« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Conférence internationale de l’Institut Schiller à Paris, 13 et 14 juin 2015

Communiqué de presse

26 juin 2015

Les 13 et 14 juin, d’éminents représentants de trois des cinq pays composant les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et des pays qui leur sont associés, étaient les hôtes à Paris d’une conférence internationale exceptionnelle de l’Institut Schiller sur le thème « Rebâtir le monde à l’ère des BRICS ».

Objectif de cette conférence qui rassembla près de 500 personnes : faire souffler en France et en Europe le vent de progrès qui nous vient des BRICS et de leurs alliés, face à un ordre international qui n’a plus rien d’autre à offrir que le retour des Empires, la guerre de tous contre tous et le pillage systématique des peuples et des biens publics. La Grèce, que les politiques brutales occidentales obligent aujourd’hui à chercher du secours auprès des BRICS, était aussi au centre des débats, tout comme le malthusianisme véhiculé par les thèses du réchauffement climatique et la COP21, ennemi juré du développement des BRICS et du reste de la planète.

Guerre ou paix par le développement économique Helga Zepp-LaRouche, fondatrice et présidente de l’Institut, a ouvert la conférence en évoquant les périls qui nous guettent : une crise financière qui pourrait se muer en implosion du système, à l’approche du dénouement de la crise grecque fin juin, et la menace grandissante de guerre, y compris nucléaire, contre la Russie et la Chine, du fait de l’idéologie néoconservatrice du « Projet pour un nouveau siècle américain ». Cette idéologie alimente la stratégie anglo-américaine selon laquelle aucune puissance ne doit se constituer, qui puisse menacer le pouvoir global des Etats-Unis. Dans ce contexte, son mari, l’économiste Lyndon LaRouche, adressa un message à la conférence, en soutien aux protestations de deux anciens chanceliers allemands, Schmidt et Schroeder, et de l’actuel ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, contre la chancelière Merkel pour ne pas avoir invité Vladimir Poutine au dernier G7. Cependant, Mme LaRouche s’est voulue résolument optimiste en présentant les BRICS, la Nouvelle route de la soie de la Chine et l’Union eurasiatique russe comme l’alternative à ces dangers. Cela fait d’ailleurs plus de vingt-cinq ans que son Institut contribue à construire cette alternative, en proposant notamment, dès la chute du Mur, un ordre de paix par le développement mutuel pour le XXIe siècle, fondé sur des corridors de développement à travers l’Eurasie.

Russie, Chine et Inde

Les représentants de la Russie, de la Chine et de l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud n’ayant pas pu se faire représenter, ont donné un aperçu de ce monde « polycentrique », embryon d’un nouvel ordre économique international plus juste que tous appellent de leurs vœux et qui se construit rapidement. L’ambassadeur d’Iran, S.E. Ali Ahani, a aussi envoyé un message indiquant que la République islamique d’Iran est « prête à coopérer avec les pays du BRICS en vue d’apporter son aide et son concours à la résolution des problèmes régionaux et mondiaux ».

La Russie exerçant cette année la présidence des BRICS, M. Leonid Kadyshev, ministre conseiller de l’Ambassade de Russie à Paris, a tout naturellement annoncé les priorités qui seront fixées lors du prochain sommet des BRICS à Oufa, les 9 et 10 juillet.
Avant le sommet devraient être lancés « la nouvelle banque de développement et le pool de réserves en devises », adoptés au sommet de Fortaleza en 2014 et dont le processus de ratification par tous les pays « va très bien ». Ensuite seront adoptés la feuille de route des investissements en infrastructures, ainsi que de nouveaux axes de coopération, tels que «  l’exploitation minière, l’énergie, les communications  ».

