’en veut ; Albanais et Macédoniens ne veulent pas non plus en avoir. La Libye veut maintenant que de tels camps soient établis au sud des frontières libyennes, dans des pays tels que le Niger et le Mali, qui n’ont aucune infrastructure – seulement le désert. Absolument aucune condition préalable pour faire cela n’existe dans ce pays.

Selon la TV allemande, le gouvernement algérien aurait envoyé 12 000 réfugiés dans le Sahara sans nourriture et sans eau, sans téléphones portables et sans argent. Par 48°C, ces gens devaient se rendre à pied jusqu’à quelque petit village du Niger. Parmi eux des femmes enceintes et des enfants, dont beaucoup n’ont jamais été revus. Le gouvernement algérien a démenti cette information. Cela peut être vrai ou faux – dans le monde des fausses informations, on ne sait jamais. Mais je puis vous assurer que cela se passe constamment, des gens qui marchent à travers le Sahara, des gens qui meurent, sans que l’on en parle dans les médias. Le Pape François a comparé ces camps, en Libye par exemple – où il n’y a même pas de gouvernement contrôlant la situation, où des gens sont torturés, mutilés, violés, vendus comme esclaves – à des camps de concentration, faisant le parallèle avec ceux de la Seconde guerre mondiale, en Allemagne nazie.

Il est évident que les Etats ont le droit de protéger leurs frontières, de maintenir la paix sociale. Mais vous ne pouvez pas ignorer le droit à la vie, le droit d’asile et le sort des réfugiés. Le premier ministre d’Albanie, Edi Rama, a déclaré que l’Albanie ne permettrait jamais l’existence de ces camps, s’opposant à un dumping d’êtres humains désespérés, comme si c’était de déchets toxiques dont personne ne veut. L’Albanie ne sera jamais un brise-vagues pour les réfugiés, a-t-il promis. Si vous regardez les débats sur les réfugiés en Europe à ce stade – et il y en a eu beaucoup – où sont les « valeurs occidentales », les droits humains, la démocratie qu’on nous vante tant ? Ce que nous voyons avec la crise des réfugiés, c’est la violation des droits humains les plus fondamentaux – droit à la vie, à la dignité, à l’asile – devant les yeux du public mondial.

Sous-jacent à tout cela, on assiste à un changement fondamental dans l’image de l’être humain. Le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov a récemment appelé cela des « valeurs postchrétiennes », qui reflètent un renoncement complet à la compassion et une perte complète du respect du caractère sacré de la vie humaine. Certains des pires jusqu’au-boutistes dans les partis soi-disant chrétiens dénoncent même les « touristes de l’asile » ou les « navettes de réfugiés », ce qui traduit une indifférence pathologique aux souffrances et à la mort d’êtres humains.

Après la Seconde guerre mondiale, Konrad Adenauer avait voulu créer la CDU (Union chrétienne-démocrate) comme un parti explicitement chrétien, utilisant les valeurs chrétiennes comme rempart, afin que les atrocités du national-socialisme ne se reproduisent plus jamais. Maintenant, Der Spiegel parle de « fascisme » à propos du Président Trump, mais la politique de celui-ci n’est pas différente de celle de l’Union européenne. Comment cela s’est-il donc produit ? Il nous faut revenir au changement de paradigme qui s’est produit en Occident. Pas à pas, nous nous sommes écartés de ce qu’entendait Adenauer, pour nous diriger vers l’idéologie de la croissance zéro promue par le Club de Rome, par le Fonds mondial pour la nature, par le mouvement écologique, selon laquelle nous sommes dans un monde aux ressources limitées, dans un système fermé où chaque être humain est une charge pour la nature.

