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La Chambre des communes tient David Cameron pour responsable de la guerre en Libye

4 octobre 2016

Bien que peu couvert par la presse française française, un événement important eu lieu en septembre dernier. Décrit comme un deuxième rapport Chilcot, le rapport de la Commission restreinte des Affaires étrangères du parlement britannique, publié le 14 septembre, affirme que l’invasion de la Libye était fondée sur des « prémisses erronées ». Il en rend directement responsable l’ancien Premier ministre David Cameron, l’ancien président français Nicolas Sarkozy et le président américain Barack Obama, sans oublier, bien entendu, la candidate présidentielle démocrate Hillary Clinton, à l’époque secrétaire d’État. Cameron, de toute évidence averti d’avance, avait démissionné de son poste de membre du parlement deux jours avant la publication du rapport.

La question de savoir si une intervention militaire en Libye était nécessaire et sur quelle base il fallait la mener fait encore débat, a reconnu le président de la commission Crispin Blunt. Mais, selon lui, il ne fait aucun doute que l’objectif de départ est devenu celui de chasser Kadhafi du pouvoir, sans tenir compte des conséquences que cela aurait.

Dans le rapport, on constate que :

Si l’objectif premier de l’intervention de la coalition était la nécessité urgente de protéger les civils à Benghazi, cet objectif était réalisé en mars 2011 en moins de 24 heures. Cela veut dire qu’une intervention limitée destinée à protéger des civils est devenue une politique opportuniste de changement de régime par des moyens militaires.

Le résultat net fut « l’effondrement politique et économique ; la guerre entre milices et tribus ; la crise humanitaire et des migrants ; les violations des droits de l’homme à grande échelle ; la diffusion des armes du régime de Kadhafi dans toute la région et le développement de Daech en Afrique du Nord. »

David Cameron est, en dernière analyse, responsable de l’absence de stratégie cohérente en Libye.

Après avoir reçu l’opposition libyenne en mars 2011, c’est Nicolas Sarkozy, qui selon Le Figaro, a conçu le premier l’idée d’une intervention. Crispin Blunt a confié à la BBC :

Nous avons été entraînés par l’enthousiasme français à intervenir.

Selon Ivo Daalder, ancien ambassadeur des États-Unis à l’OTAN, c’est Obama qui a posé les bases militaires du changement de régime. Le président américain doutait de l’efficacité d’une zone d’interdiction aérienne, lui préférant le bombardement des forces de Kadhafi. Selon le rapport :

Les États-Unis ont joué un rôle clé dans l’extension des termes de la Résolution 1973 au-delà de l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne, afin d’y inclure l’autorisation d’utiliser ‘toutes les mesures nécessaires’ pour protéger les civils. Ce qui conduisit, en pratique, à imposer une zone d’exclusion de circulation [terrestre] et donner le feu vert à une attaque sur toute la structure de commandement et de communications du gouvernement libyen.

En outre, ce fut suite à une attaque aérienne américaine sur son convoi que les rebelles ont pu capturer, puis assassiner Mouammar Kadhafi.