Le professeur Shi Ze, de l’Institut Chinois de relations internationales, a énuméré les différents objectifs de la Nouvelle route de la soie de la Chine : résoudre ses déséquilibres économiques intérieurs et rééquilibrer son commerce extérieur avec ses voisins de l’Ouest (Asie centrale, Inde et Russie), dont elle a besoin notamment de l’énergie. Le programme « Une ceinture, une route » est aussi sa contribution confucéenne au monde : créer via le « développement du continent eurasiatique (…) une nouvelle locomotive de croissance » et « renforcer la paix et la sécurité mondiale ». Contribution très importante enfin de M. Viswanathan, ambassadeur de l’Inde, chercheur émérite à l’Observer Research Foundation et coordinateur de toutes les activités liées aux BRICS. Rappelant que ceux-ci représentent 25 % du PIB mondial mais seulement « 11 % des droits de vote au FMI », il a dénoncé le caractère « complètement anachronique (…) du FMI, de la Banque mondiale et du Conseil de sécurité de l’ONU ».
C’est pourquoi, d’un groupe qui aspirait à un ordre meilleur, les BRICS sont passés aujourd’hui à la vitesse supérieure : déterminer l’agenda de cet ordre. D’où la création de la Nouvelle banque de développement et du Fonds de réserve monétaire (CRA), que M. Viswanathan qualifie de « première institution mondiale créée en deux cents ans sans la participation de l’Occident ». L’avenir est donc « radieux » pour les BRICS, mais, a-t-il insisté, c’est un « processus en cours et non un produit fini » !
Ont également pris la parole : Denys Pluvinage du Dialogue franco-russe, l’économiste Jean-Pierre Gérard, le colonel (cr) Alain Corvez, le président de l’Asia Centre, Jean-François Di Meglio, ainsi que deux experts égyptiens qui ont présenté le projet du deuxième canal de Suez.

La solution à la dette grecque et africaine à l’ère des BRICS

Les problèmes de la dette et d’une économie productive à bâtir, à l’opposé du système financier prédateur qui a pris le contrôle de la zone transatlantique, ont été au cœur des débats.

Quel type d’économie réellement humaine faut-il pour le monde des BRICS ? Jacques Cheminade, président de Solidarité & Progrès, a ouvert le deuxième jour de la conférence sur le thème « Crédit public et annulation de la dette : le défi politique de l’Europe ». Il donna de nombreux exemples de ce système financier mondial devenu fou et criminel : la demande de l’Union européenne pour que les pays gonflent leur PIB en y ajoutant les revenus de la prostitution et du jeu, la relation incestueuse entre les banques et le GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), le trading à haute fréquence sans aucun contrôle judiciaire, les banques de l’ombre spéculant à tout va dans les plateformes alternatives.

Nous devons rétablir la croissance réelle, a dit Cheminade, notant que pour cela, mieux vaut prendre le train des BRICS en marche plutôt que de rester à quai ou, pire encore, de leur déclarer la guerre comme l’oligarchie nous incite à le faire. Cependant, le vrai défi est « d’apporter un surplus de puissance et un horizon plus large à l’élan des BRICS ». En lui donnant la mesure de « valeur » d’une économie productive, formulée par Lyndon LaRouche, que le savant russe Pobisk Kuznetsov appela un jour le La. Pour LaRouche, « l’homme n’est pas un animal géopolitique essayant d’occuper des territoires et de contrôler des ressources contre d’autres êtres humains ». C’est un être créateur, capable de découvrir des principes physiques universels et de transformer la société pour le mieux, grâce à de nouvelles technologies permettant de produire plus et mieux, avec moins d’effort.

Grèce : un putsch silencieux

C’est de ce point de vue que fut abordé le cas de la Grèce. Karel Vereycken, journaliste, évoqua le plan d’annulation de la dette accordé à l’Allemagne en 1953, lui permettant de connaître son fameux miracle économique et que la Grèce propose d’appliquer à toute l’Europe. Dean Andromidas, un confrère de l’Executive Intelligence Review juste de retour de Grèce, décrivit l’appauvrissement terrifiant du pays sous les coups de la Troïka (FMI, Banque centrale européenne et Commission européenne), mais aussi sa volonté de ne pas céder à des mesures d’austérité supplémentaires. Stéglios Kouloglou, eurodéputé grec et membre de Syriza, a ému le public en montrant comment la Troïka utilise la question de la dette pour organiser un putsch contre le gouvernement d’Alexis Tsipras.

Il compara la situation de son pays à celle du Chili sous Allende. « Faites hurler l’économie ! » avait ordonné le président Nixon à la CIA, avant que Pinochet ne mette ses tanks en mouvement. Et les banques coupèrent aussitôt tous les crédits au Chili. En Grèce, ce sera un putsch des banques, pas des tanks. Dès que Syriza est arrivé au pouvoir, M. Draghi président de la Banque centrale européenne, a coupé la principale source de financement des banques grecques pour la remplacer par l’Emergency Liquidity Assistance (ELA), un dispositif plus coûteux devant être renouvelé chaque semaine. C’est une épée de Damoclès au-dessus de la tête des dirigeants grecs.
M. Kouloglou s’en est pris aussi aux faux amis : le gouvernement grec, « abandonné par les forces au soutien desquelles il aspirait, telles que le gouvernement français, ne peut revendiquer la solution du problème majeur auquel le pays est confronté : une dette intolérable [qui est allée renflouer essentiellement les banques françaises et allemandes]. La proposition d’organiser une Conférence internationale, comme celle de 1953 qui soulagea l’Allemagne de la plus grande partie des réparations de guerre, ouvrant la route au miracle économique, a été noyée dans une mer de menaces et d’ultimatums ».

