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Brésil : au cœur du putsch, le FBI et le département américain de la Justice

15 juin 2016

La présidente brésilienne Dilma Rousseff, qui a été suspendue de son mandat dans le cadre d’une procédure de destitution, a accordé un entretien à RT en Español, au cours duquel elle accuse les « usurpateurs » actuellement au pouvoir au Brésil de vouloir remplacer son programme de développement économique par le néolibéralisme. Ils cherchent ainsi à modifier à toute vitesse la législation relative aux « sociétés internationales » afin de leur permettre de mettre la main sur les immenses champs pétroliers « pré-salifères » et aussi à minimiser l’importance de bonnes relations avec les BRICS et les autre pays de l’Amérique ibérique.

Rousseff a cependant affirmé, à tort, qu’aucun intérêt étranger n’est impliqué dans la tentative de destitution à son encontre, même si de tels intérêts pourraient en profiter. Les faits montrent pourtant le contraire : le putsch destiné à rétablir « un gouvernement du, par et pour les hedge funds » au Brésil passe par la campagne anti-corruption « Lava Jato » (lave-auto), dans laquelle l’administration Obama a joué et joue toujours un rôle central.

Le juge Sergio Moro se vante de calquer sa chasse aux sorcières sur l’opération « Mani pulite » conduite en Italie au cours des années 90, et sur le système de négociation de la peine utilisé aux États-Unis par le FBI. (Selon ce système, un inculpé accepte de plaider coupable en échange d’un allègement de sa peine.) Au Brésil, l’enquête qui a commencé par s’intéresser aux « pots-de-vin » de la société pétrolière Petrobras s’est étendue au point de frapper aujourd’hui 230 sociétés brésiliennes et d’innombrables politiciens.

Coopération avec le FBI, la SEC et le DOJ

Déjà en novembre 2014, Carlos Fernando dos Santos Lima, un membre de l’équipe du juge Moro formé aux États-Unis, se réjouissait dans un entretien à Reuters du fait que l’équipe avait coordonné ses actions « pendant des mois » avec le département américain de la Justice (DOJ), ainsi que la SEC (régulateur de la Bourse) et le FBI. C’était moins d’un mois après la réélection de Dilma Rousseff à la présidence, une victoire ayant mis à mal les projets de ceux qui souhaitaient extraire le « B » des BRICS.

Du coup, « Lava Jato » a pris de l’ampleur. En août 2015, une rencontre décisive a été organisée entre l’avocat d’Alberto Youssef, un individu condamné pour blanchissement d’argent sale, un agent du FBI et des représentants de fonds spéculatifs américains et britanniques (!) qui avaient intenté des poursuites contre Petrobras dans l’espoir d’obtenir des milliards en dédommagements pour des pertes encourues.

Puis, le 22 septembre, l’avocat de Youssef, Antonio Figueiredo Basto, s’est rendu aux États-Unis pour négocier la peine de son client en échange de sa « coopération » avec le FBI et le DOJ. Un mois après, un responsable de haut niveau du DOJ, Patrick Stokes, a passé quatre jours au Brésil avec le juge Moro, l’équipe des procureurs et Youssef, pour préparer la suite de l’opération Lava Jato. Peu après, le président de la Chambre des députés brésilienne, Edwardo Cunha, lui-même ciblé par Lava Jato, a annoncé le lancement d’une procédure de destitution contre Dilma Rousseff.