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Conférence de Kiedrich

II. Allocution d’ouverture
Le Pont terrestre eurasiatique devient réalité

21 octobre 2007

par Helga Zepp-LaRouche

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Helga Zepp-LaRouche à la conférence de Kiedrich

Cette conférence se déroule à un moment singulier de l’histoire. Les journaux financiers eux-mêmes n’essaient plus de passer sous silence le fait que le système financier en est à un stade de désintégration très avancé. Ceci n’est pas sans rapport, bien sûr, avec l’accroissement du danger de guerre, notamment contre l’Iran. Si l’on devait en arriver là, ce serait le début d’un conflit asymétrique mondial, nous entraînant vers un nouvel âge des ténèbres.

Je ne cherche nullement à minimiser les dangers de ces deux situations immédiates, mais l’objectif de cette conférence est avant tout optimiste. Nous verrons au cours des différentes présentations à quel point il serait facile de rebâtir le monde. Si nous arrivons à tirer le monde du danger où il se trouve, l’humanité pourra entrer dans une nouvelle phase, marquée par des discussions rationnelles sur les grands défis : comment réorganiser l’économie, comment surmonter les obstacles, vaincre la misère, créer de nouvelles industries, verdir les déserts.

Ainsi, notre objectif n’est pas seulement de rendre les gens optimistes pendant les deux jours que durera la conférence, mais bien au-delà. Cette conférence se veut le début d’un dialogue mondial, d’un forum pour ceux qui veulent reconstruire le monde. Nous voulons rassembler ceux qui se battent pour la « vieille » idée défendue par les pays non-alignés, celle d’un nouvel ordre économique mondial juste.

La clé en est la réalisation du Pont terrestre eurasiatique, un projet qui ne doit pas se limiter à la seule Eurasie, mais plutôt devenir la pierre angulaire d’un programme de reconstruction universel.

Un système financier en faillite

Pour mieux situer cette conférence, je rappellerai brièvement les évènements dramatiques de ces dernières semaines. Le système actuel est à bout de souffle. Les merveilleux instruments inventés par l’ancien président de la Réserve fédérale Alan Greenspan (fonds spéculatifs, ou hedge funds, fonds d’investissement privés, sociétés ad hoc, véhicules d’investissement et autres noms fantaisistes) ne sont plus que des bouts de papier. Et encore, même pas du vrai papier, mais seulement du papier électronique que l’on peut faire disparaître en appuyant sur la touche « suppression » du clavier. Tout cela est totalement fictif.

Combien de milliers de milliards de dollars de titres ont été « créés », personne ne le sait, même pas les banques centrales ni les gouvernements. Pendant la dernière réunion du G8, le gouvernement allemand a voulu imposer au moins un peu de transparence – en vain. Nous sommes dans une situation où nul ne peut dire le montant des dettes impayables dans le monde.

Tout ce que l’on peut dire avec certitude, c’est que ces dettes dépassent de plusieurs ordres de grandeur le PIB total de l’économie mondiale. Nous en sommes au point où les banques ellesmêmes risquent de faire faillite si elles tentent de sauver les hedge funds. Lyndon LaRouche, bien sûr, a prévu depuis longtemps que le système financier entrerait dans une crise fondamentale. Je suis sûre, à ce stade du krach financier, que toutes les personnes compétentes dans le monde financier pensent à lui. Il est devenu le symbole même de l’idée que ce système est condamné.

Lorsque Lyndon LaRouche et moi-même étions à Moscou en mai dernier pour fêter le 80ème anniversaire du professeur Menchikov (qui est ici avec sa femme), mon mari a dit qu’il s’attendait à un krach massif avant son propre anniversaire, en septembre. Nous avons pris au sérieux cette prévision et avons décidé de tenir une conférence précisément maintenant, afin de débattre des alternatives. Et c’est ainsi que nous nous retrouvons ici.

Lors de sa conférence historique relayée par internet, le 25 juillet dernier à Washington, LaRouche fit remarquer que le système s’était déjà effondré et que nous vivions les effets de ce processus de krach. Et il constata que toute l’infrastructure physique aux Etats-Unis était sur le point de s’écrouler.

Effectivement, quelques jours plus tard, suite à l’effondrement du marché hypothécaire « subprime » aux Etats-Unis, les premiers hedge funds de Bear Stearns ont sombré. En même temps, le pont de Minneapolis s’effondra dans le Mississippi à l’heure de pointe. C’était vraiment prophétique. Ensuite, il y eut un recul brutal du carry trade en yens, provoquant la chute d’autres piliers du système et déclenchant un effet château de cartes, car tous les secteurs du marché sont étroitement liés entre eux. Le processus de désintégration était bel et bien entamé.