Dans ce climat, la réponse positive des Russes à la demande des Grecs de pouvoir participer à la nouvelle banque des BRICS « a été vraiment une bouffée de soulagement et d’optimisme pour l’opinion publique grecque ».

« Nous résisterons », a affirmé M. Kouloglou, ovationné par la salle. Mais, a-t-il ajouté, « il ne suffit plus que nos vœux accompagnent [le gouvernement grec]. La solidarité qu’il mérite doit être exprimée par des actes. Le temps est limité. »

Afrique : dette et mythes des indépendances africaines

Diogène Senny, secrétaire général de la Ligue panafricaine-UMOJA, a montré que la dette africaine était « une reconquête savamment orchestrée du néocolonialisme, et il sera aisé à tout un chacun de la caractériser d’odieuse et d’illégitime ».

Plusieurs phénomènes contribuèrent à gonfler la dette extérieure africaine : 1) la dette privée, sous forme de l’excès d’eurodollars qui furent réorientés vers l’Afrique dans les années 60, et des pétrodollars qui ont suivi le choc pétrolier de 1973 ; 2) « l’aide liée » par des contrats accordés uniquement aux entreprises du pays prêtant cet argent ; 3) la dette multilatérale accordée par le FMI et la Banque mondiale. Selon la CNUCED (Conférence de l’ONU sur l’aide et le développement), entre 1970 et 2002, l’Afrique a reçu 540 milliards de dollars de prêts dont 550 ont été remboursés. Mais il lui reste encore 295 milliards à payer. Des études du CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde) ont montré qu’en 2012, l’Afrique sub-saharienne a renvoyé au monde 5 % de son PIB (profits et service de la dette), pendant que l’aide au développement qu’elle recevait se limitait à 1 % du PIB.

Alors, « qui aide qui ? », demanda M. Senny. L’audit de la dette, pour lequel se bat l’UMOJA, et son annulation ne sont pas « une sollicitation de la générosité des créanciers, mais une réparation et une justice rendues aux peuples trahis ».

Le changement climatique, ennemi mortel des BRICS et de l’humanité

La conférence a dardé ses flèches contre la fraude du changement climatique soi-disant d’origine anthropogénique, dénonçant la conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP21) qui aura lieu en France fin 2015.

Car derrière cette initiative, il y a une volonté de la France, entraînée par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, d’imposer une politique de réduction drastique de la population mondiale, allant à l’encontre de la politique de progrès scientifique et technique et des grands projets d’infrastructures des BRICS.

Mme LaRouche avait déjà évoqué les véritables objectifs de ces politiques dans ses remarques introductives, s’en prenant notamment au dernier G7 organisé en Allemagne, qui a pris la décision de décarboner l’économie mondiale avant l’an 2100. Pour cela, on compte faire appel uniquement aux énergies renouvelables, soleil et vent, sans l’énergie nucléaire, dont l’Allemagne est sortie totalement. Il s’agit donc d’appliquer le programme de décarbonisation totale promu par M. Schellnhuber, de l’Institut du Climat de Potsdam et conseiller du gouvernement allemand. Or, étant donné la relation entre la densité de flux énergétique de l’appareil productif et la quantité de population qu’il peut porter, et vu que la densité de flux des énergies renouvelables est beaucoup plus basse que celle des énergies fossiles et du nucléaire, le nombre d’individus qu’une économie décarbonée peut soutenir est de l’ordre d’un milliard !

Mme LaRouche a aussi évoqué la rencontre de mauvais augure entre le président Obama et Sir David Attenborough, juste avant le G7. Ce dernier, associé à l’Optimum Population Trust, est favorable à une réduction de moitié de la population mondiale d’ici la fin du siècle. Pour Mme LaRouche, ces politiques s’apparentent à un génocide. Faisant référence à l’essai de Friedrich Schiller, La législation de Lycurgue et Solon, elle note qu’à Sparte, décrit par Schiller comme le modèle oligarchique, on accepte l’élimination des Hilotes quand on estime qu’il y en a trop. Bertrand Russell exprime la même vision dans son livre L’impact de la science sur la société. Il y évoque la « lune de miel de l’industrie », qui ne pourra continuer « à moins de diminuer énormément l’accroissement de la population. (…) La guerre a jusqu’ici été décevante dans ce sens, mais peut-être qu’une guerre bactériologique pourrait être plus efficace. Si la peste noire pouvait se répandre dans le monde une fois par génération, les survivants pourraient alors procréer librement sans trop remplir le monde. » !

