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Europe : le « plan d’investissement » de Juncker est une nouvelle arnaque

3 décembre 2014

A grand renfort de publicité, le Parlement européen a approuvé le 25 novembre le « plan d’investissement » de 315 milliards d’euros présenté par le chef de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. En réalité, aucune allocation de nouveaux fonds n’est prévue. Sur les 21 milliards d’euros que l’UE propose d’apporter, 16 milliards seront prélevés sur le budget existant, au détriment donc d’autres investissements prévus, et les autres 5 milliards seront fournis par la Banque européenne d’investissement (BEI). Ces 21 milliards constitueront le capital d’une nouvelle institution, le Fonds européen pour les investissements stratégiques (EFSI).

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Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne
© french.peopledaily.com.cn

A part la question non sans importance du siège de la nouvelle institution, puisque Luxembourg est désormais suspect, les architectes du plan espèrent que des investisseurs privés contribueront pour les 294 milliards manquants, soit un effet de levier de 15-1. Le projet est si irréaliste que même les médias établis ont exprimé leur déception.

Lors d’une conférence de presse le 26 novembre, le vice-Président de la Commission chargé de l’Emploi, de la croissance, de l’investissement et de la compétitivité Jyrki Katainen a avoué que le plan avait été concocté avec la City de Londres. Assis entre Juncker et le chef de la BEI Werner Hoyer, il a déclaré avoir « rencontré des banquiers d’affaires à Londres qui m’ont dit que beaucoup de liquidités sont disponibles » pour être investies. Cependant, « ils doivent en savoir plus sur les projets » qu’on leur demande de financer.

Ainsi, le plan Juncker est censé dresser un « pipeline de projets » transparent à destination des investisseurs. La BEI a déjà fourni une liste de projets qui seront choisis « en fonction de leur mérite » et non pas répartis de manière égale entre pays membres. Si ceux-ci contribuent plus au fonds, la somme ne sera pas comptabilisée dans leur déficit, mais pourrait servir entièrement à des projets dans d’autres pays. Par contre, si un gouvernement national décide de financer ses propres projets, cet argent sera comptabilisé dans le déficit !

Hoyer, un ancien homme politique du FDP allemand (Parti libéral-démocrate), fait valoir que les investissements potentiels doivent être « viables » du point de vue économique. Les petits projets dans des régions fortement développées, a-t-il expliqué, seront plus attirants pour les investisseurs privés alors que de « très grands projets » ou des projets dans des zones éloignées seront plus risqués et moins rentables.

Par ailleurs, Katainen a souligné que l’EFSI s’efforcera de garder une notation AAA, ce qui exclut d’office des investissements à plus haut risque. Selon le Süddeutsche Zeitung, cela pourrait se faire en fournissant une garantie publique pour ces investissements !

Ce plan Juncker ne peut qu’amener l’Europe à une explosion socio-économique.