Et ceci a été encore exacerbé par la déréglementation complète des marchés, l’accroissement du pouvoir de Wall Street et de la City de Londres, la domination complète du dogme néo-libéral selon lequel les marchés sont l’autorité suprême qui a remplacé Dieu. Selon lequel le rôle de l’Etat n’est plus de protéger le bien commun, mais de garantir les droits des banques et des spéculateurs, ce que nous avons vu spécialement après 2008, avec la déréglementation complète du système financier. C’est devenu comme un magasin en libre-service pour les riches, aux dépens de la majorité de la population : austérité contre bien commun, privatisation de toutes les catégories de la vie et de l’économie, et accroissement catastrophique des disparités.

L’image de l’être humain a été soumise à une analyse coûts-bénéfices. L’idée est qu’il n’y a pas de vérité connaissable, seulement une opinion post-factuelle où toute la réalité est soumise au modèle économique de la concurrence. Même la démocratie doit être en conformité avec les marchés. Selon une phrase désormais célèbre d’Angela Merkel, nous vivons en démocratie, mais encore faut-il qu’elle soit conforme au marché. Après la récente élection en Italie, le commissaire de l’UE Oettinger qui n’aime pas le nouveau gouvernement italien fait du Mouvement 5 étoiles et de la Lega, a dit que « Les marchés apprendront aux Italiens comment voter. » Ceci montre l’arrogance absolue de l’establishment néo-libéral. Ils sont totalement incapables de reconnaître les causes du déclin du modèle occidental qui n’est pas la faute de la Chine ni de Poutine, mais est entièrement causé par les politiques de l’Occident.

Lorsque l’Union soviétique a permis la réunification pacifique de l’Allemagne dans les années 1989-90, une possibilité a existé d’engager le monde dans une direction complètement différente. Après la désintégration de l’Union soviétique, une fenêtre d’opportunité s’est ouverte pour créer un ordre pacifique pour le XXIe siècle. Un bloc s’étant dissous, il n’y avait plus d‘ennemi. C’est pourquoi Lyndon LaRouche, mon époux, proposa en 1988 – voyant la fin prochaine du mur de Berlin – la réunification de l’Allemagne avec Berlin pour capitale et le développement de la Pologne, avec des technologies occidentales, pour servir de modèle à tous les anciens pays du Comecon. Après l’effondrement de l’Union soviétique, nous avons proposé que le Triangle productif Paris-Berlin-Vienne soit étendu à l’Eurasie. C’est ce que nous avons appelé Pont terrestre eurasiatique, et qui est devenu aujourd’hui la Nouvelle Route de la soie.

Précédemment, Lyndon LaRouche avait proposé une Banque internationale de développement (1975) et un Plan Oasis pour le développement de l’Asie du sud-ouest ; il avait travaillé avec le président mexicain José López Portillo sur une proposition d’intégration latino-américaine, appelée Opération Juarez. Nous avons travaillé avec le Premier ministre indien, Indira Gandhi, sur un plan de 40 ans pour l’Inde et travaillé sur un plan de 50 ans pour le développement du bassin du Pacifique. Et l’Initiative de défense stratégique – dont mon époux a été l’auteur – un projet très différent de ce que les médias en ont fait – comportait aussi un gigantesque transfert de technologie vers le secteur en développement. Si l’œuvre de toute la vie de Lyndon LaRouche avait été acceptée par l’establishment néo-libéral, je puis vous assurer que l’Afrique serait un continent florissant et que le monde nous apparaîtrait aujourd’hui comme très différent.

A la place de cela, ce qu’a fait l’establishment anglo-américain, après l’effondrement de l’Union soviétique, a été de dire « OK, maintenant le communisme a été abattu. Il nous faut un monde unipolaire : un Projet pour un nouveau siècle américain. Appliquons à la Russie une thérapie de choc. Débarrassons-nous de tous les gouvernements qui s’y opposent par un changement de régime, une révolution de couleur. Abrogeons le Glass-Steagall Act. Ayons des guerres interventionnistes humanitaires basées sur des mensonges », ce qui a eu pour résultat la crise des réfugiés au Moyen-Orient et la paupérisation du secteur en développement, ainsi que de l’Europe méridionale.

