« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

Accueil > Notre action > Interventions

Helga Zepp-LaRouche : ce que cache le « China bashing »

20 février 2018

Nous vous présentons ci-dessous la traduction en français d’un bref extrait de la vidéoconférence donnée le 9 février 2018 par Helga Zepp-LaRouche, présidente internationale de l’Institut Schiller. La version intégrale - en anglais - est à retrouver ici dans la vidéo :

Les attaques contre la Chine ne se comptent plus :
— Pour les services secrets australiens, par exemple, la Nouvelle Route de la soie et la Chine représentent la première menace pour la Sécurité nationale de leur pays.
— Dans un discours prononcé dans une université d’Austin, au Texas, le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a affirmé récemment que l’intervention de la Chine en Amérique du Sud équivalait à une conquête impérialiste.
— Jean-Claude Junker, le président de la Commission européenne, a annoncé, en gros, que l’UE est en train de mettre en place des mécanismes pour bloquer les investissements chinois en Europe.
— Pour Harry Harris, le commandant du U.S. Pacific Command, la Chine est un élément perturbateur dans la région indo-pacifique.
— Alors qu’il tente de former une coalition gouvernementale, le gouvernement allemand, entraîné dans une logique autodestructrice, a intégré dans son nouveau traité de coalition cette formulation ambiguë, affirmant que la Nouvelle Route de la soie présente « des opportunités et des risques qui exigeront une réponse européenne afin de sauvegarder nos intérêts », et insiste pour que les termes de l’accord sur la Nouvelle Route de la soie respectent « l’ordre international » et « les droits de l’homme », comme si ce n’était pas le cas.
— L’ECFR (Conseil européen des affaires étrangères), un think-tank créé et financé par le milliardaire américain George Soros, a proposé quelque chose de similaire.
— A cela s’ajoute l’étude conjointe de l’Institut Mercator d’études sur la Chine (MERICS) de Berlin et du Global Public Policy Institute (GPP) de New York.
— Enfin, le CSIS (Center for Strategic and International Studies) de l’Université de Georgetown a également publié un rapport attaquant la Chine, spécifiant que l’UE étant trop désunie pour contenir la Chine, c’est donc aux États-Unis de le faire.

Toutes ces attaques et diatribes nous renvoient à ce qu’on appelle « le piège deThucydide ». Il s’agit de la rivalité qui opposait, dans l’antiquité, Sparte et Athènes pour savoir qui aurait la suprématie sur les affaires du monde d’alors. Ceci a conduit à la guerre du Péloponnèse et finalement à la destruction de la Grèce classique.

Comme l’ambassadeur de Chine à Washington, Cui Tiankai, l’a rappelé dans un discours à New-York, Thucydide a analysé seize cas où l’on voyait un pouvoir émergent venir contester le pouvoir en place. Douze d’entre eux ont fini dans une guerre, et dans les quatre autres, c’est la puissance émergente qui a fini par se substituer au pouvoir déclinant. L’ambassadeur a souligné que la Chine ne voulait pas suivre ces douze cas ayant mené à la guerre, mais qu’elle ne voulait pas non plus d’une situation où la Chine remplacerait les USA dans un système unipolaire.

La réponse à cette question doit, de toute évidence, prendre en compte le fait que nous vivons une époque où les grandes puissances disposent d’armes thermonucléaires.

Pour quiconque à la tête sur les épaules, il devrait être clair qu’il est impossible d’entraver le développement d’un pays de 1,4 milliard d’habitants et, qui plus est, engagé dans un processus de développement économique sans précédent. C’est une idée absurde de penser que l’on puisse contenir un tel pays ou même bloquer son développement.

Intitulée : « Avancée autoritaire ? Réponse à l’influence politique grandissante de la Chine en Europe », l’étude des instituts MERICS et GPP avertit que la Chine n’est pas juste aux portes de l’UE, mais qu’elle est déjà à l’intérieur de ses frontières ! Ils dénoncent son « idéal autoritaire qui remettrait en question le rôle de l’Europe dans le monde ». Voilà qui est très intéressant, car cela remet en question la position clé de l’Europe dans le monde. Ils poursuivent en affirmant qu’après la chute de l’Union soviétique et à la fin de la Guerre froide (qui, comme nous le savons, n’a jamais réellement pris fin), le triomphalisme de l’Ouest aurait transformé la Chine pour la rendre plus occidentale.

