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A Beijing, l’initiative « Une ceinture et une Route » s’affirme comme Projet du siècle

17 mai 2017

Les 14 et 15 mai, le plus grand projet de développement de tous les temps, l’Initiative une Ceinture et une Route a fait l’objet de la première conférence internationale de haut niveau en présence de représentants de plus de 100 pays, dont 29 chefs d’Etat et de gouvernement.

En ouvrant l’événement le 14 mai, le président chinois Xi Jinping a souligné à nouveau que l’Initiative une Ceinture et une Route (ICR), ne se situe pas pour la Chine dans une vision géopolitique mais entend établir un « modèle de coopération gagnant gagnant » (voir plus loin des extraits de son discours).

Dans le cadre de l’ICR, plus de 950 milliards de dollars d’investissements sont déjà prévus en vue de financer quelques 900 projets à long terme. La Chine a signé plus de 130 accords, notamment sur des projets bilatéraux et régionaux de transport. 356 routes internationales pour le transport de passagers et de fret ont été construites. Entre la Chine et 43 autres pays associés à la Nouvelle Route de la soie, le trafic aérien est en plein essor, avec 4200 vols directs chaque jour. Quant au rail, 39 trains acheminent désormais des marchandises entre l’Europe et la Chine, dont un partant quotidiennement de Chongqing vers une destination européenne.

Lors du Forum, il a été annoncé que 115 milliards de dollars supplémentaires seraient mis à disposition par des banques de développement et de nouveaux fonds chinois. Xi Jinping a soulevé la nécessité de coordonner entre pays participants la conception des projets, la planification du développement économique et la mobilisation industrielle ainsi que l’émission de crédits nationaux pour les financer. En effet, le président chinois veut s’assurer que le financement de l’Initiative une Ceinture et une Route soit sans risque, ce qui revient à une critique du système financier occidental miné par la spéculation et incapable de générer du crédit.

Helga Zepp-LaRouche, la fondatrice de l’Institut Schiller qui se bat politiquement depuis trois décennies pour le lancement de l’ICR (initialement la « Nouvelle Route de la soie ») était invitée à participer au forum dans le cadre des think tanks. Ses interventions ont été couvertes dans China Daily et le People’s Daily, alors que la veille de l’ouverture de l’événement, Xinhua publiait des extraits d’un entretien avec elle, dans laquelle elle insistait sur l’importance d’une perspective à long terme, propulsée par le progrès scientifique et technologique (voir l’article détaillé sur sa participation au Forum).

L’intervention du président Vladimir Poutine, le principal allié stratégique du président chinois, était particulièrement importante lors de la session plénière du 14 mai. En déclarant son soutien à l’ICR, Poutine a noté la convergence de vues entre les Chinois et l’Union économique eurasiatique, lancée par la Russie, pour ce qui est de l’intégration eurasiatique. Il a ajouté :

Nous saluerions l’implication de nos collègues européens des Etats de l’UE dans ce partenariat. Cela nous permettrait (…) de réaliser l’occasion exceptionnelle de créer, pour la première fois de l’histoire, un cadre de coopération commune de l’Atlantique au Pacifique.

Alors que certains dirigeants européens adhèrent franchement à cette proposition – dont l’Italien Gentiloni, le tchèque Zeman, le grec Tsipras qui étaient présents à Beijing – les institutions de l’UE ont, elles réagit, en propageant un mélange de désinformation et d’hostilité à l’égard de l’ICR. Notons toutefois la présence de Jean-Pierre Raffarin, mandaté par Emmanuel Macron pour représenter la France au sommet. Porteur d’une lettre du président de la République à l’attention de Xi Jinping, Jean-Pierre Raffarin est une des personnalités françaises s’intéressant à la Chine et ayant cultivé depuis de nombreuses années des liens avec elle. Il faut également retenir l’attitude ambiguë de la Grande-Bretagne refusant, à l’instar des membres de l’Union européenne, de signer une résolution proposée par la Chine sur des accords commerciaux mais faisant entendre par la voix de son chancelier de l’Echiquier, Philip Hammond, un soutien marqué envers ce « projet audacieux et visionnaire » et en soulignant combien la Grande-Bretagne est un partenaire naturel de ce projet.