Telle a été la politique menée par l’Occident ces 20 à 30 dernières années, et elle est la cause aujourd’hui de l’effondrement du système occidental. Une révolte du cœur même du système a lieu, cependant, contre cette politique qui s’est traduite par le Brexit, l’élection de Trump, l’élection autrichienne, la rébellion dans les pays du groupe de Višegrad, dans des Etats d’Europe centrale et orientale. C’est pourquoi la solution que Merkel veut vendre pour résoudre tous ces problèmes est complètement a côté de la plaque.

Nous verrons ce qui arrivera, car le résultat du sommet de l’Union européenne qui vient de se terminer est très vague ; tout est basé sur le volontariat, il y aura beaucoup de négociations bilatérales. Et il faudra voir si le ministre allemand de l’Intérieur Horst Seehofer trouve cela acceptable, sachant qu’il avait dit avant ce sommet que si la CSU (Union chrétienne-sociale) capitulait devant Merkel, il pourrait entonner le Requiem. Ce qui serait une bonne chose, car si la CSU commençait à chanter de la musique classique ce serait là une grande amélioration ; mais ici, il s’agit plutôt de la prochaine élection bavaroise.

Ainsi, il y a des efforts pour rafistoler les choses, mais cela ne marchera pas parce que le danger d’un nouveau crash financier existe encore : tous les paramètres sont pires qu’en 2008. Le niveau de la dette, spécialement celle des entreprises et les produits dérivés de niveau 3 des banques, tout cela a empiré de quelque 40 %. Le danger est donc de tomber dans le chaos. Il y a quelques jours, les ministres de la Défense de neuf pays de l’UE ont décidé de créer une force d’intervention militaire européenne pour traiter de crises à travers le monde – ce qui est assez prétentieux, alors qu’ils n’arrivent même pas à réunir l’UE pour une telle approche. Mais tout ceci montre qu’aucune initiative positive ne vient de l’UE, ni de l’Occident en tant que tel, pour résoudre les problèmes stratégiques dans le monde.

Cependant, il existe un modèle et une perspective complètement différente. Il y a près de cinq ans, le Président Xi Jinping a mis à l’ordre du jour l’Initiative de la Nouvelle Route de la soie pour faire revivre l’ancienne Route de la soie qui avait permis, à son époque, des échanges de biens, de culture et de technologies, et avait amélioré le bien-être de tous les pays participants. Depuis lors, la Nouvelle Route de la soie, dite aussi initiative Une ceinture une route, est devenue le plus grand projet au monde en matière d’infrastructures. Selon le ministre des Affaires étrangères Wang Yi, 140 pays collaborent déjà sur la base d’une coopération gagnant-gagnant. Ensemble, ils construisent six corridors majeurs en Eurasie, des centaines de projets de lignes de chemin de fer, de parcs industriels, d’hydroélectricité, en Afrique, en Amérique latine et en Asie...

Mais il ne s’agit pas seulement d’un programme économique. Le Président Xi appelle ce projet : une « communauté d’avenir partagé pour l’humanité. » C’est un modèle entièrement nouveau de relations entre nations qui collaborent dans une perspective gagnant-gagnant, de respect de la souveraineté nationale et de non-ingérence dans les affaires intérieures. Il s’agit d’un système social complètement différent. Au XIXe Congrès national du CPC [Parti communiste chinois], Xi Jinping a proposé pour les 35 prochaines années une vision inédite dans le monde. D’ici 2020, toute pauvreté sera éliminée en Chine. Et sachant que la Chine a déjà sorti de la pauvreté 700 millions de personnes et qu’elle est engagée désormais dans un gigantesque programme intéressant chacun des ménages qui vit dans la pauvreté, on peut avoir l’absolue certitude que cela réussira. D’ici 2025, la Chine veut être à la pointe dans plusieurs domaines de la science et de la technologie. En 2035, elle est censée être un pays socialiste entièrement modernisé, et en 2050, un grand pays socialiste moderne florissant, fort, démocratique, culturellement avancé, harmonieux et beau, où la richesse sera accessible à chacun. Les Chinois vivront une vie plus heureuse et plus sûre, en étant membres actifs de la communauté mondiale.

