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Asie : Obama se heurte au mur des BRICS

2 juin 2016

La visite que Barack Obama a effectuée au Japon pour le sommet du G7 devait servir, dans son esprit, à consolider le rôle de Tokyo comme allié indéfectible des États-Unis en Asie, un allié prêt à partir en guerre contre la Chine pour contrer sa prétendue agression en mer de Chine du Sud, et pour l’isoler sur le plan économique par l’entremise du Partenariat transpacifique de libre-échange (TPP).

Le « Président de guerre »

Mais la visite s’est transformée en désastre pour ce « Président de guerre », surnom qu’Obama s’est lui-même donné lors d’un entretien accordé à la chaîne japonaise NHK, au cours de laquelle il a défendu la décision du président Truman de larguer deux bombes atomiques sur le Japon en 1945, laissant ainsi entendre qu’il serait disposé lui aussi à recourir à l’arme nucléaire.

Le président américain s’attendait à ce que sa conférence de presse avec le Premier ministre Shinzo Abe démontre leur parfaite entente, que ce soit en matière d’exercices militaires conjoints visant la Chine ou d’accord sur le TPP. Or, Abe a ouvertement réprimandé le président américain pour le viol et le meurtre d’une Japonaise par un ex-marine américain employé de la base militaire d’Okinawa, en faisant le seul sujet de la conférence.

Si la population japonaise s’indigne en effet de ce crime, il est évident qu’Abe souhaitait également faire comprendre qu’il est prêt à remettre en question sa soumission aux États-Unis, notamment face à l’extrême danger de guerre et d’effondrement de tout le système financier occidental.

Rencontre historique entre Abe et Poutine

Par ailleurs, la rencontre historique entre Abe et Vladimir Poutine à Sotchi le 7 mai, en dépit des pressions américaines pour obtenir l’annulation de ce voyage, fut un grand succès, ouvrant la voie à la résolution de la dispute territoriale qui subsiste depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, et à des investissements japonais dans l’extrême orient russe. Quant à la Chine, en dépit des tensions qui subsistent, le Japon maintient de fortes relations économiques bilatérales avec elle et n’entend nullement les compromettre.

Shinzo Abe semble conscient que l’avenir du Japon dépend du paradigme pro-développement actuellement à l’honneur en Chine, en Russie et au sein des institutions associées aux BRICS, plutôt que du programme anglo-américain de désintégration financière et de conflit militaire. Il a même plaidé, dans le cadre du Sommet du G7, pour le développement des infrastructures et devrait annoncer bientôt une enveloppe de 90 milliards de dollars pour ce secteur, incluant le maglev et des programmes sociaux.

Autre signe de la réorientation en cours au Japon : le secrétaire américain à la Défense Ash Carter a annulé la visite prévue à Tokyo début juin, en raison du sentiment anti-américain grandissant dans le pays. Le président Obama y a fortement contribué par ses déclarations totalement hypocrites à Hiroshima, où il s’est présenté comme le grand défenseur du désarmement nucléaire alors qu’en réalité il a autorisé un programme de 1000 milliards de dollars pour moderniser l’arsenal nucléaire américain.

Si le Japon en venait à rompre réellement avec Washington pour se joindre, avec toute sa puissance économique, au développement de l’Eurasie avec les BRICS, cela ferait définitivement basculer la dynamique mondiale.