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Italie : le débat sur la sortie de l’euro s’invite dans les grands médias

2 juin 2017

Il existe un grand point d’interrogation au sein de la zone euro dont personne ne veut parler : que se passera-t-il avec la dette italienne si la BCE met un terme à son programme de rachat d’obligations souveraines ? Mario Draghi réussira peut-être à maintenir ce programme jusqu’à la fin de son mandat en 2018, mais au-delà de cette date, une crise de la dette italienne est inéluctable.

Pour la première fois, le gouvernement italien a reconnu, dans la loi budgétaire qui vient d’être adoptée, le risque d’une crise de la dette dans l’éventualité où la BCE diminuerait le rythme de ses achats. Et pour la première fois, le 17 mai, un débat sur l’Italexit a surgi dans les tribunes les plus établies, telles que Il Sole 24 Ore, appartenant au syndicat patronal Confindustria.

Le débat a été lancé dans ce quotidien par un économiste de l’université de Chicago, Luigi Zingales, qui avait soutenu publiquement le Glass-Steagall il y a un an. En résumé d’une série d’articles publiée dans sa rubrique par des économistes pro et anti-euro, Zingales déclara que :

La principale conclusion est que l’euro est un choix politique, non pas économique.

Les avantages vantés de la monnaie unique comme la stabilité des prix et le faible coût de la dette souveraine sont compensés par les piètres résultats économiques. « Depuis 2013, la demande domestique en Italie a chuté de 16 %. Combien de récession devons-nous encore subir avant de retrouver notre compétitivité ? »

L’article revient sur les deux arguments habituels : 1) l’unité européenne empêchera les guerres, et 2) l’euro aura pour fonction « orthopédique » de forcer de bons choix en matière de politique économique.

En ce qui concerne le premier point, Zingales interroge :

Pensons-nous réellement que les Italiens et les Allemands se sentent plus proches aujourd’hui qu’il y a vingt ans, lorsque l’euro fut introduit ? En lisant les pages de ce journal, on peut en douter.

Pour le second : le « corset institutionnel est exactement la raison pour laquelle l’Argentine a choisi d’indexer sa monnaie sur le dollar au début des années 90, avec les résultats que l’on connaît. » Le « corset institutionnel » peut s’avérer trop douloureux amenant le patient à se rebeller de manière violente. « Ceci serait la pire des situations envisageables. »

Résultat :

Il ne suffit pas d’affirmer que l’euro est irréversible. L’Italie risque de se voir évincée de l’euro (tout comme la Grèce en 2015) ou forcée de sortir en pleine crise économique et politique grave. Ainsi, indépendamment des opinions politiques que l’on peut entretenir sur l’euro, il est important de comprendre non seulement ce qu’il en coûterait pour l’Italie de quitter l’euro, mais aussi comment ces coûts pourraient varier en fonction des conditions dans lesquelles la sortie se réalise. Les prochaines interventions traiteront de cette question.