Il y a aussi une obligation totale pour tous les membres du Parti de se consacrer au bien commun, d’avoir les normes morales les plus élevées et de travailler de tout cœur à l’amélioration des conditions de vie de toute la population. Xi Jinping a évoqué la riche tradition culturelle de 5 000 ans d’histoire de la Chine et les contributions essentielles qu’elle a apportées au développement de l’humanité, appelant cela le grand rêve chinois, rêve qui contribuera à ce que toute l’humanité vive une vie plus heureuse et crée un monde beau. L’économie est basée sur l’innovation, le système politique est basé sur une méritocratie, mais pas seulement pour la Chine, celle-ci offrant maintenant aux pays en développement les technologies les plus avancées, spécialement dans le domaine de l’énergie nucléaire et de la recherche et du développement dans le spatial.

Aujourd’hui ce nouveau modèle chinois, l’Initiative Une ceinture une route, est beaucoup plus attirant. Après des siècles de colonialisme, et des conditionnalités tristement célèbres du FMI et de la Banque mondiale, la Chine offre à l’Afrique et à d’autres régions en développement des crédits bon marché et même des dons. Ainsi, pour la première fois, de nombreux pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie éprouvent l’espoir de surmonter pauvreté et sous-développement, d’avoir des emplois pour les jeunes.

Les divers think tanks occidentaux qui, avec arrogance, ont complètement ignoré pendant quelque quatre ans l’avancée des Nouvelles Routes de la soie, se réveillent soudain en voyant que cette initiative prend une incroyable dynamique. C’est la raison pour laquelle que vous voyez soudain un déluge de couvertures virulentes accusant la Chine d’avoir des arrières pensées, et d’avoir un caractère autoritaire. Si vous interrogez des personnes du secteur en voie de développement, ce n’est pas leur avis. Elles pensent que la Chine leur donne de l’espoir pour la première fois. Le problème, c’est que les élites néo-libérales voient le monde à travers des lunettes géopolitiques, et projettent leurs propres intentions. Leurs propres politiques étant néo-colonialistes, elles ne peuvent imaginer qu’il existe sur cette planète un pays qui se consacre au bien commun de la population du monde entier.

Lorsque la Chine parle de socialisme avec des caractéristiques chinoises, je pense qu’il s’agit essentiellement des 2 500 ans du confucianisme, qui, à l’exception des dix années de la Révolution culturelle, a été la philosophie dominante en Chine. Il est devenu absolument important d’étudier Confucius, parce qu’il a une image de l’être humain très proche de notre ancien humanisme européen. C’est l’idée qu’un apprentissage tout au long de la vie, permet à toute personne de devenir un junzi, un homme de bien, un sage. Cette idée est d’ailleurs, identique à celle de « belle âme » de Friedrich Schiller. Si vous vous perfectionnez à travers un apprentissage tout au long de la vie, il peut y avoir de l’harmonie dans la famille. Si tous les membres de la famille réalisent pleinement leur potentiel, il y aura l’harmonie au sein de l’Etat puis entre les Etats.

L’establishment géopolitique et la plupart des citoyens occidentaux ordinaires sont complètement incapables de penser dans le concept gagnant-gagnant, basé sur la philosophie confucéenne, tant ils sont habitués à penser en termes de jeu à somme nulle – si l’un gagne, l’autre perd. Il y a un philosophe occidental qui est le meilleur pédagogue pour vous apprendre à penser différemment, et c’est Nicolas de Cues (dit aussi Nicolas de Cuse), avec sa conception de la coincidentia oppositorum, coïncidence des opposés. Il n’est pas connu en Chine, où je n’ai trouvé qu’un seul professeur en étude comparée des religions qui en parle, mais Nicolas de Cues n’était pas seulement un religieux. Il été le fondateur de la méthode scientifique moderne de l’Etat-nation souverain, du système représentatif, et, même si beaucoup de ses arguments sont tirés du domaine théologique, ils ont néanmoins une immense valeur philosophique et scientifique.