Début août, la première banque allemande appela à l’aide : au bord de la faillite, l’Industriekreditbank (IKB) dut être secourue par une injection de huit milliards d’euros provenant de la Banque de reconstruction. L’IKB avait perdu gros, par le biais de son véhicule d’investissement Rhineland, dans les prêts immobiliers subprime. A l’époque, le Süddeutsche Zeitung écrivit que tout le système bancaire allemand était à risque. Jochen Sanio, directeur de l’organisme de surveillance financière BaFin, mit en garde contre ce qu’il appela la plus grande crise depuis 1931. En fait, il sousestime l’ampleur du problème. Et pendant le mois d’août, qui est habituellement calme, les événements se sont bousculés. (...)

Peu après, le 22 août, Lyndon LaRouche présenta un projet de loi d’urgence, la « Loi pour la protection des propriétaires et des banques », prévoyant que le gouvernement et le Congrès prennent des mesures afin de protéger les propriétaires de logement, menacés d’expulsion pour cause de défaut de paiement. En même temps, les banques concernées doivent transformer le remboursement des prêts en un genre de loyer mensuel, de façon à assurer un processus de remboursement planifié, protégeant à la fois les propriétaires et les banques. Car si les banques locales sombrent, toute l’économie locale s’arrêtera, avec des conséquences effroyables pour la population.

Cependant, ce texte législatif ne serait qu’un premier pas. Il faut d’autres mesures allant dans le sens d’un New Deal et d’un nouveau Bretton Woods, afin de relancer l’économie. Dans cette optique, LaRouche a appelé à un accord quadripartite entre les Etats-Unis, dotés d’un autre gouvernement, la Russie, la Chine et l’Inde, qu’il évoquera certainement dans son discours.
Maintenant, j’en arrive au thème immédiat de cette conférence.

La solution : le Pont terrestre eurasiatique Le Pont terrestre eurasiatique deviendra réalité. Au moment même où la « mondialisation » capote, l’alternative prend forme. Nous nous battons pour cela depuis la chute du mur de Berlin, en 1989/90. A cette époque, LaRouche avait proposé le Triangle productif européen. Il proposait de faire du triangle Paris-Berlin-Vienne la région industrielle la plus dense du monde, se hissant à un niveau supérieur grâce aux investissements dans les technologies de pointe et s’ouvrant à l’Europe de l’Est à travers des corridors de développement modernes.

En 1991, avec la dissolution de l’URSS, nous avons proposé le Pont terrestre eurasiatique, soit l’idée de relier les centres industriels et démographiques européens aux centres équivalents en Eurasie, là encore au moyen de corridors de développement. On prévoyait de développer les artères que sont le Transsibérien et l’ancienne Route de la soie sur une largeur d’une centaine de kilomètres, de part et d’autre, afin de créer les conditions permettant d’élever le niveau de vie grâce à des infrastructures de base. Toute l’Eurasie s’ouvrirait ainsi au développement.

Mais il s’est produit alors un phénomène vraiment intéressant, qui permet d’entrevoir comment les processus historiques opèrent réellement. En réaction aux tentatives du gouvernement Bush de transformer les Etats-Unis en empire et de créer un monde « unilatéral », les pays eurasiatiques se sont rapprochés les uns des autres beaucoup plus vite qu’ils ne l’auraient fait autrement. Un partenariat stratégique a pris forme entre la Chine, la Russie et l’Inde, qui a mené à la création de l’Organisation pour la coopération de Shanghai.

Pendant longtemps, nous avons fait campagne et discuté de nos projets, mais aujourd’hui, la situation historique a changé et ces projets deviennent réalité.

Le 10 avril dernier, le président Poutine a expliqué à ses ministres qu’il avait décidé de donner la priorité de son mandat à la modernisation du rail. Le 24 avril, une conférence s’est tenue à Moscou au sujet d’un projet de tunnel sous le détroit de Béring, idée que LaRouche avait déjà proposée dans les années 1970, consistant à relier l’Alaska à la Sibérie. Quel projet formidable ! Du côté russe, il s’agit de poser 6000 km de rails et de creuser un tunnel de 100 km sous le détroit de Béring.

Il faudra aussi exploiter les énormes ressources en matières premières de la Sibérie et développer l’extrême orient dans des conditions de Permafrost. Toutefois, il ne s’agit pas de piller ces ressources, mais plutôt d’utiliser le vaste potentiel économique de la Russie, dans l’optique de Mendeleïev et de Vernadski, pour trouver de nouvelles matières premières, de nouveaux isotopes, permettant à l’économie mondiale de se hisser à un tout autre niveau, grâce à de nouvelles connaissances scientifiques.

