« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

Accueil > Veille stratégique

Glass-Steagall : Donald Trump tient bon

28 mars 2017

Dans le camp de l’establishment financier de la City et de Wall Street, la crainte se répand de voir Donald Trump proposer effectivement de couper les banques en deux suivant les critères de la loi Glass-Steagall. Une proposition de loi (H.R. 790) à cette fin a récemment été déposée au Congrès et compte 38 parrains parmi les députés, dont six nouveaux rien que dans la journée du 8 mars. Le sujet a été également abordé le lendemain lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, au cours de laquelle son porte-parole Sean Spicer a réitéré le soutien de Donald Trump au principe de la séparation bancaire.

John Gizzy, journaliste à Newsmax (un média favorable à Trump), a demandé à Spicer si le président pourrait coopérer avec les démocrates, en l’occurrence avec le sénateur Bernie Sanders, qui avait soutenu Glass-Steagall pendant la campagne, pour faire passer une loi dans ce sens. Spicer a répondu que Trump est prêt à travailler avec Sanders « là où l’on pourra trouver un terrain d’entente commune [pour] améliorer l’industrie financière ».

A la question de Gizzy :

Etes-vous toujours attachés au rétablissement de la loi Glass-Steagall ?

Spicer a répondu « oui ».

Certains médias ont attribué la chute des marchés le même jour, à cet échange. La bulle boursière a en effet été gonflée grâce aux immenses flux de liquidités émises à faibles taux d’intérêt, que les grandes banques prêtent ensuite à leurs grands clients « blue chip » pour qu’ils puissent racheter leurs propres actions, pratique devenue courante dans le système bancaire dérégulé créé par l’abrogation de Glass-Steagall. Mettre fin à la relation de connivence entre la Réserve fédérale et les banques trop grosses pour sombrer pourrait effectivement provoquer l’éclatement de cette bulle, ainsi que de celle encore plus grosse des produits financiers dérivés, entraînant un krach financier pire qu’en 2008.

Les craintes de Wall Street n’ont pas été apaisées lorsque Donald Trump a organisé une « session d’écoute » avec les dirigeants de petites et moyennes banques régionales. Il a réaffirmé à cette occasion qu’il allait poursuivre l’application des premières mesures contre la réforme Dodd-Frank mise en œuvre par Barack Obama, afin de libérer les banques régionales du cauchemar de la régulation. Grâce à Dodd-Frank, les banques « trop grosses pour faire faillite (TBTF) » ont grossi de 40 %, ses dispositions ne ralentissant en rien la spéculation qui avait conduit au krach d’il y a sept ans. Pendant ce temps, les banques plus petites qui jouent, comme l’a fait remarquer Trump à juste titre, « un rôle vital dans la création d’emplois », en particulier dans la mesure où elles fournissent environ la moitié de tous les prêts accordés aux PME, se sont vu privées de l’accès à la liquidité, qui irrigue presque entièrement les banques TBTF.

Les banquiers de l’establishment savent que si Trump veut réellement relancer l’industrie aux Etats-Unis, il doit faire en sorte de rétablir Glass-Steagall et de mettre à disposition du crédit productif, et c’est bien pour cela qu’ils souhaitent l’expulser de la Maison Blanche.