« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Comment éviter une guerre en Asie du Nord-Est grâce au développement conjoint

2 octobre 2017

Alors que les médias répercutent frénétiquement les échanges véhéments entre les présidents Trump et Kim Jong-un, ils sont toutefois très silencieux sur de larges sections du discours de Trump lors de la 72ème Assemblée générale des Nations-Unies qui vient d’avoir lieu.

Soulignons tout d’abord qu’au cours de l’Assemblée générale de l’ONU, les ministres des Affaires étrangères chinois et russe ont appelé les deux parties à mettre en sourdine la rhétorique belliqueuse et à engager le dialogue. L’ancien ambassadeur américain en Corée, Thomas Pickering, a par ailleurs confirmé que des entretiens officieux se déroulent en effet entre Washington et Pyongyang.

De son côté, le secrétaire d’Etat Rex Tillerson a engagé ce qu’il appelle « une campagne de pression pacifique ». Il a rappelé le 17 septembre dans un entretien avec John Dickerson, de la chaîne CNN, que la politique du gouvernement est celle des « quatre non » :

Non, nous ne recherchons pas de changement de régime, nous ne recherchons pas la chute du régime, ni une réunification accélérée de la péninsule, ni des motifs pour déployer nos troupes au nord de la zone démilitarisée.

Au sein même de l’administration Trump, des officiers à la retraite ont souligné combien une guerre serait catastrophique pour la Corée du Sud, pour la région et pour le monde. Trump a tenu à assurer à son homologue sud-coréen Moon Jae-in qu’aucune action militaire ne serait lancée sans son accord, et Moon a déclaré qu’il ne permettrait pas qu’une guerre ait lieu. Des experts américains, dont l’amiral Dennis Blair, ancien directeur du Renseignement national, estiment pour leur part que les Etats-Unis, compte tenu de leur puissante force de dissuasion, peuvent très bien vivre avec une Corée du Nord nucléaire… comme ils le font depuis vingt ans.

Comme on le voit le « son de cloche » est bien différent selon la provenance !
En réalité, pour les néoconservateurs en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, la menace n’est pas la Corée du Nord mais bien la Chine et la Russie. En affirmant que Pyongyang représente une menace imminente pour les Etats-Unis et leurs alliés, ils disposent alors d’un excellent prétexte pour justifier l’encerclement de la Chine avec 60 % des forces nucléaires navales américaines (le fameux « pivot asiatique » d’Obama), le déploiement aux alentours des systèmes anti-missiles balistiques et des systèmes de radar ultra-performants (THAAD) et l’installation des forces stratégiques américaines en Corée du Sud. Un déploiement aussi massif, parfaitement disproportionné face à la Corée du Nord, montre que les véritables cibles sont la Russie et la Chine.

L’autre discours de Trump à l’ONU

Si l’on prend la peine de lire le début de l’allocution du président Trump devant l’Assemblée générale des Nations unies on s’aperçoit alors qu’il existe pour les Etats-Unis une possibilité de rallier le nouveau paradigme émergeant dans le monde. Puisque cette partie de son discours n’a guère retenu l’attention des médias, nous avons décidé d’en reprendre ici les extraits les plus marquants.

« Pour le dire simplement, nous nous rencontrons à un moment de promesse immense et de grand péril. Il nous appartient entièrement de savoir si nous voulons élever le monde vers de nouveaux sommets, ou le laisser sombrer dans une vallée de désespoir. Nous avons en notre pouvoir, si nous le voulons, de sortir des millions de gens de la pauvreté, d’aider nos citoyens à réaliser leurs rêves et d’assurer que les nouvelles générations soient élevées sans violence, sans haine et sans peur. (...) Notre succès dépend d’une coalition de nations fortes et indépendantes qui embrassent leur souveraineté afin de promouvoir la sécurité, la prospérité et la paix, pour eux-mêmes et pour le monde.

« Nous ne nous attendons pas à ce que des pays divers partagent les mêmes cultures, traditions voire même les mêmes systèmes de gouvernement, mais nous nous attendons à ce que toutes les nations respectent ces deux devoirs souverains fondamentaux : le respect des intérêts de leur propre peuple et des droits de toute autre nation souveraine. (...) Les nations souveraines fortes laissent les divers pays ayant des valeurs différentes, des cultures différentes et des rêves différents, non seulement coexister, mais travailler côte à côte sur la base du respect mutuel. Les nations souveraines fortes laissent leur peuple s’approprier leur avenir et contrôler leur propre destinée. Et les nations souveraines fortes permettent aux individus de s’épanouir dans la plénitude de la vie voulue par Dieu.

« En Amérique, nous ne cherchons pas à imposer notre mode de vie, mais plutôt à le laisser briller comme un exemple que tout le monde peut observer. (...)

« En matière des affaires étrangères, nous renouvelons ce principe fondateur de la souveraineté. Le premier devoir de notre gouvernement est envers son peuple, nos citoyens – subvenir à leurs besoins, assurer leur sécurité, préserver leurs droits et de défendre leurs valeurs. En tant que Président des États-Unis, je mettrai toujours l’Amérique en premier, tout comme vous, en tant que leaders de vos pays, mettrez toujours et devez mettre toujours vos pays en premiers.

« Tous les dirigeants responsables ont l’obligation de servir leurs propres citoyens et l’État-nation reste le meilleur véhicule pour élever la condition humaine. Mais améliorer la vie de notre peuple nous oblige également à travailler ensemble dans une étroite harmonie et unité, pour créer un avenir plus sûr et plus pacifique pour tous. (...) Il est de l’intérêt de tous de rechercher un futur dans lequel toutes les nations peuvent être souveraines, prospères et en sécurité.

En concluant cette partie de son discours, Trump a déclaré :

Nous voulons l’harmonie et l’amitié, pas le conflit et le combat. Nous sommes guidés par des résultats, pas par l’idéologie. Nous avons une politique de réalisme de principe, ancrée dans des buts, des intérêts et des valeurs partagés.