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Incidents aux frontières turco-syriennes : prélude d’une escalade vers une guerre mondiale ?

9 octobre 2012

Le danger d’une guerre régionale ou mondiale se déclarant à partir des crises en cours au Moyen-Orient s’est fortement accru la semaine dernière, avec les échanges de tirs de mortiers entre la Turquie et la Syrie le long de leur frontière commune. A l’origine de l’escalade, ont affirmé les Turcs, des unités de l’Armée syrienne ayant lancé des tirs de mortier au-delà de la frontière turque, tuant cinq personnes dans un village proche. L’Armée turque a riposté en tirant sur les positions de l’Armée syrienne. Plusieurs autres incidents s’en sont suivis.

Différentes sources dans l’establishment militaire occidental ont fait part de leur scepticisme quant au rôle de l’Armée syrienne dans l’incident initial, soulignant que les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) qui sont actifs dans cette même région frontalière disposent de mortiers identiques, comme ils s’en vantent dans des vidéos postées sur YouTube. Le colonel Patrick Lang, un expert militaire américain à la retraite dont le site est très suivi, a posté une série de questions indiquant que les dirigeants de l’Armée syrienne qu’il connaît ne prendraient jamais le risque de provoquer une intervention de l’OTAN par une provocation si évidente à la frontière.

Quelle que soit la fin mot de cet incident, l’échange de tirs de mortiers à créé une crise. Le premier ministre turc Erdogan a convoqué une session d’urgence de l’Alliance atlantique, ouvrant la possibilité d’une intervention directe de l’OTAN si la situation venait à s’aggraver. Sur le terrain, les rebelles armés ont subi un revers important lors de la seconde « bataille pour Alep ». En effet, à la suite des attentats à Benghazi, en Libye, le flux d’armes et de financements aux rebelles est temporairement suspendu, et l’ASL admet qu’il n’y a plus de défections au sein de l’Armée syrienne pour la rejoindre.

Dans ces circonstances, l’incident survenu à la frontière entre la Turquie et la Syrie revêt un caractère encore plus suspect. Pendant une réunion de la coalition des Amis de la Syrie tenue en marge de la dernière session de l’Assemblée générale de l’ONU, une pression immense a été exercée sur les Etats-Unis par le Premier ministre britannique David Cameron et le Président français François Hollande pour mettre en place une zone d’exclusion aérienne.

Par ailleurs, la situation dans le Golfe persique voisin reste extrêmement tendue, puisque le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou persiste à envisager une attaque contre les installations nucléaires présumées en Iran.

Et dans la région Asie-Pacifique, le conflit autour des îles disputées dans l’Est de la mer de Chine entre le Japon et la Chine s’est exacerbé la semaine dernière. En réponse, la marine américaine a détaché deux portes-avions dans la zone, l’USS Eisenhower et l’USS Stennis, ainsi que des équipes spéciales de Marines. La Chine se doute bien que la présence américaine renforcée en Asie vise en réalité la Chine. Le gouvernement nord-coréen a averti que toute implication militaire supplémentaire des Etats-Unis dans la région pourrait mener à une guerre thermonucléaire.

Puis, il y a l’Afrique où, suite à l’attentat du 11 septembre 2012 à Benghazi, de nombreuses sources confirment que l’Administration Obama renforce l’assise militaire américaine sur le continent, y compris avec de nouvelles bases de drones pour des opérations de lutte contre le terrorisme (voir ci-dessous).

L’intensité des déploiements militaires, combinée aux frictions croissantes dans le Golfe persique, dans l’Est de la Méditerranée et en Afrique, montre que le danger de guerre en ce moment est immense, d’autant plus que la crise financière s’aggrave et que l’équipe d’Obama cherche désespérément à doper ses perspectives électorales, en unissant le pays face à une « menace commune ».