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Europe : appels à rejoindre la politique chinoise « Une ceinture, une route »

19 novembre 2016

Jean-Pierre Raffarin : « La route de la soie, armature d’un nouveau monde »

Dans un article posté le 4 novembre sur son blog et repris dans le Huffington Post, ancien Premier ministre français souligne que les initiatives chinoises concernent directement les intérêts et les alliances de la France. Si le lancement du projet « Une ceinture, une route » a surpris le monde, écrit-il :

Ce n’était en rien une improvisation mais, comme souvent en Chine, l’idée s’est imposée après une profonde réflexion stratégique.

Pour l’ancien chef du gouvernement, la coopération avec l’Europe :

Sur ses deux ailes, l’Eurasie et l’Eurafrique, pourrait permettre à l’Union européenne d’atteindre ses objectifs de croissance et de création d’emplois.

Le Premier ministre chinois Li Keqiang, note Raffarin, aime à répéter qu’aujourd’hui, « aucune nation ne peut réussir seule » et recommande « une perspective délibérément pacifique. Les vieilles pratiques de l’Occident qui consistent à imposer sa suprématie ne sont plus dans l’air du temps ».

L’ancien Premier ministre français, qui lie depuis des années de solides liens avec la Chine, écrit que, pour les Chinois, « la mondialisation a déclenché une vive compétition en partie destructrice », menant à des reculs civilisationnels, avec la montée de l’individualisme et de comportements jugés irrationnels.

Dans ce contexte, les Chinois pensent qu’on ne s’intéresse plus assez à la nature commune de l’humanité. Devant une certaine vacuité de la pensée occidentale, ils sont préoccupés et ne comprennent pas l’inquiétude qu’inspire leur nouvelle influence fondée sur leur civilisation ancienne.

Au-delà de ces réflexions, la nouvelle stratégie de la Chine s’est dotée de moyens financiers considérables, dont la BAII, la Nouvelle banque de développement des BRICS et le Fonds de la route de la soie.

Si l’on peut saluer cette volonté de Jean-Pierre Raffarin de coopérer avec la Chine, il devrait néanmoins comprendre qu’elle ne doit pas être par ailleurs torpillée par la politique nationale à la « Thatcher » qu’il promeut en France même.

Un banquier allemand : « Nous devons bâtir le pont terrestre entre Lisbonne, Vladivostok, Beijing et Delhi »

Dans une interview au Deutsche Wirtschaftsnachrichten posté le 12 novembre, Folker Hellmeyer, économiste en chef de la Banque régionale de Brême, souligne que « la croissance la plus conséquente au monde a lieu à l’Est ». Aussi, l’Allemagne et l’Europe devraient se concentrer davantage sur ces marchés en vue de maintenir leur propre bien-être et stabilité politique.

Pour Hellmeyer, la Chine est incontestablement « le poids lourd du monde ». Son importance est déjà immense, et le deviendra plus encore dans le cadre des « projets ’Une ceinture, une route’ et de la ’Route de la soie’ ». En même temps, les dirigeants chinois reconnaissent la « force innovatrice » de l’Allemagne grâce à ses PME, qui comptent parmi les « champions cachés », c’est-à-dire relativement petites mais leaders mondiaux dans leur domaine de spécialisation.

Pour l’économiste de Brême, l’avenir se trouve :

Dans les pays émergents qui représentent plus de 62 % de l’économie globale, 85 % de la population mondiale, 70% des réserves de devises et dont le taux de croissance est de 4 à 5,5 %. Nous devons bâtir le pont terrestre entre Lisbonne, Vladivostok, Beijing et Delhi. Dès lors, je ne craindrai pas pour l’avenir de l’Europe. Si on ne bâtit pas le pont terrestre, le prix à payer sera élevé.

Dans le même entretien, Hellmeyer estime que les sanctions contre la Russie sont un bon exemple d’une mauvaise politique. L’accord d’association avec l’Ukraine, selon lui :

A sacrifié 45 ans de détente et de politique économique avec la Russie sur l’autel d’intérêts géopolitiques de forces tierces. C’est nous, et non pas nos amis de l’autre côté de l’Atlantique, qui en payons le prix économique et politique.

L’analyse de Folker Hellmeyer comporte, toutefois, un gros défaut dans la mesure où il préconise de renforcer l’UE et sa politique budgétaire pour réaliser cette politique.