Vous vous souvenez qu’à l’époque, Fukuyama avait dit que la fin de l’ère soviétique signifierait la fin de l’Histoire, ce qui voulait dire que dorénavant, le modèle démocratique serait le seul à subsister sur Terre.

Naturellement, nous savons qu’en réalité, ce qui a suivi ce triomphalisme occidental, c’est l’idée d’établir un monde unipolaire. Il s’agissait également de se débarrasser des gouvernements refusant de se plier à ce monde unipolaire, à coups de « changements de régime » et autres « révolutions de couleur ». Le rapport poursuit : « L’Union européenne se voyait comme un modèle qui rayonnerait sur la périphérie et plus loin encore. » L’un de ses principaux conseillers, le britannique Robert Cooper, affirmait en effet que l’UE était le plus grand ordre impérial qui ait jamais existé.

« Trente ans plus tard, le développement ne s’est pas fait comme nous l’espérions. Le populisme autoritaire s’installe ». Ils citent alors différents pays d’Europe de l’Est comme la Hongrie et la République tchèque, déplorant que « dans un revers de fortune, les pays autoritaires cherchent à influencer l’Union européenne ».

Selon eux, il est très facile de voir ce que la Russie cherche à faire : soudoyer les hommes politiques, falsifier les élections, alors que tout le monde découvre qu’aux Etats-Unis, le Russiagate est un pure montage politico-médiatique ! Cependant, ce que fait la Chine serait « plus problématique en raison de conséquences bien plus graves, bien que cela soit beaucoup moins voyant ». Pourquoi la Chine est-elle plus dangereuse ? Parce qu’elle représente un modèle sur le plan socioéconomique. Pour les soi-disant démocraties libérales, « toute interaction avec la Chine est potentiellement problématique ».

Alors, que faire ? Construire un mur autour de la Chine et l’ignorer ? Toujours du point de vue de ces experts, la Chine a un régime autoritaire basé sur un totalitarisme intégral. C’est un Etat dont la surveillance électronique viole votre vie privée, ce qui est plutôt drôle, considérant que les agences américaines et britanniques (NSA, GCHQ, etc.) exercent depuis des lustres de type de surveillance de masse.

Regardez Xi Jinping, disent-ils encore. Au XIXe Congrès national du PCC de novembre dernier, il a présenté le modèle chinois comme étant supérieur au modèle occidental ! Quel culot ! Il veut exporter la sagesse chinoise comme une contribution à l’espèce humaine. Cela déstabiliserait, selon eux, l’élite politique européenne, qui a commencé à assimiler la rhétorique et le jeu des intérêts chinois. Ils disent que la Chine se présente comme un modèle plus viable que les démocraties libérales. Eh bien, c’est le cas. Ils relèvent, comme exemple de la supériorité chinoise, qu’elle a organisé récemment une conférence sur les Droits de l’Homme, à laquelle 70 pays développés ont participé. Cela implique que la Chine est probablement le plus grand violeur des droits de l’homme !

Cependant, si l’on prend en compte le fait que la Chine a sorti de la pauvreté la plus extrême 800 millions des siens et que la pauvreté est incontestablement la pire violation des droits de l’homme ; qu’aujourd’hui la Chine aide les pays sous-développés à se développer et à réduire la pauvreté chez eux, alors je pense qu’il est légitime que la Chine soit considérée comme le champion des droits de l’homme.

Pour illustrer cette citation de Xi Jinping au XIXe Congrès du Parti, affirmant qu’« il est temps que la Chine prenne une place centrale dans les affaires du monde », l’étude prend comme exemple l’influence grandissante de XI Jinping lors de sa visite officielle en République tchèque. Par ailleurs, à La Haye, la Hongrie et la Grèce ont osé bloquer la condamnation de la Chine dans la procédure engagée par le gouvernement philippin pour des questions territoriales en mer de Chine méridionale, procès qui avait été rejeté par la Chine et tous les pays de l’ASEAN, en vertu de leur code de conduite privilégiant la diplomatie et la négociation entre partenaires plutôt que les litiges juridiques.

