« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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L’avenir de la zone euro se joue en Grèce

8 janvier 2015

La possibilité bien réelle de l’arrivée au pouvoir à Athènes d’un gouvernement hostile aux renflouements bancaires et à l’austérité, composé du parti de gauche Syriza et des Grecs indépendants nationalistes (voir ci-dessous), a semé la panique parmi l’oligarchie européenne, qui redoute la disparition de l’Europe des banquiers.

The Economist, porte-voix de la City de Londres, titrait son avertissement : « L’élection grecque – la prochaine crise de l’euro ». La crise, lit-on, pourrait « déclencher de nouvelles protestations ailleurs dans l’Eurozone, » notamment en France, en Espagne et en Italie. L’éditorial demande nerveusement si le scrutin grec sera « le Lehman de l’Europe », par référence à la banque Lehman Brothers, signifiant le détonateur de l’explosion de tout le système.

Le Financial Times est encore plus direct avec un article de Gideon Rachman, qui de fait met en cause la démocratie, en avertissant que l’élection grecque montrera que «  le maillon le plus faible de la zone euro, ce sont les électeurs ». Par là, il veut dire que les citoyens se révoltent contre les politiques délirantes de l’UE. De là, à annuler des scrutins jugés dangereux...

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Alexis Tsipras dirigeant du parti Syriza
© Creative Commons/Lorenzo Gaudenzi

Ce qui ressort de cette crise est que nul ne sait comment sauver cette construction artificielle qu’est l’euro. Cela est illustré par une fuite explosive publiée le 3 janvier par le Spiegel, affirmant qu’Angela Merkel se résignerait désormais à accepter la sortie de la Grèce de la zone euro en cas de victoire de la gauche, puisqu’à son avis, une renégociation du programme d’austérité de l’UE, comme le réclame Syriza, est exclue d’office. Est-ce un chantage pour « convaincre » les Grecs de ne pas voter Syriza sous peine de voir la Grèce complètement isolée ? Un ballon d’essai pour préparer la désintégration de la monnaie unique ? Ou le prélude à un processus de bail-in à l’échelle européenne ?

Dans tous les cas, de tels calculs sont à côté de la plaque, a commenté Helga Zepp-LaRouche (présidente internationale de l’Institut Schiller). Le système financier international est condamné, quelles que soient les combines mises en œuvre.

De Grèce, Leonidas Chrysanthopoulos, un membre du Bureau politique de l’EPAM (Parti du peuple uni) qui s’oppose à l’euro et au mémorandum de l’UE, a confié à EIR : «  Quelle crise grecque ? Nous avons une crise européenne, » avant d’ajouter que la Grèce pourra désormais récupérer sa souveraineté et faire face à la catastrophe humanitaire provoquée par la Troïka. (Chrysanthopoulos a par ailleurs signé la résolution de l’Institut Schiller « Les Etats-Unis et l’Europe doivent rejoindre les BRICS ».)

Mais la Grèce n’est que le début. Des élections sont également prévues en Espagne, Grande-Bretagne, Pologne, Finlande et Estonie, ainsi qu’au Danemark et au Portugal, tous des pays membres de l’UE où le sentiment anti-Bruxelles se renforce rapidement. De fortes pressions s’exercent déjà sur Antonio Costa, le nouveau chef du Parti socialiste portugais, qui a de bonnes chances de remporter le scrutin, pour renégocier les conditions du renflouement et du mémorandum portugais. Rien que le remboursement de la dette constitue 5 % du PIB, soit deux fois plus que le déficit public.

En Espagne, où des élections sont prévues pour décembre prochain, le parti de gauche Podemos arrive en tête des sondages. Créé il y a un an seulement, il a remporté plus de 8 % des voix aux européennes, ce qui lui permet d’avoir cinq eurodéputés au Parlement de Strasbourg où il fait partie du même groupe que Syriza. Pour tenter de contrer Podemos, le premier ministre espagnol Mariano Rajoy a indiqué qu’une grande coalition pourrait être formée entre son Parti populaire et les socialistes.

En fin de compte, ce qui est en jeu n’est pas seulement la contestation de l’austérité, mais la possibilité que l’Europe rejoigne la dynamique générée autour des BRICS.

Pourquoi l’oligarchie craint Syriza et les Grecs indépendants

Le prochain gouvernement grec pourrait bien être formé par Syriza et son jeune dirigeant Alexis Tsipras, s’il remporte la majorité absolue, ou par Syriza en coalition avec d’autres partis opposés à la politique de la Troïka, dont les Grecs indépendants de Panos Kammenos. Tous les deux entendent résilier le funeste mémorandum de l’UE et mettre en œuvre des mesures d’urgence pour parer en particulier au chômage de masse et à la ruine financière.

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Le député Panos Kammenos (Grecs indépendants) avec Alexis Tsipras (Coalition de gauche Syriza).

Après le rejet du candidat présidentiel présenté par le gouvernement actuel, Tsipras a déclaré : « Par la volonté de notre peuple, les mémorandums d’austérité appartiendront d’ici quelques jours au passé. Le futur a déjà commencé, soyez optimistes et heureux. »

Kammenos a de son côté noté que le gouvernement avait abandonné la souveraineté nationale et qu’il faut « appliquer la Constitution et former un gouvernement d’unité nationale qui n’exécute pas les ordres d’étrangers, mais ceux du peuple grec (...). »

Tsipras a appelé à une conférence européenne de la dette calquée sur celle de la dette allemande tenue à Londres en 1953, où un moratoire sur la dette extérieure allemande d’avant la guerre a été approuvé, ouvrant la voie au miracle économique qui allait s’ensuivre. Une telle conférence aujourd’hui traiterait, outre la dette grecque, celle d’autres pays.

Tout en soutenant la convocation d’une telle conférence, le parti de Kammenos a préparé un texte de loi prévoyant un allègement de la dette des propriétaires de logement et des PME. Les deux partis soutiennent une séparation des banques de type Glass-Steagall. L’année dernière, Kammenos s’est rendu à Washington où il a rencontré des élus nationaux pour plaider en faveur du Glass-Steagall et d’une politique permettant à la Grèce de se libérer du joug de la Troïka.

Par ailleurs, les deux partis sont contre la politique antirusse de l’UE et ont dénoncé le « coup nazi » en Ukraine.

Pour ce qui concerne les BRICS, Kammenos a pris clairement position, en signant la résolution diffusée par l’Institut Schiller appelant l’Europe à se joindre aux BRICS. Les dirigeants d’autres partis ont également signé, dont Theodore Katsanevas, fondateur et président du Drachmi Mouvement démocratique des cinq étoiles et Leonidas Chrysanthopoulos de l’EPAM.

Lors de la conférence de l’Institut Schiller sur la Nouvelle route de la soie qui s’est tenue à Francfort en octobre dernier, Kammenos avait présenté la situation dans son pays.