« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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L’Asie du sud-ouest menacée par la guerre de religions

10 janvier 2012

En 2006, le gouvernement Cheney-Bush favorisait une nouvelle forme de guerre sectaire au Moyen-Orient, destinée à diviser la région afin d’en faire le tremplin de conflits mondiaux. Politique non seulement poursuivie, mais intensifiée par le président Obama. Si la Russie et la Chine ont réussi à déjouer le lancement d’actions militaires contre la Syrie et l’Iran au lendemain de l’intervention sanglante en Libye, prélude à des conflits plus larges, des pions régionaux comme l’Arabie saoudite et ses alliés au Liban, en Turquie et désormais au Qatar, ont mis en oeuvre leur plan B, justifiant une intervention militaire internationale en Syrie sous prétexte de protéger les civils.

Le dessein concocté par le vice-président de l’époque, Dick Cheney, lors de sa visite à Riad en 2006, consistait à créer une alliance sunnite entre les Etats du Golfe, la Jordanie et l’Egypte, et les forces sunnites au Liban, pour l’opposer au prétendu « croissant chiite » allant de la Syrie à l’Iran, soutenu par le Hezbollah au Sud-Liban et des groupes chiites en Irak. L’instrument de choix était le mouvement militant Salafi/Wahhabi, dont al-Qaïda n’est qu’un élément.

Comment expliquer que ces forces djihadistes, que les Etats-Unis prétendent combattre aujourd’hui, soient en fait leurs alliés contre la Syrie et l’Iran ? Pour répondre, il faut considérer l’axe « anglo-saoudien ». Cet axe, qui remonte au début du XXème siècle et au soutien britannique à la création du royaume wahhabite saoudien dans le péninsule arabe, utilisa le mouvement djihadiste pour combattre la Russie en Afghanistan et dans le Caucase, et organisa même l’attaque du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis, en vue de lancer la guerre globale au terrorisme qui ravage les nations d’Asie du sud-ouest et du sud.

Les récents attentats suicides à Damas et en Irak portent l’empreinte des salafistes. En même temps, l’Armée libre syrienne, soutenue par les Saoudiens, le Qatar et les Turcs, attaque les forces de sécurité et de police alaouites pour donner au conflit un caractère sectaire. Bien que dominés par les relations alaouites de la famille Assad, le gouvernement syrien et le parti Baas n’en restent pas moins laïcs et socialistes. Les relations avec l’Iran reposent sur des considérations stratégiques et non religieuses.

Ainsi, les médias de l’Etat saoudien, comme le quotidien Asharq Al-Awsat opérant depuis Londres, aident les propagandistes salafistes à préparer le terrain idéologique d’une telle escalade. En témoigne l’interview, postée le 2 janvier, d’Omar Bakri, le dirigeant d’Al-Muhajiroon que les autorités britanniques ont laissé quitter Londres en 2007 pour lui éviter d’être arrêté dans le cadre d’un mandat américain, et s’installer à Trablouse, au Liban. L’organisation Al-Muhajiroon, basée à Londres, s’occupait de la propagande, du recrutement et de la collecte de fonds pour la guerre djihadiste contre les Russes dans le Caucase. Dans son entretien avec Asharq Al-Awsat, Bakri traite de kafirs (mécréants) le régime Assad, ses alliés en Iran et le Hezbollah, en soutenant que la violence est le seul moyen légitime de renverser ce régime.

Deux jours plus tard, le même quotidien a publié une interview avec un « combattant salafiste », qui reconnut qu’il se déplaçait dans la zone sunnite au nord du Liban, où Bakri sévit, et qu’il participait à des attentats ciblant spécifiquement des forces de sécurité alaouites. Il déclare ouvertement que le mouvement salafiste représente le fer de lance des attaques armées contre le gouvernement de Damas.

Une propagande similaire sert à justifier l’envoi de terroristes en Irak depuis l’Arabie saoudite afin de combattre les « chiites blasphémateurs », tuant sans discrimination des civils. Les attaques s’intensifient à mesure que le système politique extrêmement fragile, mis en place après l’invasion anglo-américaine de 2003, se désintègre suivant des lignes sectaires.