Autre attitude inacceptable, la Hongrie et la Grèce se sont également opposées aux déclarations de l’UE interdisant tout investissement de la Chine en Europe, ce que les auteurs de l’étude qualifient de criminel. Ils estiment inadmissible que le Premier ministre grec Tsipras ait pris la parole au Forum une ceinture, une route, en mai à Beijing, et qu’il ait fait l’éloge de la Chine et de la Nouvelle Route de la Soie. Naturellement, les participants au forum 16+1 réunissant la Chine et les pays d’Europe centrale et de l’Est sont très heureux de coopérer à la Nouvelle Route de la soie.

Bien sûr, le rapport n’a pas résisté à l’idée d’attaquer la campagne électorale menée l’année dernière par notre parti politique, le BuSo, dont le slogan était : « L’avenir de l’Allemagne est dans la Nouvelle Route de la soie. » A leurs yeux, je passe pour l’une des participantes les plus agressives au Forum une ceinture, une route, ce qu’ils considèrent comme un crime impardonnable.

Ils font évidemment plusieurs recommandations sur ce qui devrait être fait pour contrecarrer cette dynamique. En gros, ils affirment que l’Allemagne et la France ne doivent pas entretenir de relations bilatérales avec la Chine, et réclament davantage de subventions pour financer « des groupes d’experts » et des think-tanks, de toute évidence pour intensifier la propagande négative contre la Chine. L’UE devrait également investir davantage pour contrecarrer les investissements chinois dans certaines régions d’Europe.

Implicitement, ce rapport est un aveu que le système financier international est au bord du gouffre, ce qui n’est pas faux vu les mouvements erratiques des marchés financiers ces dernières semaines. Pour l’Allemagne, cela voudrait dire abandonner la règle d’or du déficit zéro, règle que tous les membres de l’UE ont adoptée dans leur Constitution et qui implique, en fin de compte, l’interdiction absolue pour les Etats de contracter des crédits pour leur développement.

Quelle a été la réaction de la Chine face à ces balivernes ? Plusieurs articles ont été publiés, expliquant que cette théorie de « la menace chinoise » vient de ce que la Chine offre une voie complètement différente pour développer l’espèce humaine et que sa vitalité montre qu’elle se dirige vers un avenir meilleur, mais bien différent de l’idée que l’on se fait du développement en Occident.

Voyons ce que la Chine nous propose réellement.

Puisque l’essentiel de son message a été bloqué ou déformé par les médias occidentaux, je voudrais analyser ici avec vous les principales idées proposées par Xi Jinping, lors du XIXe Congrès du PCC où il a annoncé les perspectives des 35 prochaines années pour la Chine mais aussi pour tous les pays souhaitant participer à cette initiative.

« Nous avons lancé une campagne pour respecter les trois règles de rigueur et de sincérité », a-t-il déclaré. Une fois que l’on est familiarisé avec les formulations chinoises, on se rend compte qu’il s’agit là de principes moraux intéressants.

« Les principes de rigueur doivent être de mise dans l’éducation du caractère personnel, l’exercice du pouvoir et l’autodiscipline. Les principes de sincérité doivent vous amener à être honnête dans vos pensées, votre travail et votre comportement. » Tout ceci n’est-il pas positif ? N’est-ce pas une exigence morale ? « Nous avons adopté, nous explique-t-il ensuite, une décision en huit points pour améliorer la conduite du Parti et du gouvernement, réduire les formalités administratives, la bureaucratie, l’hédonisme et l’extravagance, et nous nous sommes sévèrement opposés aux privilèges. Des inspections disciplinaires ont considérablement réduit la corruption et les comportements répréhensibles. Nous avons surveillé tous les comités du Parti dans tous les départements au niveau du gouvernement central et provincial. Aucun lieu n’est resté hors du circuit. Aucun territoire n’a été oublié et aucun laxisme n’a été autorisé dans la lutte contre la corruption. »

Le journal FAZ (Frankfurter Allgemeine Zeitung), qui attaque régulièrement la Chine, s’est récemment penché sur le programme anti-corruption chinois. Leur conclusion ? « Ceci complique fortement la capacité de nos managers et décideurs à influencer la politique chinoise. » C’est plutôt curieux : au lieu d’être heureux que la corruption soit éliminée, ils la regrettent car ils ne peuvent plus utiliser cet outil !