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BCE, MES, pacte fiscal... ou le massacre de l’Europe

22 mars 2012

Pendant que l’économie physique de l’ensemble de la zone euro rétrécit comme une peau de chagrin en raison de la politique d’austérité imposée par l’UE, le secteur financier spéculatif est inondé d’argent par la BCE. En échange de ses prêts à trois ans, la BCE a accepté des nantissements notés BBB-, juste au-dessus du niveau poubelle.

Cette injection géante d’argent a créé un répit temporaire dans la crise de la dette de la zone euro, puisque les banques en ont utilisé une partie pour acheter des obligations d’Etat. Mais le répit n’est que temporaire, et la BCE prépare déjà la prochaine injection. Lors de sa conférence de presse mensuelle du 8 mars, le président de la banque Mario Draghi a déclaré que « les règles de nantissement pourront devenir bien plus souples », laissant entendre que le renflouement des banques est sans limites.

En même temps, les pays de l’Eurozone sont censés conclure courant mai les procédures de ratification du pacte fiscal et du mécanisme européen de stabilisation, le nouveau fonds de sauvetage des banques. Le tout représente une combinaison sans précédent de politiques d’austérité fasciste, d’asservissement des pays débiteurs et de démolition des droits constitutionnels. On n’a jamais vu une telle monstruosité, en dehors des conditions imposées à un pays vaincu.

Alors que le pacte fiscal enlèvera aux parlements nationaux le pouvoir de décider du budget, le MES introduit une nouveauté curieuse : l’immunité totale de ses effectifs et un pouvoir absolu sur les gouvernements des pays membres. Ainsi une commission non élue décidera de la gestion d’un fonds ayant un effet de levier de 10, soit jusqu’à 6200 milliards d’euros. L’expert financier du Parti libéral allemand, Wolfgang Schäffler, a mis en garde le 16 mars contre les implications hyperinflationnistes d’un tel fonds.

Avant de pouvoir ratifier les deux traités, toutefois, les pays de la zone euro doivent d’abord ratifier une modification de l’article 136 du Traité européen, afin d’y inclure une exception à la clause interdisant à un pays d’en renflouer un autre.

Un tel transfert de pouvoirs constitue une modification des constitutions respectives, ce qui, à son tour, nécessite un référendum dans la plupart des nations. La Cour constitutionnelle allemande l’a précisé d’ailleurs dans sa décision de 2011.

Par conséquent, les populations et les parlements nationaux doivent se mobiliser pour le rejet du pacte fiscal et du MES, avant que les nations européennes soient complètement ruinées. A quel point les dirigeants de l’UE sont aveuglés par leur idéologie a été démontré par le même Mario Draghi. Lorsqu’on lui a demandé si la BCE avait envisagé des projets pour le cas où un pays membre quittait la zone euro, ce qui n’est plus à exclure, il a répondu : « Nous n’avons pas de plan B. J’ai souvent dit qu’avoir un plan B veut dire admettre la défaite, et nous ne voulons pas d’une défaite. Pour moi, ce serait concevoir une réalité qui va au-delà du Traité. Les cadres de la BCE savent gérer le risque, mais ceci n’est pas quelque chose que nous prévoyons. »

Est-ce que vous monteriez à bord d’un navire sans canot de sauvetage parce que le capitaine dit que le vaisseau ne peut pas couler ? Pire, que le capitaine affirme que s’équiper de canot de sauvetage transmettrait le mauvais signal ? Pourtant, c’est exactement la mentalité que nous affrontons. Un Titanic fait cap sur l’iceberg sans moyen de sauvetage.