« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

Accueil > Veille stratégique

La Russie prend les devants en Syrie et à l’ONU

1er octobre 2015

Le déploiement militaire russe en Syrie a mis le président Obama devant le fait accompli, déjouant son intention d’établir, de concert avec la Turquie et l’Arabie saoudite, une zone d’interdiction aérienne dans le nord de la Syrie, dans le but ultime de renverser le gouvernement Assad et de créer un refuge salafiste sur les rives orientales de la Méditerranée.

Depuis que le président Poutine a lancé cette initiative faisant du combat contre Daech la première des priorités, il n’en est plus question. Outre le déploiement d’au moins deux escadrons d’avions militaires MIG dans la région de Lattaquié, des ingénieurs russes aménagent le port de Tartous pour qu’il puisse accueillir des navires de guerre et de ravitaillement russes. Par ailleurs, le 21 septembre, Poutine a clairement signifié au Premier ministre Netanyahou que la Russie ne permettrait plus que des avions israéliens attaquent des convois du Hezbollah sur le territoire syrien.

Les principaux alliés des Etats-Unis en Europe, en particulier l’Allemagne, la France et même la Grande-Bretagne, ont exprimé leur volonté de travailler avec la Russie pour combattre le terrorisme et stopper l’afflux de réfugiés, ce qui ajoute à la pression sur la Maison Blanche. Après une visite à Moscou le 23 septembre, le président turc Erdogan a de son côté changé de position pour rejoindre ces mêmes pays européens en reconnaissant que le président Assad aurait un rôle à jouer dans toute transition, mais pas à long terme.

En fin de compte, Barack Obama a dû autoriser son ministre de la Défense Ashton Carter à établir un contact avec les militaires russes. Un certain degré de « déconfliction » s’opère déjà sur le terrain, mais pas officiellement, et certains cercles militaires américains, raisonnables, prônent le partage russo-américain des renseignements et d’éventuelles opérations coordonnées contre Daech et d’autres djihadistes.

Le constat de l’échec patent du programme du Pentagone, censé entraîner et équiper des rebelles syriens « modérés » pour combattre Daech, est venu donner du poids à l’appel russe à une coalition. Après avoir annoncé la semaine dernière l’arrivée de 70 rebelles de plus venant rejoindre les quatre (!) encore sur place en Syrie, le porte-parole du Pentagone, le capitaine Jeff Davis, a admis qu’ils avaient été attaqués par les forces d’Al-Nosra et avaient dû leur laisser leur équipement pour éviter d’être tués ou capturés.

L’initiative du Kremlin a propulsé la crise syrienne sur le devant de la scène de l’Assemblée générale de l’ONU et des nombreuses discussions de haut niveau en marge de celle-ci, notamment entre les présidents Poutine et Obama. Les dirigeants occidentaux sont finalement prêts à associer Téhéran à l’effort de stabilisation à long terme, comme le demande le président iranien Rouhani.