« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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La Grèce à nouveau saignée pour sauver le système transatlantique

22 juillet 2015

La nature hallucinante de l’accord provisoirement conclu entre la Grèce et ses créanciers est démontrée par le fait qu’il prévoit d’augmenter la dette grecque – qui, à 350 milliards d’euros et 180 % du PIB, est parfaitement impayable – de 86 milliards d’euros de plus ! Le tout devant être remboursé en saignant plus encore une économie déjà exsangue.

Helga Zepp-LaRouche, présidente de l’Institut Schiller international, a qualifié le 13 juillet de « jour de honte » pour l’Europe, et plus particulièrement pour l’Allemagne, totalement discréditée et méprisée par la brutalité d’Angela Merkel et de Wolfgang Schäuble. Comme le notait Wolfgang Münchau dans le Spiegel, « le gouvernement allemand vient de détruire 70 ans de diplomatie de l’après-guerre ». Avec les décisions prises à Bruxelles, l’Europe est retombée dans les luttes de pouvoir « où le fort impose au faible sa volonté ».

Alors que le peuple grec a subi une chute vertigineuse du niveau de vie, le document de l’UE met le problème uniquement sur le dos d’Athènes, tout en se félicitant de sa propre générosité. Il affirme, que la dette est insoutenable parce que les Grecs n’ont pas mis en œuvre les réformes dictées.

Nous citons : « Il existe de sérieux soucis concernant la soutenabilité de la dette grecque. Ceci est dû à l’assouplissement de la politique ces douze derniers mois, qui s’est traduit par la détérioration récente de l’environnement macroéconomique et financier national. (...) Les États membres de la zone euro ont adopté, tout au long des dernières années, un ensemble de mesures remarquables pour soutenir la soutenabilité de la dette grecque, qui ont facilité la voie du service de la dette grecque et réduit les coûts considérablement. »

Bien que différentes factions se soient manifestées dans le camp des créanciers, elles étaient toutes d’accord sur un point : pas d’annulation ni de réduction de la dette, tout simplement parce que nous n’avons pas affaire à une crise grecque mais à l’effondrement du système financier transatlantique dans son ensemble. Des milliers de milliards de dollars de contrats dérivés sont liés à la dette grecque, alors que la valeur totale estimée de ces contrats frôle le million de milliards de dollars, dont la moitié se trouvent dans les banques de Londres.

Les mégabanques en Europe ont dans leurs bilans quelque 2000 milliards de dollars de créances douteuses liées à l’immobilier, sans parler des 550 milliards de dollars du plan de sauvetage des banques, métamorphosés en dettes grecque, portugaise, espagnole, irlandaise et de quelques pays est-européens. La dette grecque en est une toute petite partie.

Suite à la stagnation de toutes les économies européennes depuis une dizaine d’années, ces banques pourraient sombrer à tout moment. En Allemagne en particulier, le gouvernement d’Angela Merkel a supprimé la croissance industrielle dans la principale économie européenne.

Dans ce contexte, la Grèce est simplement le premier pays à arriver au point où la dette est reconnue comme incontestablement impayable. Elle ne pourra jamais être remboursée, même à très long terme.

Et pourtant, on propose de l’augmenter de plus de 80 milliards en plus ! En échange, la Grèce est censée appliquer de très sévères mesures d’austérité, précisément les mesures que la population a rejetées dans le référendum. Il reste à savoir si le parlement grec approuvera le plan de l’UE, alors que le délai très court imposé par l’UE représente une humiliation de plus.

Les fonds injectés serviront à renflouer à court terme les grandes banques et la BCE, qui en profiteront. Mais en même temps ils ne feront qu’augmenter le fardeau de la dette du système bancaire centré à Londres. En bref, le tout ne pourra jamais fonctionner.