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Des économistes français appellent au « démontage concerté de l’euro »

3 janvier 2012

Dans une déclaration publiée dans Le Monde du 23 décembre, un groupe d’économistes renommés, représentant tout l’éventail politique français, appelle à revenir aux monnaies nationales dans la zone euro afin d’éviter une « explosion incontrôlée ». Cette proposition brise un tabou inébranlable dans ce pays où, en dehors de Jacques Cheminade, suivi par Marine Le Pen, nul n’ose évoquer cette possibilité.

Faisant ouvertement écho à la campagne de Cheminade, ces économistes appellent à décréter des « vacances bancaires » durant la période de transition hors de l’euro, à l’instar de ce qu’avait fait Franklin Roosevelt en 1933. Il est également clair pour eux que l’abrogation de la loi Glass-Steagall est l’une des causes majeures de la dérive financière actuelle.

Relevant les écarts entre les différentes économies nationales de l’Eurozone, ce groupe d’économistes écrit que « l’obstination des gouvernants à foncer, à marches forcées, dans l’impasse de l’euro, ne peut conduire qu’à une aggravation générale de la situation économique en Europe ». Il propose donc qu’une « concertation européenne soit engagée en vue d’aboutir au démontage nécessaire de l’euro ».

Pour cela, il prévoit six modalités. D’abord, pour l’échange des euros contre une monnaie nationale, les anciens billets en euro pourraient être « surchargés d’un tampon, avant qu’une quantité suffisante de nouveaux billets ait été imprimée ». Quant aux pièces, elles comportent déjà une face nationale.

Les parités monétaires des nouvelles monnaies nationales entre elles devront être définies d’un commun accord, suggèrent les économistes, d’éventuelles dévaluations ou réévaluations étant définies vis-à-vis d’une unité européenne de compte.

Dans chaque pays, recommandent-ils, les prix des biens et des services resteront inchangés, de même que les valeurs des actifs et des comptes bancaires. On convertira la dette publique de chaque État dans la monnaie nationale correspondante, et les dettes extérieures des agents privés dans l’unité européenne de compte.

Quatrièmement, « tous les gouvernements déclareront des vacances bancaires pendant une période limitée (...) : comme Franklin Roosevelt, le président des USA en 1933, ils fermeront temporairement les banques pour déterminer celles qui sont viables et celles qui devront faire appel à la Banque centrale. Les cotations seront arrêtées pendant cette période. » Point très important, ils proposent de mettre fin à l’indépendance des banques centrales. Enfin, « l’État protègera les épargnants, en prenant si besoin le contrôle d’une partie du système bancaire. »

Pendant ce temps, les taux de change nominaux des monnaies nationales devraient rester stables, avant de faire éventuellement l’objet d’un flottement concerté à l’intérieur d’une marge de fluctuation de + 10 %. Ils penchent enfin pour une dépréciation de l’euro avant son démontage, si possible. Autre mesure très importante, ils sont favorables à l’abrogation de la loi de 1973 interdisant le financement de la dette publique par la Banque centrale, loi « consolidée une première fois dans le Traité de Maastricht, puis une seconde dans le Traité de Lisbonne ».

Cet appel est fort utile, bien que ses auteurs se maintiennent fermement dans la logique monétariste, sans un mot sur l’économie physique, les grands projets ni la nécessité d’investir dans la recherche scientifique et les technologies de demain.

Signataires : Gabriel Colletis, Alain Cotta, Jean-Pierre Gérard, Jean-Luc Gréau, Roland Hureaux, Gérard Lafay, Philippe Murer, Laurent Pinsolle, Claude Rochet, Jacques Sapir, Philippe Villin, Jean-Claude Werrebrouck.