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Face aux menaces, renforcement de la coopération stratégique entre la Russie, l’Iran et la Chine

15 novembre 2011

Par la signature d’un accord stratégique avec l’Iran, deux jours après la publication du rapport de l’AIEA, la Russie a clairement signifié au monde que toute attaque contre l’Iran serait interprétée comme une attaque contre elle. Cet accord, portant sur diverses questions économiques, la sécurité et le renseignement, a été signé le 10 novembre par le secrétaire adjoint du Conseil de sécurité russe, Evgueni Loukyanov, et son homologue iranien, Ali Baqeri, pendant sa visite à Moscou.

Le lendemain, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, arrivait à Téhéran pour des entretiens avec le chef de la diplomatie Ali Akbar Salehi, entre autres. Le 10 novembre, lors d’une rencontre entre Bogdanov et le directeur des Affaires d’Asie occidentale et d’Afrique du Nord du ministre chinois des Affaires étrangères, tous deux ont exprimé leur opposition à de nouvelles sanctions contre l’Iran.

Le président russe Dimitri Medvedev avait déjà lancé un avertissement depuis Berlin : « Nous sommes conscients que les émotions au Moyen-Orient sont à un niveau élevé. (...) Mais la rhétorique militaire pourrait avoir de graves conséquences, allant jusqu’au conflit. » Medvedev a proposé aux dirigeants de la région de « respirer profondément, de se calmer et de poursuivre une discussion constructive sur les questions à l’ordre du jour, au lieu de menacer de frappes. Tout ceci pourrait finir en une grande guerre, une catastrophe pour le Moyen-Orient. »

Les dirigeants russes et chinois sont bien conscients que la grave crise financière qui secoue le monde transatlantique alimente la dynamique de guerre, en utilisant le Moyen-Orient comme nouveau « Sarajevo » d’une guerre mondiale visant aussi la Russie et la Chine. Ce point a été abordé par Serguei Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, le 10 novembre lors d’une interview avec ITAR-Tass : « Avec l’émergence d’autres centres de croissance économique et de puissance financière, ce qui implique un poids politique, la part des Etats-Unis dans l’économie mondiale change objectivement. Pour s’attaquer à certains problèmes, ils ne disposent déjà plus de suffisamment de ressources propres et doivent former des groupes de soutien. (...) Nous ne tolérerons plus l’ambiguïté ayant marqué la résolution sur la Libye. »

Faisant écho à Lavrov, le Global Times de Chine écrivait le même jour : « Alors que les Etats-Unis et d’autres pays occidentaux sont en difficulté économique, leur puissance militaire règne en maître. (...) Ce qui aurait un profond impact négatif sur la paix mondiale. (...) Certains pensent que les Etats-Unis et Israël devraient s’associer pour frapper les sites nucléaires iraniens. Cela rappelle ceux qui ont encouragé l’OTAN à attaquer la Syrie il y a quelques semaines. D’autres pays ayant adopté une position anti-occidentale, comme la Corée du Nord, ont reçu des menaces similaires dans le passé. Même avec des pays plus grands comme la Chine et la Russie, certains cercles américains ont aussi réclamé une attaque afin d’éliminer une bonne fois pour toutes leur puissance nucléaire. »

D’Europe, on pourrait citer la mise en garde du ministre danois des Affaires étrangères, Villy Søvndal : « Je veux mettre en garde, avec autant de force que possible, contre tout bombardement de l’Iran. Ce serait une aventure extrêmement dangereuse à laquelle le Danemark ne participerait en aucun cas. »