A son retour de Constantinople en 1437-38, après avoir amené la délégation de l’Eglise orthodoxe grecque aux conciles de Ferrare et de Florence, Nicolas de Cues rapporte avoir eu une inspiration soudaine qui lui a permis de voir toutes les questions sous une lumière complètement différente, à savoir la coïncidence des opposés. C’est un concept contraire au principe de « non-contradiction » d’Aristote, pour qui des affirmations contradictoires ne peuvent pas être vraies en même temps. Expliquant que tels avaient été jusqu’alors les axiomes communs à toute la philosophie, et qu’en exprimant cela Aristote n’avait été que le plus explicite, de Cues cite Philon d’Alexandrie, un grand philosophe juif platonicien (-20 av.-J.C. – +40 ap.-J.C.), très critique d’Aristote, pour qui la logique aristotélicienne ne dépassait pas la « ratio » des animaux.

Dans un très important écrit intitulé Apologia de Docta Ignorantia, réplique à un lettré scholastique du nom de Wenck, Cues explique pourquoi la pensée d’Aristote est une pensée inférieure, capable seulement des allers-retours méthodologiques. Dans De Docta Ignorantia, il écrit : « La coïncidence de pensées opposées, est comme se trouver sur une haute tour, où celui qui surveille tout, voit le processus dans sa totalité : le chercheur, ce qui est recherché, le processus de recherche, et aussi comment le chercheur s’approche ou s’éloigne de ce qui est recherché... » Dans un autre écrit intitulé De Visione Dei (De la vision de Dieu), Cues développe une pédagogie visant à montrer comment on peut entraîner l’esprit à penser en termes de coincidentia oppositorum, à surmonter un mur mental derrière lequel se trouve le niveau de la Raison. Dans De Docta Ignorantia, Nicolas de Cues parle aussi du spiritus universorum, lequel unit religions, nations et peuples, qui sont des éléments de différentiation, mais en disant que l’Univers dans son ensemble est l’expression parfaite de la condition préalable pour que chaque chose existe. Quodlibet in quolibet est une très célèbre phrase de lui : « Chaque chose participe dans le tout. » Dans l’ordre politique, cela signifie que la multiplicité des gens peut être intégrée sans que leur identité spécifique ne soit violée, puisqu’elle a sa place dans l’ordre préexistant de l’Univers. Selon Nicolas de Cues, chaque être humain est un microcosme qui contient, en germe, le macrocosme entier, de façon complexe, non étendue. C’est une notion qui ressemble beaucoup au concept de monade de Leibniz. Selon cette philosophie, l’harmonie, ordre pacifique, est possible seulement si tous les microcosmes se développent de la meilleure façon possible, le développement de l’autre étant l’auto-intérêt réciproque de chacun pour que l’harmonie fonctionne. Si l’on veut trouver une solution aux problèmes politiques d’aujourd’hui, il faut penser dans les termes de cette coincidentia oppositorum, penser d’abord les buts communs de l’humanité, penser que l’ordre du « Un » est plus élevé que la magnitude des « multiples ». L’auto-perfectionnement et l’ennoblissement exigent donc un accroissement de la densité démographique potentielle et relative, comme condition préalable à l’existence de futures générations.

Mon époux, Lyndon LaRouche, a prouvé dans de nombreux écrits pourquoi une augmentation de la densité démographique, potentielle et relative, et l’accroissement continu de la densité du flux d’énergie, sont impératifs. A chaque niveau de technologie donné, on finit toujours par atteindre un point d’épuisement en termes de ressources et de coûts. Ceci exige des percées qualitatives dans la connaissance des principes physiques de l’univers, leur application à des technologies de plus en plus avancées, la poursuite d’une division de travail plus complexe, et la participation d’esprits créatifs de plus en plus nombreux au progrès sans limite de l’humanité.