La réalisation de ce projet fantastique permettrait de faire des percées sur tous les fronts de la science, avec les retombées économiques escomptées. Plus encore, il a été consciemment choisi par le gouvernement russe comme stratégie permettant d’éviter la guerre. Coopérer ensemble sur de grands projets est clairement la meilleure approche pour rendre inutile tout conflit.

Il ne concerne pas seulement la Russie et les Etats-Unis, d’ailleurs. La Chine et le Japon ont aussitôt exprimé leur intérêt. Les experts présents à la conférence d’avril ont noté que ce projet devait s’insérer dans un réseau de transport ferroviaire reliant les six continents. L’Egypte, pays à la fois asiatique et africain, serait le lien entre le Pont terrestre eurasiatique et l’Afrique. Le gouvernement russe, malgré le tout nouveau remaniement, devrait adopter ce projet officiellement cette année. Mais il y en a bien d’autres qui se mettent en place en Eurasie, en Inde, au Kazakstan, etc. (...)

Renaissance de la technique nucléaire

Partout au monde – sauf en Allemagne, où les choses doivent changer dorénavant – on assiste à une renaissance de l’énergie nucléaire. En marge des débats sur les grands problèmes mondiaux, l’un des buts de notre conférence est de provoquer un changement de paradigme en Allemagne pour que cesse dans notre pays l’hostilité profonde à la technologie. La Chine, la Russie et l’Inde comptent construire entre 30 et 40 nouvelles centrales nucléaires chacune. L’Inde veut développer des réacteurs à thorium. La Chine et l’Afrique du Sud s’intéressent au réacteur à haute température (RHT), inventé en Allemagne par le Pr Schulten, de Jülich. (...)

Aujourd’hui, l’Afrique du Sud et la Chine travaillent sur un réacteur de quatrième génération, le réacteur modulaire à lit de boulets. Cette technologie, intrinsèquement sûre, est parfaitement adaptée aux pays en développement, qui peuvent aussi l’utiliser pour dessaler l’eau de mer. Le premier réacteur à lit de boulets devrait être mis au point en 2011 en Afrique du Sud, qui s’est déjà engagée à en exporter 31. (...)

Nous sommes déterminés à montrer à la population allemande qu’il faut rapatrier cette technologie si nous voulons survivre en tant que nation industrielle. Cela vaut aussi pour d’autres technologies mises au point en Allemagne mais jamais exploitées ici, comme le train à lévitation magnétique, qui fait désormais la navette entre l’aéroport de Pudong et Shanghai, en Chine. Le maglev est à l’ordre du jour de nombreux pays du monde.

Un tournant historique

Nous sommes arrivés à un tournant de l’histoire où, soit un nouvel ordre économique mondial verra le jour, s’appuyant sur le Pont terrestre eurasiatique et assurant la croissance économique dans le monde entier, soit nous dévalerons en pente raide vers un nouvel âge des ténèbres.
Nous avons l’intention de mettre le Pont terrestre eurasiatique à l’ordre du jour, car c’est un concept qui permettra d’éviter la guerre et de créer un ordre politique garantissant la dignité de tous les hommes – un ordre politique qui soit cohérent avec les lois de l’univers.

Le 1er octobre 1982, le président mexicain Lopez Portillo a prononcé un discours remarquable devant l’Assemblée générale de l’ONU, que je vous montre maintenant en vidéo. Avant de prononcer ce discours, Lopez Portillo avait invité Lyndon LaRouche pour lui demander conseil sur la sauvegarde de l’économie mexicaine, alors attaquée par des intérêts étrangers qui avaient organisé la fuite des capitaux.

A la suite de ces entretiens avec Lopez Portillo, LaRouche a esquissé un programme visant non seulement à défendre le Mexique, mais à promouvoir l’intégration de toute l’Ibéro-Amérique, programme que Lopez Portillo commença à mettre en oeuvre le 1er septembre 1982. A l’époque, il eût été encore possible de réorganiser le système financier mondial, ce qui était le but de cette proposition. Finalement, la stratégie de Lopez Portillo a échoué car l’Argentine et le Brésil lui ont refusé leur solidarité. Un quart de siècle a été perdu.

Comme vous le voyez, créer un nouvel ordre économique mondial juste a toujours été le but de notre travail, et le moment est venu de réaliser ce rêve.