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Asie du sud-ouest : forte résistance à la politique de Tony Blair en Grande-Bretagne

18 juillet 2013

Lors d’une interview le 8 juillet à BBC Radio 4, l’ancien premier ministre britannique Tony Blair a refait ce qu’il fait si bien – il a plaidé pour la guerre. En plus de son appel à armer les rebelles en Syrie, il proposait : « Personnellement, je pense que nous devrions au moins envisager, et envisager activement, la mise en place d’une zone d’interdiction aérienne en Syrie. » Comme nos lecteurs le savent, presque tous les dirigeants militaires responsables s’opposent à un tel acte, qui revient à une déclaration de guerre.

Alors que Tony Blair plaide pour une « jolie petite guerre », avec le soutien de David Cameron, la politique syrienne se heurte à une résistance grandissante outre-Manche, y compris au Parlement. Devant la menace de voir le Premier ministre fournir des armes à l’opposition sans en informer les élus, la Chambre des Communes a adopté le 11 juillet – à 141 voix contre 1 – une résolution simple : « Cette chambre est de l’avis qu’aucun soutien létal ne devrait être fourni aux forces anti-gouvernementales en Syrie sans le consentement explicite préalable du Parlement. »

La résolution avait été déposée par le conservateur John Baron, qui expliquait avec raison dans le Spectator du 5 juillet que la Syrie est à bien des égards « une guerre par procuration menée à différents niveaux, que ce soit entre Sunnites, Chiites et communautés minoritaires (Alaouites ou Chrétiens) ; l’Ouest contre la Russie et la Chine, ou l’Iran contre l’Arabie saoudite ». Fournir de l’aide létale ne ferait qu’accroître la violence.

Paddy Ashdown, un libéral démocrate, a lancé des mises en garde similaires sur le danger d’extension du conflit. Lors d’un discours aux Communes le 1er juillet, il a révélé que les rebelles ont déjà reçu 3500 tonnes d’armes en provenance de la Croatie, avec l’aide de la CIA et financées par l’Arabie saoudite et le Qatar, dont la plupart sont destinées aux groupes salafistes et wahabbites.

Lors du débat du 11 juillet, deux parlementaires travaillistes, Paul Flynn et Jeremy Corbyn, ont dénoncé la « prérogative royale » au Royaume uni, en vertu de laquelle ce n’est même pas le gouvernement, mais le Monarque, qui prend la décision finale de faire la guerre ou pas. Dès lors que le Premier ministre obtient la « prérogative royale », il est livre de déclarer la guerre.

Par ailleurs, la Commission parlementaire sur le Renseignement et la Sécurité (ISC) a présenté son rapport annuel le 10 juillet, qui met en garde contre le « risque significatif » que les armes chimiques syriennes « tombent entre les mains de ceux ayant des liens avec le terrorisme, en Syrie ou ailleurs dans la région. Dans ce cas, les conséquences pourraient être catastrophiques. » Le rapport note que les chefs de sécurité et de renseignement britanniques estiment que « les éléments d’al-Qaida et des djihadistes
individuels en Syrie constituent la menace imminente la plus préoccupante pour le Royaume uni et l’Occident ».

A cet égard, l’ambassadeur russe à l’ONU, Vitaly Tchourkin, a remis le 9 juillet à Ban Ki Moon un rapport sur l’attaque au gaz sarin à l’extérieur d’Alep le 19 mars 2013. Après examen des pièces, les experts russes en sont arrivés à la conclusion que ce sont les forces combattantes de l’opposition qui l’ont utilisé.