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Deutsche Bank : la bombe à retardement du système

6 octobre 2016

Lors d’une conférence de presse le 19 septembre, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, le Premier ministre italien Matteo Renzi a critiqué le chef de la Bundesbank Jens Weidmann pour avoir incité l’Italie à réduire sa dette publique. Pour l’Italien, l’Allemand ferait mieux de se pencher sur les problèmes des banques allemandes, en particulier de la Deutsche Bank, car,

Il y a des centaines de milliards de dollars de contrats dérivés dans les banques allemandes contre quelques douzaines de prêts non performants dans les banques italiennes.

Alors que Renzi et Weidmann se renvoyaient la balle, la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) américaine a rendu publics ses chiffres semestriels, montrant que la Deutsche Bank est la plus risquée de toutes les banques systémiques. Les calculs de la FDIC se basent sur les normes IFRS (International Financial Reporting Standards) et prennent en compte, contrairement à d’autres calculs, les produits dérivés sur le bilan des banques en question pour déterminer le ratio de levier entre les fonds propres et les actifs.

Le ratio de la Deutsche Bank (DB) s’élevait donc à 2,68 % en date du 30 juin, ce qui signifie que la banque avait prêté 37 fois plus que ses fonds propres, un niveau légèrement plus élevé que celui de Lehman Brothers juste avant sa faillite en 2008. La quantité de produits dérivés détenus par la banque, selon ses propres chiffres, est de 42 000 milliards d’euros. C’est bien plus que le PIB allemand (3000 milliards d’euros) et même le PIB de toute la zone euro (14 600 milliards d’euros). En cas de secousse financière, la chute de l’une ou de plusieurs contre-parties de la DB lui infligerait des pertes colossales.

Il a été également révélé le Département américain de la Justice s’apprête à infliger à la DB une amende de 14 milliards de dollars, en raison de ses ventes frauduleuses de titres adossés à des prêts hypothécaires. À la suite de quoi le cours de l’action de la banque a chuté de 8 %. Plusieurs autres poursuites sont en cours, alors que la DB n’a provisionné que 5,5 milliards d’euros pour couvrir toutes les amendes, et que ses fonds propres ne s’élèvent plus qu’à 19 milliards d’euros.

Un autre facteur de danger pour la banque est son exposition aux prêts dans le secteur du fret maritime, qui sont devenus parmi les plus toxiques sur le marché. La faillite de la South Korean Hanjin Shipping Co, le septième transporteur de containers du monde devrait laisser des milliards de dollars de prêts non performants dans son sillage. Quelle est la part détenue par la DB ? La question reste en suspens pour le moment.