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De sortie du nucléaire en sortie du charbon, où va l’Allemagne ?

6 février 2019

Pour le Wall Street Journal, l’Allemagne a la « politique énergétique la plus bête du monde ». Ce qui a suscité le titre incendiaire de l’éditorial parut le 29 janvier, c’est l’annonce par la « Commission allemande de sortie du charbon » d’arrêter la production d’énergie à base de charbon d’ici 2038. Soyons clairs, on pourrait comprendre cette décision et l’approuver sans réserve, le charbon étant une énergie aussi polluante que dépassée, s’il existait en Allemagne des alternatives sérieuses à cette source énergétique d’un autre âge mais, il faut se rendre à l’évidence et prendre acte de l’aventurisme dont fait preuve le gouvernement allemand.

Comme le souligne le WSJ, « Après avoir gaspillé des millions d’euros dans les énergies renouvelables et avoir infligé aux ménages et entreprises allemands des tarifs d’énergie parmi les plus élevés d’Europe, Berlin promet dorénavant d’achever la dernière source d’énergie fiable qui lui reste. » En effet, les experts du monde entier se demandent comment l’Allemagne compte s’y prendre pour conserver sa place de leader industriel après 2038, si elle élimine le charbon qui, avec le nucléaire (sortie prévue en 2022), fournit quasiment la moitié de l’approvisionnement énergétique du pays.

L’abandon total des centrales à charbon, prévu par le gouvernement allemand d’ici 2035-2038, fera non seulement exploser le prix de l’électricité pour l’industrie et les ménages, mais condamnera l’Allemagne à une sous-production permanente. L’éolien, le solaire et la biomasse - énergies coûteuses et inefficaces - ne suffiront en aucun cas. Ses voisins polonais et tchèque vont-ils continuer à exporter de l’électricité aux régions orientales de l’Allemagne (produite d’ailleurs par des centrales à charbon et du nucléaire, pour ce qui est de la République tchèque) ? L’Autriche et la Suisse continueront-elles à fournir l’électricité de leurs barrages, et la France de ses centrales nucléaires, aux régions occidentales et du sud ? Et comment les industries énergivores et les millions d’emplois qui en dépendent pourront-ils tenir le coup ? Faire tourner une centrale à charbon est d’ores et déjà devenu risqué, ou carrément impossible, comme c’est le cas pour l’usine Uniper Datteln IV (la plus moderne du genre en Europe) et que la Commission pour sortir du charbon recommande de ne pas mettre en service en 2020. 1,5 milliard d’euros auraient ainsi été investis en pure perte.

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Garzweiller, mine de lignite à ciel ouvert
© R. Spekking, http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.de

Alors que le lobby pour la protection du climat se plaît à dire que « presque 40 % » de l’approvisionnement énergétique allemand provient des « renouvelables », il ne précise pas que ce chiffre est dû à la suppression administrative des « non renouvelables » : la lignite ne fournit plus que 22,5 % de la consommation, le charbon 14 %, le nucléaire 11,7 % et l’hydroélectrique 5,2 %. Le gaz naturel, aujourd’hui à 13,2 %, est la prochaine cible des environnementalistes, notamment pour des raisons géopolitiques puisque le principal fournisseur en est la Russie.

Le coût de l’entrée dans l’ère du renouvelable est phénoménal : 25 milliards annuels (!) pour promouvoir et subventionner le solaire, l’éolien et la biomasse, 40 milliards au total pour fermer les centrales à lignite et à charbon sur les 17 à 20 prochaines années, et plus de 2 milliards annuels pour compenser la hausse des tarifs pour l’utilisateur final. D’ores et déjà, la facture d’électricité pour les entreprises est deux fois plus élevée en Allemagne qu’en France, où 17 % de l’énergie et 69 % de l’électricité proviennent du nucléaire.

Evidemment, ce serait le moment pour nos voisins d’Outre-Rhin d’engager une réflexion sur le nucléaire du futur, et notamment la filière au thorium qui produit beaucoup moins de déchets, mais la barrière idéologique est aujourd’hui encore beaucoup trop forte pour espérer un changement.

Pour l’instant, c’est l’inverse qui se produit et, la bêtise étant contagieuse, la France, sous la pressions des lobbies écologistes, prévoit de réduire progressivement la part du nucléaire dans son mix énergétique. Elle a, d’autre part, déjà créé les conditions où les compétences dans le domaine du nucléaire commencent à manquer ce qui ne manquera pas de provoquer de très sérieux problèmes.


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