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La BCE et l’UE punissent l’Italie et veulent la soumetre à la Troïka

23 décembre 2016

La Banque centrale européenne (BCE) a pris deux décisions la semaine dernière démontrant la ferme intention des institutions de l’UE d’imposer les mesures mêmes que les électeurs italiens ont rejetées lors du référendum du 4 décembre et de punir l’Italie pour le résultat du plébiscite.
 
D’un côté, la BCE a annoncé de nouvelles mesures destinées à maintenir à flot les banques « zombies » truffées d’actifs toxiques, en ayant recours à l’assouplissement quantitatif (QE en anglais). De l’autre, elle a refusé toute aide pour la banque Monte dei Paschi, malgré les conséquences négatives pour les déposants et l’économie réelle.
 
La banque de Francfort a ainsi déclaré que le QE serait prolongé de fin mars 2017 jusqu’à fin de l’année, et qu’elle ramènerait le montant des achats mensuels d’actifs de 80 milliards d’euros à 60 milliards. Mario Draghi a toutefois rejeté toute idée de « sortie » du QE, soulignant que la BCE « restera bien sur le marché ». En fait, la BCE avait déjà réduit ses achats à moins de 80 milliards par mois, par manque d’actifs à acheter ! Désormais donc, elle pourra également accepter des actifs à échéance d’un an et non plus seulement de deux.
 
L’hebdomadaire Der Spiegel a averti à juste titre que 500 000 milliards d’euros émis en plus jusqu’en décembre 2017 ne feront que gonfler la Bourse et la bulle immobilière, qui atteint des proportions vertigineuses en Allemagne. Et les bulles finissent toutes par exploser, conclut Spiegel.
 
Pour ce qui est de Monte dei Paschi (MPS), on a refusé sa demande de report de la date-limite du 31 décembre pour réussir sa recapitalisation. Ancienne banque de dépôts qui s’est lancée dans l’activité d’une banque d’affaires en 1995, MPS est de ce fait insolvable. De surcroît, elle est plombée par 47 milliards d’euros de prêts non performants, accordés pour la plupart à des PME, des exploitations agricoles et des particuliers sous forme d’hypothèques.
 
La décision de la BCE assénera le coup de grâce à MPS. Comme elle ratera l’échéance du 31 décembre, elle devra, en vertu de la loi européenne, procéder au bail-in des actionnaires, obligataires et déposants. Après, elle pourra être renflouée avec l’argent des contribuables, sauf que l’UE interdit au gouvernement d’augmenter son déficit pour le faire.

La stratégie de l’UE consiste donc à obliger l’Italie de se soumettre à la Troïka. Le 6 décembre, Volker Wieland, conseiller d’Angela Merkel, déclarait à Handelsblatt, que l’Italie devrait s’adresser au Mécanisme européen de stabilité (MES) et au FMI pour s’en sortir.
 
Il existe toutefois une autre possibilité. L’Italie pourrait claquer la porte à l’UE. Contrairement à la Grèce, qui s’est laissée berner par l’argument de sa situation qui serait pire en dehors de la zone euro, l’Italie est une grande puissance industrielle avec un excédent commercial et parfaitement en mesure de faire face à une attaque de la part des financiers en cas de sortie de l’euro, n’ayant pas besoin de devises étrangères pour régler ses importations.