Quant au président Trump, s’il n’a pas suivi le conseil d’Helga Zepp-LaRouche d’assister personnellement au Forum, il a néanmoins envoyé une délégation de haut niveau dirigée par Matthew Pottinger, le directeur en chef du Conseil national de Sécurité chargé de l’Asie orientale. Pottinger, qui maîtrise parfaitement le mandarin, a déclaré le 15 mai, selon l’Agence France Presse, que des sociétés américaines sont prêtes à participer au « projet chinois du siècle ».

L’initiative « Une ceinture , une Route » expliquée par son architecte

Loin d’être une tentative par la Chine de promouvoir son hégémonie dans le monde, accusation portée contre elle par bon nombre de géopoliticiens occidentaux, l’ancienne Route de la soie qui s’étendait sur des milliers de kilomètres, a dit Xi Jinping dans son discours introductif, incarne « un esprit de paix et de coopération, d’ouverture et d’inclusion, d’apprentissage mutuel et de bénéfices réciproques. » Il a abordé le succès du programme en évoquant le proverbe chinois :

Les pêches et les prunes ne parlent pas, mais elles sont si attirantes qu’un sentier se forme sous ces arbres.

Voici des extraits de son discours :

La Chine, va renforcer l’amitié et la coopération avec tous les pays impliqués dans l’Initiative une Ceinture et une Route sur la base des cinq principes de la coexistence pacifique. Nous sommes prêts à partager les pratiques du développement avec d’autres pays, mais nous n’avons aucune intention de nous ingérer dans les affaires internes d’autres pays, d’exporter notre système social et notre modèle de développement, ni d’imposer notre volonté à d’autres. En poursuivant l’Initiative une Ceinture et une Route, nous n’aurons pas recours aux manœuvres géopolitiques dépassées. Nous espérons réaliser un nouveau modèle de coopération gagnant-gagnant. Nous n’avons aucunement l’intention de former un petit groupe nocif pour la stabilité, ce que nous espérons créer est une grande famille de coexistence harmonieuse.

L’industrie est le fondement d’une économie. Nous devons approfondir la coopération industrielle de sorte que les projets de développement industriel des différents pays se complètent et se renforcent. L’objectif doit être le lancement de grands projets. Nous devrions renforcer la coopération internationale au niveau de la capacité de production et de la fabrication des équipements, et saisir les nouvelles opportunités présentées par la nouvelle révolution industrielle pour encourager de nouvelles entreprises et maintenir une croissance dynamique.

La finance est le système circulatoire d’une économie moderne. Ce n’est que lorsque le sang circule correctement que l’on peut se développer. Nous devons établir un système de sauvegarde financière stable et durable qui maintient sous contrôle les risques, créer de nouveaux modèles d’investissement et de financement, encourager une plus forte coopération entre le gouvernement et le capital privé et bâtir un système financier diversifié et un marché de capitaux à plusieurs niveaux. Nous devons aussi développer une finance inclusive et améliorer les réseaux de services financiers. »

A propos du financement des projets, le président Xi a noté que la China travaillera avec la BAII, la Nouvelle Banque de Développement des BRICS, la Banque mondiale et d’autres institutions de développement multilatérales en soutien.

La connectivité grâce à l’infrastructure est le fondement du développement par la coopération. Nous devons promouvoir la connectivité terrestre, maritime, aérienne et cyberspatiale, concentrer nos efforts sur les principaux axes de communication, les villes et les projets et relier les réseaux d’autoroutes, de voies ferrées et de ports maritimes. L’objectif a été fixé de construire six grands corridors économiques dans le cadre de l’Initiative Ceinture et Route et nous devons nous efforcer de l’atteindre.