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États-Unis : hausse du taux de suicide et effondrement de la production industrielle

20 mai 2016

L’augmentation alarmante du nombre de décès par suicide aux États-Unis avait fait la une du New York Times le 2 novembre 2015, dans un article citant les conclusions d’une étude d’Angus Deaton et de son épouse Anne Case. Cette étude s’intéressait surtout à l’augmentation chez les hommes blancs âgés de 45 à 54 ans, attribuée avant tout à la toxicomanie, avec une montée vertigineuse de surdoses d’héroïne.

Inversement de la tendance observée depuis les années 1950

Depuis, beaucoup d’autres détails sur les catégories démographiques touchées ont été publiés. Pratiquement toutes les tranches d’âge accusent une hausse, y compris les hommes blancs de 24 à 44 ans et les femmes. Un nouveau rapport des Centers for Disease Control constate que le taux de suicide des hommes âgés de 45 à 64 ans a augmenté de 43 % entre 1999 et 2014, et celui des femmes de la même cohorte de 63 %. Chez les jeunes filles (10 à 14 ans), ce taux a triplé !

Cela représente un renversement notable de la baisse des taux observée depuis les années 1950. La plupart des analystes évoquent des « troubles mentaux », en relation avec la chute des dépenses pour soigner la dépression.

Effondrement de la production physique

Il est vrai que le financement de ces soins aux États-Unis a fait l’objet de coupes brutales ces dernières années, notamment avec la fermeture de nombreux centres publics de santé mentale et la mise à la rue des patients. Mais rares sont les commentaires qui abordent ce que l’économiste Lyndon LaRouche estime être un facteur clé dans l’augmentation des suicides, à savoir le désespoir provoqué par l’effondrement de la production physique, qui fait que quantité de travailleurs autrefois productifs, ou de jeunes condamnés au chômage, se voient relégués à la catégorie de « bouches inutiles ».

Prenons le cas de l’industrie : de mars 1998 à décembre 2013, les États-Unis ont perdu 5,7 millions d’emplois manufacturiers. Si la part de ce secteur dans le PIB est en baisse depuis une trentaine d’années, la tendance s’est fortement accentuée depuis 2008 et plus encore depuis 2014. Ces emplois manufacturiers, qui ont permis à des millions de familles d’accéder à la classe moyenne jusque dans les années 1980, ne représentent plus que 8,8 % de l’emploi total aujourd’hui. Cette incertitude économique se reflète dans l’augmentation des taux de suicide.

Le président Obama a beau se vanter d’avoir créé énormément d’emplois, 94 millions d’Américains sont aujourd’hui en dehors de la force de travail et 45 millions ont besoin de coupons alimentaires pour se nourrir. Les statistiques du gouvernement fédéral font ressortir que plus de 75 % des emplois créés ces sept dernières années sont mal payés, temporaires ou à temps partiel, ce qui ajoute à la précarité.

Pourtant, le même New York Times, qui avait attiré l’attention sur la tendance alarmante des suicides, couvrait aussi cette citation de Barack Obama, affirmant que « nous avons sans doute géré cette reprise [économique] mieux que tout autre grande économie sur Terre dans l’histoire moderne » !