Le réchauffement climatique n’est pas confirmé

Dans la IVe session de la conférence. François Gervais, professeur à l’université François Rabelais et rapporteur critique au GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts en évolution du climat) et le Pr Carl-Otto Weiss, conseiller à l’Institut européen du Climat et de l’énergie et ancien président de l’Institut national de Métrologie de Braunschweig, ont traité du réchauffement climatique. Les deux s’accordent généralement sur le fait qu’il n’y a, pour l’heure, aucun réchauffement mais que nous assistons plutôt à une baisse graduelle depuis vingt ans ; d’accord aussi sur le fait que les températures sur Terre ne sont pas le résultat de l’activité humaine, comme le prétend le GIEC, mais de cycles solaires et terrestres.

« Le climat réel valide-t-il les modèles de climat virtuel ? » demanda le Pr Gervais d’entrée de jeu. La question est d’importance, car la Banque mondiale a récemment chiffré à 89 000 milliards de dollars le coût de la lutte contre les émissions de CO2, par combustion des ressources fossiles, charbon, pétrole, gaz naturel ou gaz de schiste, d’ici 2030. Ceci afin de contenir le réchauffement à 2° Celsius ! Mais une telle corrélation n’est pas évidente, car les températures sont montées de 0,6° Celsius entre 1910 et 1945, à un moment où les émissions de CO2 étaient très basses, puis d’autant encore (0,6°C) entre 1970 et 1982, alors qu’elles étaient six fois plus importantes.

Le CO2 a-t-il beaucoup augmenté au siècle dernier ? Sa concentration dans l’air est passée de 0,03 à 0,04 %. Quel peut être l’impact de cette augmentation sur la température de la Terre, en particulier si elle est mesurée à 17 km d’altitude, où la théorie de l’effet de serre prévoit la signature la plus nette. Entre 1993 et 2015, le taux de CO2 dans l’air est passé de 355 millionièmes (ou ppm, pour « parties par million ») à 400 ppm, soit presque la moitié du total des émissions depuis le début de l’ère industrielle. Quel en a été l’impact sur la température ? Nul ! Aucune évolution mesurable n’est constatée. Conclusion : la théorie de l’effet de serre atmosphérique n’est pas vérifiée par les mesures. Un réchauffement a-t-il été observé à la surface de la Terre ? Oui. Mais il est pour partie dû à une composante cyclique associée, selon le Pr Weiss, à un cycle de l’océan.

Le Pr Gervais évoqua aussi le dernier record de superficie de la banquise dans l’Antarctique, le 21 septembre dernier, battant son précédent record de 2013 d’une superficie égale à celle de la France. La banquise Arctique avait fondu jusqu’en 2012, mais son volume de glace à son minimum s’est reconstitué rapidement ces deux dernières années, contredisant les modèles de climat repris par le GIEC.

Le CO2 ne détermine pas la température de la Terre

Pour le Pr Weiss, aucun doute. Après examen des plus anciens relevés de températures existants, le réchauffement climatique n’a rien à voir avec les activités productives de l’homme. Ces relevés, provenant d’Europe centrale, ont été corrélés aux températures antarctiques récemment établies à partir de carottes de glace, montrant qu’il s’agit là d’un phénomène global. On a ensuite analysé les mesures de température selon la méthode de Fourier (c’est-à-dire le comportement cyclique). En additionnant les fonctions sinus correspondant aux six cycles les plus marqués dans le spectre, aucune trace de CO2 !

Ainsi, les changements climatiques depuis 1800 environ sont entièrement dus à deux cycles : un cycle dominant de 200 ans, qui trouve son origine dans l’activité solaire, connu sous le nom de cycle De Vries/Suess, et un cycle océanique de 65 ans, se superposant au cycle de 200 ans et dénommé AMO/PDO.

On peut en conclure que toute influence anthropogénique en est absente, puisque l’émission de CO2 augmente dans le temps et n’est donc pas cyclique !