Aujourd’hui, cette idée de spiritus universorum existe sous la forme de l’esprit de la Nouvelle Route de la soie. C’est l’idée qu’une communauté de nations, comme base pour le bien commun de tous, est la seule façon de résoudre les problèmes d’aujourd’hui. L’impact de ce progrès est ressenti par les populations en Asie, en Amérique latine et en Afrique, et dans des pays d’Europe de plus en plus nombreux. Dans un sermon prononcé à Brixen en 1456 le jour de la fête de l’Epiphanie (6 janvier), que les commentateurs ont appelé « hymne à la civilisation », Nicolas de Cues louait les arts et les sciences de la nature comme le grand don de l’humanité auquel tous doivent participer pour ne pas ralentir le perfectionnement d’un seul être humain. Et c’est exactement ce que fait la Nouvelle Route de la soie.

L’esprit de la Nouvelle Route de la soie a rendu possible le sommet de Singapour, et d’autres sommets se tiennent ces jours-ci pour envisager de construire des chemins de fer sur la côte occidentale et bientôt la côte orientale de la Corée du Nord, et de relier Corée du Sud et Corée du Nord avec les corridors de transport chinois et le Transsibérien. Le Président Trump a promis que la Corée du Nord sera bientôt un pays prospère, tandis que Chine et Russie disaient, elles aussi, vouloir jouer un grand rôle dans ce processus. Selon le journal chinois Global Times, « La situation géographique de la Corée du Nord rend celle-ci prédestinée à être intégrée dans l’Initiative Une ceinture une route », ce qui se produira bien plus tôt que quiconque pourrait imaginer.

Ainsi, ce que nous proposons est d’adopter la même approche envers l’Afrique, et, au lieu d’une militarisation de la politique en matière de réfugiés, d’avoir un plan Nouvelle Route de la soie. Si l’UE est disposée à dépenser des dizaines de milliards en camps, en fortification de l’Europe, construisons plutôt des lignes de crédit pour l’industrialisation, l’infrastructure économique de base, des projets hydrauliques tels que le gigantesque projet Transaqua, le transport de masse, les voies ferrées pour trains à grande vitesse, la sustentation électromagnétique (maglev), les services de santé, l’enseignement, les programmes de recherche scientifiques destinés à l’exploration de l’espace, les villes nouvelles basées sur un développement urbain modulaire. Si toutes les nations européennes se joignaient à la Chine, à l’Inde, au Japon et aux Etats-Unis pour faire cela, avec les Etats africains qui veulent participer à un tel programme intensif ; s’ils l’annonçaient comme un engagement commun, la crise des réfugiés pourrait être surmontée. Mais cette approche exige un amour passionné pour l’humanité, exactement comme l’avait dit récemment le Premier ministre de l’Ethiopie, Abiy Ahmed, lors d’un rassemblement d’un demi-million de personnes, peu avant la tentative d’assassinat contre lui : « La seule façon d’avancer en dépassant toute cette histoire est le pardon et l’amour. La revanche, c’est pour les faibles. Et parce que les Ethiopiens ne sont pas faibles, nous n’avons pas besoin de revanche. Nous vaincrons avec amour. »

Alors, agissons dans ce sens. Le monde est au milieu d’un incroyable bouleversement. La situation est fort complexe et je ne crois pas que les problèmes seront résolus en proposant une quantité astronomique de solutions partielles. Nous avons besoin d’un plus haut niveau de Raison qui unisse toute l’humanité. Je pense que nous avons atteint la fin d’une époque, la fin de la géopolitique. Et nous devons atteindre le Nouveau paradigme où nous penserons en termes de coïncidence des opposés, ce que Xi Jinping a appelé « communauté pour un avenir partagé de l’humanité ». Pour que l’Europe survive, mobilisons-nous pour que les pays européens se joignent à cet effort.