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Allemagne : Angela Merkel mécontente tout le monde

8 janvier 2015

Depuis deux semaines, les critiques fusent contre la chancelière Angela Merkel et son cabinet, devant l’impossibilité de poursuivre la politique d’« euro-stabilisation » et de sanctions contre la Russie. C’est dans l’opposition publique des sociaux-démocrates à la politique russe de Merkel qu’apparaît le plus clairement l’érosion du consensus ayant permis à la grande coalition (CDU-SPD) de se maintenir.

Mais le mécontentement est aussi manifeste dans le camp de la chancelière. Le 28 décembre, un de ses anciens ministres, Hans-Peter Friedrich, actuellement vice-président du groupe CDU au Bundestag, a accusé Merkel de sacrifier le profil traditionnel de son parti, fondé sur la défense de l’« identité nationale », la protection des PME et la préoccupation pour le citoyen moyen. Par conséquent, la CDU a perdu des voix dans la quasi totalité des scrutins parlementaires depuis l’élection nationale de septembre 2013. La défaite la plus spectaculaire est celle de Thuringe, où, pour la première fois depuis la réunification allemande, un candidat du Parti de gauche a réussi à se faire élire Premier ministre peu avant Noël.

Mario Ohoven, président de la plus grande association de PME (BVMW), a déclaré le 2 janvier que le secteur industriel des länder de l’est de l’Allemagne, qui dépend de la Russie pour 40 % de ses exportations, se voit ruiné par les sanctions. De plus, estime-t-il, la décision du gouvernement de sacrifier les intérêts industriels nationaux au profit du Traité de libre-échange transatlantique (TTIP) aura des conséquences désastreuses pour les PME.

Citons enfin Bernd Lüthge, l’ancien président de la banque publique de Rhénanie du Nord-Westphalie, qui craint que la Banque centrale européenne n’utilise la crise économique russe comme prétexte pour commencer à acheter des obligations d’Etats en difficulté de la zone euro. Le serment de la chancelière Merkel de protéger le peuple allemand, a-t-il déclaré, l’oblige à exercer son veto contre ce plan de la BCE, qui ferait des citoyens allemands des otages de l’euro et conduirait à l’expropriation de leur propriété privée, pour un montant de plus de 5 milliards d’euros. Lüthge reprend ainsi les arguments invoqués il y a un an par les plaignants ayant déposé plainte contre la BCE auprès de la Cour constitutionnelle.