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En tenant tête aux Anglo-Américains, Poutine renverse l’échiquier stratégique

20 mai 2012

En discussion avec des associés le 12 mai, Lyndon LaRouche estimait que la situation stratégique globale avait fondamentalement changé du fait que Vladimir Poutine, fraîchement installé dans ses fonctions de Président russe, refuse de capituler devant les menaces stratégiques et économiques proférées par les puissances occidentales, notamment Londres et Washington. Plus particulièrement, la Russie ne peut accepter le bouclier de défense antimissile que l’OTAN installe en Europe de l’Est.

Lors d’une conférence à Moscou sur ce thème au début du mois de mai, les participants ont vu une série de présentations power-point (toutes sont disponibles sur le site du gouvernement russe), démontrant que ce bouclier modifierait fondamentalement l’équilibre stratégique, en accordant à l’OTAN une capacité de première frappe nucléaire incontestée, parce qu’une nouvelle génération de système de défense antimissile balistique sera à même de dissuader des représailles russes.

Comme le président Poutine et les hauts responsables de la défense russe ont dit et redit, c’est une situation tout à fait inacceptable. A moins de trouver une solution négociée, la Russie lancera des frappes préemptives pour neutraliser les systèmes de l’OTAN avant qu’ils modifient l’équilibre stratégique.

Le chantage de l’OTAN est clairement rejeté. Toutefois, dans une déclaration faite peu après la prise de fonctions de Poutine, le ministre russe de la Défense Serdioukov a bien montré que le gouvernement est ouvert à la coopération avec les Etats-Unis et l’OTAN, mais uniquement si le déploiement d’une défense antimissile se fait en collaboration étroite avec la Russie, et avec des garanties.

L’immédiateté de la crise est reflétée dans la conversation téléphonique du 9 mai entre le Président Obama et le président Poutine, où ce dernier a annulé leur tête à tête prévu à Camp David, ainsi que sa participation au sommet du G8 les 18 et 19 mai. Poutine s’est dit « trop occupé » à constituer le nouveau gouvernement pour se rendre aux Etats-Unis, précisant qu’il enverrait à la place le nouveau Premier ministre Medvedev. Pourtant, normalement c’est au Premier ministre qu’incombe la responsabilité de former un nouveau gouvernement.

Le message est donc clair : Poutine attendra de voir ce qui se passe au sommet de l’OTAN à Chicago le 20 mai pour décider de l’attitude à adopter. En haut de l’ordre du jour de ce sommet figure justement le système de défense antimissile en Europe et, si l’OTAN décide, comme on s’y attend, de procéder au déploiement, la Russie pourrait passer aux actes.

Le danger de guerre thermonucléaire n’est pas certain, mais il est réel. Au cours des semaines passées aux Etats-Unis, ce sont à la fois le Defense Science Board et l’Académie nationale des sciences qui ont recommandé à Obama d’annuler ce projet de défense, parce que le système manque de fiabilité et accroît en réalité le danger d’une confrontation thermonucléaire par erreur de calcul.

Les chefs militaires américains sont pleinement conscients de la position russe et de la folie de poursuivre cette provocation. Lors d’auditions récentes de la Commission des Services armés de la Chambre, le général Martin Dempsey, chef d’état-major des armées américaines, a souligné les nombreux domaines où la coopération entre les Etats-Unis et la Russie est vitale à la stabilité mondiale – y compris la mission des troupes américaines et de l’OTAN en Afghanistan, la lutte contre le terrorisme international et la guerre à la drogue, sans oublier la défense antimissile.

Néanmoins, le Président Obama, un narcisse extrême qui n’aime pas les refus, entend faire monter d’un cran les provocations. Poutine et la communauté de la défense russe, de leur côté, sont bien conscients des menaces portées à leur encontre et ne capituleront pas.